^-nl’ Cto tinette
DEUXIÈME CINQUANTAINE
DES
AMUSEMENS
MICROSCOPIQUES.
DE
• V .'t-
MONSIEUR
MARTIN FROBENE LEDERMULLER,
Confeiller de Juftice & Infpe&eur du Cabinet de
Curiofîtés naturelles de S. A. St Monfeigneur le Marggrave régnant
de Brandebourg -Coulmbac ; Afiocié de l’Academie Impériale
des Naturalises, & de la Société Teutonique
d’ Altorf.
Chés
ADAM WOLF GANG WIN TERSCHMID T,
/
Graveur & Marchand d’Eftampes
d Nuremberg t ? 6 6»
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Getty Research Institute
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AMUSEMENS
MICROSCOPIQUES
DEUXIÈME CINQUANTAINE.
/
TABLE LL
Le Nerf optique d’un Veau.
\
es Savans & furtout les Anatomiftes ne font pas encore
d’accord, fi les Nerfs ont les Tuïaux creux, ou non. Il
y en avoit qui croioient, qu’ ils étoient folides & nulle-
ment creux ; d’autres les comparoient à des Joncs d’Efpag •
ne y ou à des Cannes de Sucre ; Il y en avoit peu qui les cruffent creux &
la plupart e'toit fur ce chapitre dans une incertitude ennuieufe*
A z
Partie l L
C’elt
4
TABLE Lï. Le Nerf optique d’un Veau.
C' eft ainfi, p. e . que Severin a dit que les Nerfs optiques étoient creux
WiUis en a dit autant des Gutturaux & Thomas Bartholin des uns & des au-
tres. *
Déscartes en fait la Defcription la plus exacte à peu près en ces Ter*
;
mes :
„ Les Nerfs font un Paquet très compaéte de petits 7 uïaux, dont
„ chacun eft revêtu & enveloppé par dedans & par dehors d’une Pel-
», licule. Ils partent tous des deux Mer es du Cerveau ♦
Feu Mr. le ProfelTeur Heifter les décrit des Particules longues,
menues, rondes, (Partes teretes) blanches, relfemblant à des Fibres, ou à des
filets , & qui ont pour fluide une Matière fpiritueufe , qui eft l’Emanation la
plus déliée du Cerveau ; de forte qu’on ne fauroit les regarder comme
de Amples fibres; mais plûtôt comme de petits Vaijfeaux. Jl allégué dix
puiffantes raifons, qui le font donner dans ce fentiment, dont je ne rap-
porterai que la quatrième, que Voici : **
„ Puisque la Partie du Corps , dont on fépare ou coupe un Nerf ,
„ perd tout aufiitôt la Vie, le Sentiment & le Mouvement, & qu’ elle
„ ne reçoit plus de Nourriture ; il faut neceifairement, que le Nerf
3, féparé ait contenu quelque chofe d’approchant d’un Efprit Vital ,
„ qui a nourri auparavant la Partie morte & qui 1’ a fait fentir &cmou-
„ voir .
Mon illuftre Ami, Monfieur le Confeiller Treu, aux fages Ordon-
nances & aux Soins infatigables duquel je fuis redevable, après Dieu,
de ce que je puis commencer cette fécondé Cinquantaine d’ Obferva-
tions microfcopiques, étant hors d’Apparence que je dûiTe parachever
le
• Vidi ego cauitatem & publiée demonftraui in cadaucre &c, funt verba Th.Barthol,
in Anatome. Pag. 662. Edit. Lugd. Batav, 1673,
8* In Compend, Anatom, &c, , 259. p, 149,
r\ • - \
T
TABLE LI. Le Nerf optique d’ uti Veaü.
le premier. Mr. Treu, dis-je , compare les Nerfs à la Conflitution des
Queues du Fruit des Arbres , & croit , que ce qu’ on prend pour Ouvertures
ou Cavités dans les Nerfs, ne font que des Interftices , Or de même que c7
cft par eux, que la Sève peut pénétrer dans le Fruit , & que le refie des
Tïhmens delà Queue n’ eflpas creux, mais deflinéà d’autres Operations
fecrettes de la Nature ; il en peut être tout ainfi du Nerf Optique, qui ré-
préfente ici la Queue , & l'Oeil le Fruit, *
Quelques divers que foient ces fentimens , que j’ abandonne tous
de bon cœur au Jugement du Leéleur ; ils fe réuniffent tous fur la Do-
élrine de leur Ufage, qui efl en peu de mots, que les Nerf fervent h pro-
curer la Nourriture , la Fie, le Sentiment & le Mouvement d toutes les Parties ex-
ternes & internes du Corps,
C’ efl par ces nobles & précieux Organes que nôtre Efprit & nôtre
Ame font mus & agités. C’ efl par eux, que nous éprouvons des Sen-
timens de Joïe, de Gaîté, de Douleur & de Trifteffe. Ils naiffent de la
Tête & du Cerveau ; & c’ efl donc par leur Moïen que nous penfons.
Mais helas ! combien de malhûreux Effets ne produi/fent- ils pas
au dedans & au dehors de l’Homme. Tels font p. e, la Crampe, la Para -
type, la Scyatique, le Mal-caduc , Y Etourdiffement, la léthargie, la Laffitude , la
Surdité, Y Aveuglement, Y Apoplexie, la Perte du Goût, la Démence , la Folie, le
Spafme & tant d’autres maux terribles. Trilles Fruits, dont les hu-
mains font martyr ifés, par le Miniftère des Nerfs!
Avant que d’entrer dans l’Explication de l’Eflampe, je m’envai
donner au Leéleur un Evénement des plus remarquables, tiré du pré.
mier Tome des Nouveaux Aües de P Academie Impériale des Naturalises, **
A 3 Un
* Je puis dés à préfent aflurer, que les Fibres les plus déliées des Queues du Fruit
font creufes.
** Nova Aâa phyfico-Medica Acad. Caef. Leop. Carol. Nat. Curiof. T. I, Norioîb,
17J7. Obferv. VI, D,D,G. C. Materni de CiJanop. ïG.Tab. I.fig. I.
6 TABLE LL Le Nerf optique d’uta Veau.
Un Manoeuvre , qui fervolt des Charpentiers, s’étoit fourré pat
Mégarde un Clou , qui tenoit verticalement à un Poutre , qui étoit par
Terre, dans la Plante du Pié droit , & les Nerfs en avoient été fort endom-
magés. Le Coup fût fuivi de cuifantes Douleurs & d‘une fi exorbitan-
te Enflure du Pié, de la Jambe & de la CuifTe, que ne pouvant fe tenir,
fes Camarades furent obligés de l’emporter chéslui. On le mit au Lit;
mais il ne pût pas y demeurer long-tems étendu, à la façon d’autres
Malades. La bleflure du Nerf lui caufa une Crampe fi terrible, qu’ elle
alla jusqu’ à lui retirer le gros Nerf de 1’ Epine du Dos & à réduire
ce pauvre malhûreux à la figure d’un Demi - cercle, de for-
te qu’il fût contraint de pafler 16. Jours & autant de Nuits, com-
me un Arc bandé, fur le derrière de la Tête, le Bout des Coudes &
îes Extrémités des Talons. En même tems la Crampe lui boucha tou*
tes les Iflues naturelles de la Veflie & de l’^flomac, fans qu’aucun Remè-
de pût le foulager. Enfin la Mort vint au Bout du 16 ie jour le ré-
tirer de cet Etat de Défefpoir. Après fa Mort 1’ on fit les derniers Ef-
forts, pour reddrelfer ce Corps ainfi courbé ; mais ce fût peine perdue.
Il fallut ainfi le laiffer dans cette trille fituation & faire accomoder le
Cercueil à fa poflure, pour le pouvoir enfevelir.
L’Auteur de cette Obfervation fait la Remarque judicieufe, qu’ à
la Honte de la Chirurgie, ceux qui s’ en difent les Seélateurs voulurent
faire pafler ce pitoïable Speélale pour l’Effet de la Magie : & leur fait
voir, que, s’ ils avoient eu quelque Teinture delà Nervologie, ils auroient
apperçu, que ce ne font pas des Caufes furnaturelles, mais de natu-
relles, qui produifent de pareils Accidens ; tout Apprentif d’Anatomie
devant favoir, que le Nerf de la Plante du pié vient de la Moitié Spinale ,
qu’il traverfe, fous le Nom de gros Nerf lfcbiade , 1* Os Sacrum , defeend
le long de la CuifTe, de la Jambe & du Pié, & va fe terminer aux Orteils,
& que par conféquent cet Effet peut être très naturellement produit
par la Liaifon de tous ces Nerfs .
Cette
TABLE Lï, Le Nerf optique d’un Veau. 7
Cette Hiftoire & mille autres triftes Evenemens prouvent affés, que
es dignes Suppôts d’Hygée font obligés de connoître très exa&ement
les Nerfs tant par dedans que par dehors, quelque grand que Toit leur
Nombre ; C’ eft aufli ce qui a întéreifé non feulement des Savons du
premier Ordre , mais même des Academies entières à découvrir avec
folidité leur vraie Figure & leur Conftitution.
Déjà Galien a cru,, qur il faloit pour cela prendre de gros An'f
maux: prétendant, félon le Témoignage deBartholin, avoir vu quête
Nerf optique d’ un Bœuf étoit creux*
Mais F Expérience de nos Jours a fait voir, que les plus gros Ani-
maux nr ont pas répondu à cette efpérance* Car l’Academie des Scien-
ces de PetersBourej aïant examiné en 1727. les Nerfs d’un Eléphant*
elle ne les a trouvé ni creux9 ni plus gros que ceux de nos Animaux de
la Campagnev * >
Je doute que l’on connût alors à Petersbourg les Aficrofcopes Nro
1. o. & 00. où le GroJJijfement au Deux cent millième , qu’ il faut cependant
avoir, pour trouver & reconnoître, que les Nerfs font creux*
L’ Explication fuccinte, que je m’en vai donner de l’Efhmpe LIj
dont la Defcription circonftanciée eft inferée dans le Journal de Franconie,
Chap. 27. Nro U. va conftater mon Sentiment.
Etant à Erlang, il-y-aun An paffé, à m' entretenir avec Mr, leCon-
feiller & Profefleur Delius, mon illuflre Ami, fur le Chapitre dès Nerfst
que je croiois dèslors être creux ; il me confeilla, d’aller bien fur dans
cette Recherche, & d’en faire F Experiment plus d’une fois» Jefuivis ce
fage Avis, & pris pour cela le Nerf optique cFun Veau* Dabord je parcou-
rus avec la Loupe Nro 7, la Surface du Nerf coupé, & déjà j’apperçus
plufieurs petits Trousy fur lesquels êtoit un Suc blanc & épais qui ref-
fembloit à du Lait a). Là dèflus j’ en coupai avec une Lancette u»
petit
* Comment, Acad, Scient, lmp* Petrepolit, Tcm.ï, pag? 37*-384- ad an» 17*7*
f TABLE Lt. Le Nerf Optique d’un Veau;
petit Morceau en rond très mince, b) & l'aiant examiné par le Micros-
cope manuel Nro 3. je découvris quantité de Globules blancs & quelques
petits Tuïaux fortans ; à T Ouverture desquels , je vis aufli ce Suc blanc
c). Puis je coupai perpendiculairement du Nerf (a) le Morceau, d) ; je
l’examinai avec le Microscope Nro O. & je vis un Paquet de petits Tuï -
aux joints enfemblé,e) dont quelques uns avoient encore à l’Ouverture
ce Lait , ainfi que je l'ai defliné f) ; dans d’ autres Tuïaux ce Suc étoit
defcendu plus bas ; de forte qu’on pouvoit regarder dans les Tuïaux g).
Je deflinai le tout avec Soin, & aïant été enfuite à Erlang, pour
d’autres affaires, j’ eus occafîon de l'expofer au Jugement deMr.Delius.
Bien que je ne m’ attendifTe à rien moins, qu’ à des Doutes ou à des Ob-
jections j Mr. le Profelfeur ne laiffa pas d’être d’avis, que ces Tuïaux
pouvoient bien n* être que les lnterftices des Nerfs .
Je concevois bien la poffibilité de ces lnterftices ; mais j’ avois un
Dépit fecret, de voir cette Obfervation fujette à tant de Contradiction
& de Recherches pénibles, & à mon retour je jettai tout ce Tracas dans
un Coin bien refolu, de ne me plus mêler de le débrouiller.
Au bout de quelque Tems, mes propres Nerfs m’ aïant obligé d’a-
voir Recours à Mr, le Confeiller Treu, dont j’ai déjà parlé ; dans fa
Vifite, le Chapitre des Nerfs fut mis fur le Tapis, Je lui produifis mes
anciens Dejjeins , pour apprendre le Sentiment de cet habile Anatomiïlc:
Mais il me fit, ainfi que j’ai dit plus haut, le même ObjeCtion, que Mr,
Delius, c'eft que ces Tuïaux pouvoient être des lnterftices, comme dans
les Queues du Fruit ; & que l’on pourroit faire des Obfervations plus
certaines fur des Nerfs fecs &c. A peine mon Aefculape fut forti, que
je cherchai, pourvoir fi je ne retrou verois pas mes vieux Veux de
Veau. Ma Peine ne fut pas perdue. Je les trouvai tous deux , mais
durs comme Corne. J’examinai tout de fuite le Defius & le Defîbus de
Punde ces Nerfs, coupé perpendiculairement, & je découvris par le
fimple
TABLE LU. La Punaife. 9
(impie Nro f. quantité de Filament d’ un jaune brunâtre très ferrés les
uns aux autres en Ligne perpendiculaire. J’ en humectai une Partie
avec de l’Eau, & je parvins hûreufement enéflcurant & foulevant dou-
fement avec une greffe Epingle, à détâcher & à redreffer quelques unes
de ces Fibres , telles qu’elles fe voient h) de Grandeur naturelle, Je
coupai un Couple de ces petits Morceaux détâchés, i) & les alant mis
fur le Porte-Objet, je les examinai avec mon meilleur Microscope Nrooo,
& les trouvai être de longs Tuïaux creux kk, qui ne fauroient fe mieux
comparer , qu’ à des Cheveux de Tête ; puis -qu’on y peut clairement
difeerner, comme à ceux-ci, leTiffu & l'Enlacement fubeil de U Peau ex-
térieure, de même que les Tuïaux clairs, qui les parcourent tout du long
en ligne perpendiculaire. Ce que j’ai aufli très exactement obfervé
dans le Nerf de l’Aîle de Mouche Tab. LUI, c.
Si l’on peut après tout cela douter encore de leur Cavité , c’eft ce
que j’abandonne au Difcernement du LeCteur impartial.
TABLE LII.
La Punaife*
La préfente Eftampe ne répréfente qu’une Femelle: a) montre un
large Mufeau camard ; b) deux Antènes; c) de gros Yeux perlés;
& d) fix Piés dont les extrémités font armées de deux Serres e) comme
les autres Infeïïes . Ce puant Animalcule eft au refte répréfenté par le
Dos , fur lequel on peut voir félon leur vraie Situation & Figure, la
Quantité d’ Anneaux, &de poil, de même que les Entrailles g, h. i. k. 1,)
qui reçoivent leur Nourriture des Vaiffeaux f.) le tout ainfi qu’ il a été
obfervé par la Lentille Nro 6. L’ on-voit m) une Ouverture ronde, qui ne
fe voit point au Mâle , &n) montre la Groffeur naturelle de la Punaife.
Je donnerai une autre fois le Mâle du côté du t'entre avec P Aiguillon ; &
c’ eft jusque là queje remets leRefte delà Defcription de cette Créature.
B TAS-
ïo TABLE III. Une Aîle de Mouche.
TABLE III.
Une Aîle de Mouche.
J’ai d’abord examiné r Aîle de Mouche a) avec la Lentille Nro ç. & je
l’ai vû telle qu’ elle eft fîdelemënt deflinée fig. b) avec fa Membrane ou
peau fubtile Couleur d’Arc-en-eiel, Tes petites Plumes déliées & fes Nerfs,
J’en ai examiné une Particule par le Microscope Nro i. avec Tes Plumes;
Vû d) & fans Plumes e) aïant eu foin d’ôter & de laver les plumes de cel*
le ci. LaNature afans doute muni de Plumes les Ailes de la Mouche , de
même que celles des autres Papillons, de peur que la Pluie '& l’Humidité
ne les empêchât de voler. Car fans ces Plumes, la tendre Peau fe rélâ-
cheroit bientôt dans l’Eau. Mais avant que de finir cette Obfervation,
je dois dire, que pour avoir P Aîle bien entière, je l’ai arrachée un peu
avant dans le Dos de la Mouche. Par là j’ai eu auffi le Nerf de 1‘ Epaule c)
auquel tenoit l’Aîle, qui dans fa Figure naturelle étoit de beaucoup plus
fin qu’un Cheveu , & qui s’ eft préf nté à la Vue par le Nro o, de la même
façon que les Nerfs optiques ont été décrits Tab. LI. *
Je crois que fi l’on avoit foin, quand on arrache une Aîle de Mouche ,
de la prendre bien ayant dans le Dos, & de la tirer tout d’un Coup,
l’on pourroit toutes les fois arracher le Nerf entier ; ainfi que je l’ai éprou-
vé, & l’on verroit avec Etonnement, que dans le Microscope il rdfem-
ble parfaitement à un Cheveu de Tête.
TABLE LIV.
Figure i.
Un Bout de Dentelle fine de Brabant.
Figure 2.
La Moitié d’une petite Toile d’ Araignée.
La Comparaifon que j’ai faste de r Aiguillon de l’Abeille avec la Pointe
d’ une Aiguille , a été ü bien reçue , que des Perfonnes de haut Rang
m’ont
* V. V Explication des Eftaïiipes XXXIV. XXXV. XXXVI. XXXVII, XLï. & XUI.
de la 3. Partie,
T AB. LIV. Fig. i. Un Bout de Dentelle &c. Fig. z, La Moitié &c, it
m’ont ordonné de continuer à donner des Obfervations de cette Efpèce.
C’eft ce qui m’a obligé d’en defliner deux fur cette Eftampe ; dont la
prémière répréfentc un Chef d* oeuvre du Beau Sexe ; & l’autre l'Ouvrage
journalier du plus vilain des Infeéles.
En mettant ces Ouvrages vis-à-vis l’un de l’autre, l’on ne peut fans
Injustice refufer la Préférence à l’Araignée. Cette Fileufe & Tapifliére
infatigable n’ a eu qui que ce foit pour lui apprendre à filer & à faire
fon Tiffu. Il ne lui faut ni Destin, ni Patron , ni Epingles, ni Métier , ni Rouet9
pour fon Travail, & cependant rien ne l’égale pour l’Art, l’Ordonnance
& la Force.
Car autant que ce Bout de Dentelle Fig. i, paroit beau hors du Microsco-
pe, & autant qu’un Voile transparent de la Dentelle la plus fine orne une
Gorge bien arrondie ; aufii mauvais effet fait elle dans le Microscope,
où l’on ne voit qu’ une Enlaçûre grolfière & confufe de Noeuds & de
Lacqs de Ficéle & de Corde b). On n’y reconnoît ni Deifein, ni la moin-
dre Ordonnance ; de forte qu’on ne le peut voir fans rire.
Mais que nous montre le Tijju de l’induftrieufe Arachné Fig, a. De-
dans & dehors du Microscope, rien qu’ Egalité, que Dejjein , et fi j’ofe le
dire, qu’ Intelligence. Car pour rendre fa Toile durable, elle ourdit dou-
bles les Fils qui font les plus expofés au Choc des Mouches & d’autres
plus gros Animaux, & qui doivent foutenir fon Corps & celui de fes
Enfans , Voi a) b). Pour ceux qui ne lui doivent fervir que d’ Echêlons ,
ou de Filets & de Lacqs pour envelopper fa Proie, elle ne les ourdit que
fimples c) & les attache à ceux de Traverfe b). Et quelque pénible,
régulier & artificiel que foit cet Ouvrage, elle y efl infatigable ; quand
même on le lui détruiroit chaque Jour, Je renvoie à un autre Tems
d’en dire davantage fur ce Tijfu, Je me contente pour le coup de re-
marquer, que j’ ai trouvé tous ces Fils creux & de la Grolfeur marquée
a) b) c), mais qu’il faut faire cette Obfervationpar les Mroi. ou o.
B i TABLE
x% TABLE LV. La Peau de l’Homme & fe$ Pores.
TABLE LV.
La Peau de l’Homme & fes Pores.
Bienque la Conftitution de nôtre Epiderme ne foit pas encore des plus
exaétemens établie & décrite, & que bien des Gens n’en aient au-
cune Connoiflance ; Elle n a pas laiffé de faire l’Objet des Récherches
des Naturaliftes de l’Antiquité,
Timée le Locrien, fur le Syfteme duquel Platon a fondé fa Philofophie
naturelle, peut paffér pour le prémier, que nous fâchions , qui ait donné
une Defcription & une Définition exaéle de l'Epiderme de l’ Homme &
de fes Pores *,
Après lui eft venu Hypocrate , Père de la Medecine, qui a enfeigné,
que tout9 le Corps de l'Homme eft fait de façon quen puant & en tirant V h alêne,
il peut tranfpirer & infpirer. Et fes dignes SuccefTeurs Sanïïorius à Saniïo-
rîis , Nicolas Sténo , Marcel Malpigbius , & Nehemie Grew , nous ont donné
d’excellens Ecrits, moins à la vérité fur fa Conftitution , que fur fou
Utilité.
Monfieur Hoerel, récommandable Phificien de nôtre Ville, lorsqu’
il prit le Grade de Docteur en Medecine en 1732. nous donna auffi une
très do£te Dilfertation , fur les avantages des Pores , de l'Epiderme de P Hom-
me **. Et j’ofe afilirer , fans Lui vouloir faire Compliment, que , félon
moi, Ton ne fauroit lire cette Pièce fans en recueillir du profit & de la
Satisfaction.
Pour moi, je ne fonge qu’ à expofer à la Vue la Figure extérieure de la
Peau & de fes Pores, en abandonnant le Kefle aux Dépofitaires des Secrets
d’Efcuîape,
je n’en ai vu que deux Dejfeins gravés en Taille-douce j l’un de Lee-
vven-
* în Timaeo pag. 491. Edit. Lugd, Anno 1 $88.
** De primario ufu Pororum in fuperficie corporis humani, Altorfii 1732.
TABLE LV. La Peau de l’Homme & Tes Pores. 13
vvenboetk, * l’autre de Grew **« J’avoue ingénument, que celui de
Grew eft plus naturel & plus fur que celui de Leewenhoeck, car j’ai
trouvé les Obfervations & les Figures du Premier fort reflemblantes aux
Miennes; aulieirqueje n’ai point encore découvert dans la Peau les
Ecailles à cinq Angles, que Leewenhoeck prétend être couchées à trois
Rangs les unes fur les autres.
Car ce que le Doéïeur Grew a/Ture avoir obfervé ; que les Pores
des Pies & des Mains de l’Homme font plus grands & plus larges, que
ceux des autres parties~du Corps ; que la Peau y eft garnie d’une Infinité
de Lignes , de Triangles & d3 Elypfes Sphériques , entre lesquelles l’on peut mê-
me appercevoir les Pores avec l’Oeil nud ; que ces Pores reflemblent
fous le Microscope à de petites Sources , au Centre desquelles l’on voit
des Goûtes d’Eau claire, qui rejaillirent toutes les fois qu’on les efilue &c.
Tout celafe conftate par l’Experience la plus moderne & la plus quoti-
dienne ; & pour s’en convaincre, il n’y a qu’à confulter les Microscopes
communs Nro 4.5.
Selon moi l’Epiderme eft compofé de Lignes, de Fentes ou Crevajjes, de
Pores & d’ Ecailles.
Cette fj-ièmc Eftampe montre Fig. 1. un Doigt répréfenté par la fim-
ple Vue, fur lequel on peut déjà appercevoir des Lignes elyptiques & de
petits Pores ♦ Fig . 2. ne donne que la première Jointure d’un Indice, groftîe
par le Nro 6. dont l’ Epiderme avoit reçu, par le Maniment inconfidéré
de l'Eau-forte, plufieurs Ouvertures & Fentes & s’étoit entièrement feparé du
Doigt . Je pris d’abord ces Fentes, Felures ou Crevaftes, fur lesquelles
fe voioient les Pores , & que j’avois remarquées entre les Lignes , pour les
véritables Ecailles que Leewenhoeck avoit décrites ; mais j’en fus défa-
bufé par une Récherche ultérieure.
B 3 Car
• Defcriptio acufuspororumineutemanuum atquepedum translata ex transaâ, Angl*
Menf. Maji 1684. n- » î9. V. Acta Erud, A..1685, T, . 5. 6, p. {56.
** Arcan, Nat, Tcm, 3. pag. 413.
14 TABLE LV. La Peau de l’Homme & Tes Pores.
Car aïant mis dans le Porte - Objet une de ces prétendues Ecailles ,
dont la Groflèur naturelle fe voit Fig . c) & P aïant examinée par Nro o.
je découvris feulement quantité de petites Ecailles , dont le plus haut
Groflilfement par Nro oo. fe voit individuelement d) & qui font fi peti-
tes, qu’on en peut couvrir zoo. avec un Grain de Sable.
Je ne faurois donc concevoir pourquoi Leewenhoeck a deffiné plu-
sieurs de ces Ecailles, aufîigroifes que Fig . 3. a) & quelques unes couchées
troisfois les unes fur les autres b) le tout d'après fon Dejfein . Jusqu’ ici,
malgré tous mes Soins, je n’ai pas eu le Bonheur de voir fur la Peau de
D’Homme des Ecailles dont le Volume allât au delà de d) & e) Fig. f.
La Fig. 4. répréfente un petit Morceau de Peauy dont la Grandeur natu-
relle eft la même que c) & qui eft prife du Milieu de la Main. Les Lignes
& les Pores y font fidèlement marqués, tels que je les ai vus par Nro 4.
Les Amateurs n’ont qu’à en faire l’Epreuve par les Verres Nro?.
ou 4. à la Clarté du Soleil ou à celle des Bougies & ils pourront voir
aifés clairement \z Sueur tomàre hors des Pores •
Au refie je lailfe au Le&eur à voir fi, pour avoir quelque particule
de Peau humaine, il juge à propos de fuivre le Confeil fuivant qui eft de
Mr, Backer :
,, Pour bien voir les Pores ^ dit-il , qu’on coupe avec un bon Rafoir
j, une Particule bien mince de l'Epiderme; & puis une fécondé à la
„ même Place, & qu’on en préfente au Microscope autant, qu’on en
„ pourroit couvrir avec un Grain de Sable &c.
Je ferois tenté de croire, que le fécond Coup de Rafoir iroit jus-
qu’ au Vif.
Cependant Raillerie à part, il n’eft pas fi aifé que l’on croit d’avoir
une Peau d’ Homme qui foit propre aux Récherches Microscopiques,
Qifon ne croie pas p. e. qu’on puiife faire Ufage de la Peau d’une Main,
à laquelle le Travail a caufé des Durillons ; quand ce feroit celle de la
Dame la plus belle & la plus délicate.
Une
TABLE LV. La Peau de l’Homme & fes Pores, t$
Une telle Peau des Durillons efl de beaucoup trop épaiffe ; elle tient
m ême plus de la Corne que delà Pc*u, & elle n’eft point du tout trampam
rente.
J’ ai e'té obligé de différer plusieurs Années à faire cet Experiment
faute d’Objet; jusqu’à ce qu’ il-y-a quelques femaines, qu’il m’ efl arrivé
l'Accident, que voulant nétoïer quelque chofe avec de V Eau forte, je me
fuis tellement endommagé t Indice delà Main droite, que l’Epiderme s’
en eftfe'paré ; ainfique j’ai dit ci-devant. Ce qui m’a fourni cafuelle-
ment & fans beaucoup de Mal une affés bonne Provilion de Peau pour
mes Obfervations Microscopiques.
Je ne puis finir fans faire Mention du Calcul des Pores , qui, félon
Leewenhoeck, fe trouvent dans tout le Corps d’un Homme.
Il fuppofe que Cent pores, les uns derrière les autres dans une Ligne,
font la Vingtième Partie d’un Ponce . Un Police en contiendroit don©
looo. & un Pié n ooo. dans une Ligne ; Mais le Pié en Quarré en contien-
droit 144. Millions.
A fuppofer donc comme certain, que la Superficie d’un Homme a 14;
Piés en Quarré ; la Superficie de toute fa Peau auroit Deux Mille & Seize
Millions de Pores. -
Du Refte je fouhaite de bon coeur au Leéteur, que tous fes Pores
falîent exaélement les Fondions auxquelles la Nature les a deftine's, &
qu’ils ne tranfpirent ni trop, ni trop peu * l’un & l’autre étant contraire
à 1a Santé.
Ceux qui ont des Microscopes folaires , peuvent voir contre une Paroi
blanche & éclairée la Tranfpiration des Mains monter des cinq Doigts,
comme une Papeur épaiffe, Amufement délicieux, que plufieurs de mes
Amis & moi nous fommes donné plus d’ une fois dans une Chambre
obfcure.
Comme il vient de me tomber entre les Mains une Idée finguliére
de Mr. Maillet, par laquelle il veut faire de tout le Genre humain au-
tant
TABLE LV« La Peau de T Homme & fes Pores.
1 6
tant d’ Animaux acquatiques , je ne puis m’empêcher de mettre ici cette
Saillie neuve & originale, & de l’abandonner à l’Examen du Leéteur.
” L’ on trouve en même tems en l’Homme, dit - il, un Carattère cer-
,, tain, qu’il tire fon Origine de la Mèr. En Effet il n’y -a qu’à en
„ examiner la Peau avec un Microscope tel qu’on en a inventé de
„ nos Jours, & qui p. e. porte un Grain de Sable jusqu’ à la Groffeur
j, d’un Oeuf d’ Autruche. Vous verres par là que toute la Peau ed
„ pleine de petites Ecailles qui reffemblent à celles de la Carpe.
Si l’on veut ajouter que l’Experience journalière nous fait voir des
Hommes fi tigneux , que l’on apperçoit par l’Oeil nud les Ecailles qui cou-
vrent leur Peau, il- y- aura bien encore là dequoi mieux conftater leur
Origine marine. *
NB. Puisque je fuis fur le chapitre des Mains ecailleufes de Mr. Ma-
illet, je me rappelle d'avoir vû une telle Main en Taille - douce dans le
Commerce littéraire **, prife des Transactions pbilojopbiques ***. Le célébré
Haturalide Anglois, Mr. George Edwards **** a peint cette Main d1
après nature et l’a décrite telle qu’il l’avoit vue et examinée lui même
en un Païfan. Elle êtoit conditionnée d’une façon dont aucun Savant
n’a encore parlé; car elle confldoit en une Infinité de petits Tu'iaux
brun-noirâtres, en Cylindre, et heriffés de près d’un demi Pouce ; les-
quels étoient fi diadiques, qu’ils bruïoient, quand on y paffoit la Main
deffus; & c’étoit à leur Pointe, qu’on appercevoit les Pores.
Cette Hidoire m’ a fait faire toutes fortes de Reflexions fur le Cha-
pitre des Ecailles de nôtre Peau, Et Monfieur le Confeiller Trew , qui
a eu
* Teliamed ou Entretiens d’un Phiîofophe Indien avec un Miflionaire françois fur
la diminution de la Mer, la formation de la terre l’Origine de l’Homme, mis en
ordre fur les Mémoires de feu Mr. Maillet. Amû. 1748. in 8vo p.206.
Annus 1734. pag. 243* Tab. y. Fig. 7.8. 9»
*** Vol. 37. Num. 424. an. 1731. 32. Tab, I. Fig. r.
a*** Gleandings of Naturel Hiftori by George Edwards. London 1758. C. t, Pla.
212. p. 3,
TABLE LVI, Un peu de la Cornée d’un Oeil de Hanneton. 17
a eu la bonté de me communiquer V Hiftoire naturelle à’ Edwards , m’aïant
honoré aujourdhui d’une Vifite, je me fuis ouvert à ce célébré Anato-
mifte, & i] a eu la complaifancc de m’éclaircir infiniment cette Matière,
par l’Experiment fuivant,
Monfieur le Confeiller a eu donc la bonté de me dire, qu’ il avoi*
mis pendant quelque Tems tremper une Tête à' Homme dans de l’Eau,
pour faire quelque Epreuve, & qu’ enfuite aïant palfé par hazard le
Doigt fur le Nés de cette Tête en 1’ examinant, il l’avoit -trouvé fi macé-
rée pur l’Eau, que V Epiderme du haut du Nés s’enleva & ,y refta pendu
au Bout. En examinant la Superficie de cet Epiderme , qui tenoit aupa-
ravant à la Peau proprement dite, il n’avoit appcrçu qu’un Amas velu
de Filamens fortis des Pores de l'Epiderme & rcftés attachés à la fécondé
Peau ; Aiant enfuite confidéré en dehors cette Pellicule enlevée, fes Pores
te trouvèrent, comme de Raifon, beaucoup plus grands & plus larges,
que d’ordinaire. S’il eft donc certain, que les Pores de l’Epider-
me ( cuticuU ) ne font que les Ouvertures, par où fort le fu-
perflu des Humeurs ; ainfi que l’a prouvé Ruifcb par P Expérience, en ré-
futant la DoBrine des Glandes de Leevvenhoeck, de Malpigbiu : & de Sténo ;
il eft aifé de trouver la Gaule qui a produit la Peau écailleufe & pleine de
Tuïaux du Païfan Anglois. Ce Principe même peut nous donner en gé-
néral des Idées naturelles, faciles & polftbles de la vraie ftruélurc de nô-
tre Epiderme,
Mais que tous ces Tuïaux ne foient pas de la même efpèce, & qu»
il. y- en ait qui contiennent une Matière buileufe ,• c’eft ce que Mr. le Con-
feillér à découvert par dâferentes Obfervations,inferées dans le Commerce
littéraire *.
T A BILE LVI.
Un peu de la Cornée d’un Oeil de Hanneton.
La Partie extérieure de l’Odl de toutes les Créatures, Hommes &
Bêtes , porte bien le Nom de Tunica cornea ou de Cornée ; mais ce-
pendant la Conftitution n’en eft pas la même. Dans les Hommes & les
C gros
* Ann, 174$. p. 24<S. Tab, i. fig. *4,
ï% TAIJLË LVI. Un peu de la Cornée d’un Oeil de Hanneton,
gros Animaux, on la trouve unie comme une Glace & fans Comparti-
mens, Mais dans les Infeétes elle eft formée tout autrement & dans la
plupart, d’une Infinité d’Hexagoncs. On la voit aufli fouvent triangu-
laire ; mais cela vient des fes Lumières transparentes , qui font des Reverbe *
rations différentes & qui ont toujours du rapport à nôtre Attitude & à nô-
tre Point de Vue, Il en effc de même du Jour, Car s5 il n’y-a qu’une Partie
du Microfcope qui foit éclairée, & que l’autre ne le foit pas, il n’ en faut
attendre que d’ Angles faux. 11 ne faut donc pas s’abufer; car il eft
certain que les Yeux des Infeétes furtout des Abeilles , des Mouches , des Han-
netonsq des Sauterelles &c. font compofés des Réfeaux les plus fins, en Hexa-
gones géométriques, qui refiemblent en dedans à des Miroirs concaves,
que nul Géomètre ne fouvoit imiter.
Cette Cornée eft très fine & mince dans certains Infeétes , tels que
la Mouche & le Cou fin, dans d’autres, comme dans l'Abeille & le Hanne-
ton, elle elt fort épaiife.
La diverfité de la Couleur de la Cornée vient de la Liqueur , qui eft
entre elle & l’Llvée. Car celle-ci, félon Scbvv animer dam, n’eft point au
Fond de l’Oeil, mais d’abord au deffous de la Cornée. La Liqueur elle
même, qui eft entre deux, eft rouge, ou verte, ou bleue, ou jaune, ou
blanche, ou noire, ou brune, ou mêlée; & la diverfité de la Couleur
extérieure dans les Yeux des Infeétes, vient de ce que cette Liqueur pa-
sroit à travers la Cornée,
Le célébré Naturalise Hoocke a compté Quatozre Mille de ces He-
xagones ou Yeux difFérens dans la Cornée de la Demoifelle. J’ aime bien
mieux l’en eroire fur ce Calcul, que de le faire ; bienque ce feroit un
a fie s joli Amufement & affés facile pour un Amateur. Il n’y-auroit qu’
à divifer une Cornée par Portions égales & en mettre une fous un bon
Verre dans le Microscope folaire, pour compter à fon aife contre la Pa-
roi, combien cette Portion auroit d 'Hexagones; & cela feroit trouver
fans Peine la Totalité des autres Parties»
31
TABLE LVÏ, Un peu de la Cornée d’un Oeil de Hanneton» 19
Il me refie à repondre à la Queflion : Pour quoi la Sage Providence a
donné tant d’Yeux à des Infeélcs, qui nous paroiffent fi vils , préférablement à
toutes les autres Créatures ? Je m’en vai donner un Racourcide ce que les plus
grands Naturalises ont dit fur cette Matière,
Comme les autres Créatures peuvent remuer leurs Yeux , ce que les
Infcïïes ne fauroient faire ; la Sage Providence a compenfé ce défaut de
Mouvement pâr la Quantité, & elle a formé leurs Yeux de Façon que
pouvant voir en tous Sens à la fois, ils peuvent fe mettre en garde con-
tre les Embûches de leurs Ennemis, les Araignées, les Moineaux, les Hi-
rondelles &c. & appercevoir de tous côtés leur Nourriture & leur Proie.
L’on peut en voir davantage dans Leevvenboeck , Hoocke ♦ Nieuvventyt ,
Scbvvammerdam , & dans bien d'autres, dans lesquels, & furtout dans la
Bible de la Nature de Schwammerdam, l’on trouve la Réfutation des Ob-
jections faites contre- la Multiplication & t Errement de la Vue, & la Preuve,
que chaque Hexagone a fon Nerf optique particulier. Nous même, avec
deux Yeux, nous ne voïons pas les Objets doubles. J’ai encore à dire
un Mot fur la Manière de préparer la Cornée de /’ Infeïïc pour le Mifcro-
fcope.
Si l’on veut faire cet Examen fur des Bêtes vivantes, ce qui efl bien
le plus fur ; l’on n’a qu’à féparer la Tête de la Mouche , Abeille ou Saute-
relle; qu’à la partager en deux, & qu’ à couper bien proprement, avec
de petits Cifeaux, la Peau velue qui environne l’Oeil.
Puis on attache avec deux Epingles cet Oeil encore plein de fon
Humeur & reffemblant à un demi Globe fpbérique , à une Planche de Tilleul
bien life ; & l’on en torche bien proprement la Liqueur intérieure avec
un Pinceau & de l’Eau fraîche. Pendant cette Operation, l'on apper-
cevra à Vûe d’Oeil le Changement de la Cornée , & l’ on découvrira infen-
fiblement la Rétine argentée, brochée de Milliers d’ Hexagones. Il faut
continuer à torcher, jusqu’ à ce que la Cornée foit aufîi transparente,
que du Verre & aufîi molle que du Papier. Ce n'efl pas en vain qu’on
la nomme Cornée j car elle efl aufîi dure & aufîi roide, que de la Cor-
C z ne|
ïo TABLE LVL TJn peu âe la Cornée d’un Oeil de Hanneton.
rie j aufli caflfe~t-elle comme le Verre & la Corne, quand on la p relie
avec violence. Il eft ainfi bon de mettre entre les deux Verres du
Porte-Objet, la Cornée encore humide, après l’avoir bien nettoîée &rendue
transparente. Car de cette façon, ou la peut plier & l’y mettre entiè-
re ; au Lieu qu’elle prendroit des Fentes, fi l’on vouloit la plier étant
fêche.
L’on peut à la vérité la tirer plus aifément d’un Infeéle délfêché &
gardé ; mais il faut auparavant faire tremper un couple de Jours cet
Oeil ou cette Cornée dans de l’Eau ou de l’Efprit de Vin & la bien purger,
comme ci - delïus, de toute l’Ordure qui y tient.
11 ne faut pas non plus pour cela toute une Cornée, une Particule
rendant le même Service. Celle de la Oemoifelle (Lybelle) efl la plus
commode pour fa Groflfeur Scfa Transparence.
Cette ç6me Eftampe répréfente un brin delà Cornée d’un Escarbot doré
des Indes, dont l’Epaiiïeur eft bien quatre Fois aufli forte, que celle de la
Peau de fon Corps ou de fon Aile.
L’ on voit a) t Oeil entier & la véritable Figure de cet Escarbot de
Grandeur naturelle. L’on en montre b) un Morceau grolîi par Nro
avec fa multitude de Miroirs Sphériques, dont la Couleur fe préfentoit jau-
ne doré.
NB. La çime Fftampe étant déjà gravée & fes Explications impri-
mées, je reçus la favante D e fer iption de l'Oeil de /’ Homme deMr le Profef-
feur deGcetingue Zinn, que la Mort a trop-tôt ravi à l’érudition, accom-
pagnée de magnifiques Eft amp es * dans lesquelles j’ai vu avec Surpri-
fe ; que le Nerf optique étoit tout autrement répréfenté, que je ne l’ai pu
obferver jusqu’ici. C’eft donc pour prévenir tout fiéproche, que j’ai
fait très fidèlement copier & imiter le Deflfein de feu Mr. le Profelfeur
fur cette Fftampe Fig. 2. fans Enluminure , où eft répréfenté
a) le Nervus opticus comme un petit Tuïau féparé, fitué au Milieu 5
b) Vagm& nervi optici lamina exterior , &
O Val'
% Dcfcrîprio anatomica oculi humani Iconib. illuftrata AuÔ. Dr, Joh. Gottefr, Zinn.
Gœting* 1755.
TABLE LVII. Des Criftaux de l’Alun.
n
c) Vag. nervi opt. lam. interior ;
d) pia mater nervi optici . Ce font les propres Termes de l’Auteur.
N’ aïant donc jamais apperçu le Nerf optique de cette façon, j’ai fait
graver à Coté mon Obfervation Fig. 3. J’ai bien trouvé dans b) & c)
les deux Gaines extrêmement minces ; mais je n’ai pas trouvé dans a)
un petit Tuïau particulier ; mais bien quantité de petites Fibres très dé-
licés, ainfi que 3’ ai expliqué ci-devant.
J’avoue que je n’ai pas encore eu Occafion d’examiner la Cornée d’
un Oeil humain. Peut etre que la Différence vient de ce qu’ Elle eft
autre dans l’Homme, que dans le Refte des grandes Bêtes. Or comme
j’en doute, j’attends que l’Occafion fe préfente de m’en éclaircir.
Pour s’épargner la Peine de diffequer une Tête de Veau, je puis a f-
furer à mon Leéleur, qu’il peut faire des Teux de Poule , d'Oie & d’ autre
Volaille le même Ufage, que de ceux des plus grofTes Bêtes, pour examiner
le Nerf optique .
TABLE LVIÏ.
Des Criftaux de l’Alun.
J’ ai été bien du Tems à pouvoir porter cette Obfervation au Point
de Perfeélion, que je la défirois. La Goûte, bien loin de fe vou-
loir Criftalifer dans le Verre, ne vouloit pas même fe configurer. J’avois
toujours dans le Porte-Objet une MaJJe gluante, comme de la Colle ou de
la Gemme ; & cela me fît aufît abandonner entièrement cette Récherche.
11 n’ y- a que quelques Semaines, queleHazard rn’ a fait attraper le Se-
cret d’y reiiffir. Je m’en vai donc communiquer fàdelement la Manière
d’imiter cet Experiment avec Facilité.
L’on prend un petit Morceau à’ Alun auflî clair & Transparent, qu’
on le peut avoir. Il s’en trouve par fois d’auffi clair, que le Chriftal.
L’on en met la Quantité qu’on veut dans un petit Mortier de Verre bien
C î
net
2t
TABLE LVII. Les Criftaux de l’Alun,
net, avec à peu-près trois fois autant d’Eau froide, & on le broie jus-
qu’à ce qu’il foit prèfqu’ entièrement fondu & diflbus. En fuite l’on en
pofe avec la Pointe d’une Plume ou d’ un Pinceau bien propre une très
petite Goûte fur le Porte-Objet, laquelle on laiffe fêcher d’ elle même, ou
pour gagner du Tems, on la fait fêcher fur une Plaque ; mais il faut qu’
elle ne foit que médiocrement chaude. Dés que l’Oeil nud apperçoit,
qu’elle prend un Cercle blanc , il faut mettre le Porte-Objet fous le Micro-
fcope, pour remarquer & admirer jusqu’ à la Fin les Operations de 1a
Nature-
Dabord il fe préfentera des Points Couleur d’ Arc-en-ciel, en Forme
d 'Etoiles, mais qui enfin fe produiront en différentes Figures Géométrique-
ment régulières & en Crijlaux , dont rien n’ égale la Beauté. J’ ai tou-
jours remarqué parmi ceux - ci, quantité de Crijlaux de Vitriol & de Sel
ordinaire, & j' ai fidèlement répréfenté fur cette f 7™e Ejlampe tous ceux
qui me font tombés fous les Yeux.
C'eftainfip, e, qu’ a) répréfente une Figure à 14. Superficies, donc
chaque Coté en a 7. entre lesquels ceux du Centre font des He-
xagones réguliers, & Ceux des Extrémités confiflent en 3.
Quarrés &c 3. Hexagones *
b) cft un Oïïogone de huit Triangles rectangles \ de même que
c) qui ne fe préfente autrement à la Vue, que parce que cette Fi-
gure femble porter fur fa Bafe.
d) répréfente un Crifial de 14. Superficies à Angles obtus &
e) un Corps géométrique compofé de 14. Côtés, n, Quarrés & 1,'
Hexagones.
f) efl un des plus beaux Criflaux & des plus réguliers, lequel polir
fes Trapezoïdesi fes Angles obtus, fes Triangles & Prifmes eft plus pro-
pre à donner de l’Admiration qu’à être décrit.
g) une Pyramide ou Cube, qu’on voit d^ordinare dans le Sel de Mèr,
de Pierre, de Fontaine, & même de Cuifine,
h) un
TABLE LVIII. La Configuration de V Aluni a#
h) un Pentagone oblong, dont il - y en a par fois 3. à 4. de jonchés
les uns fur les autres ; & qui paroît être la Moitié de la Figure
du Criftal dj
i) eft comme b) un Oïïogone en forme de Lofange , qui n’aïant fait
que changer de Pofition, fe préfente autrement à la Vue.
En comparant tous ces Criftaux entr’eux, l’on eft tenté de croire que
T Alun n’eft qu’ un Minéral compofé de Sel, de Vitriol, de Salpêtre &c. puis-
qu’on trouve diftinétemcnt dans g) les Cnflaux du Sel , dans f) ceux du
Salpêtre ;; & dans b) ceux du Vitriol verd. J’y aivûaufli Quantité de
Criftaux du Vitriol blanc 5 comme l’Explication fuivante va le conftatex.
TABLE LVIII.
La Configuration de l’Alun.
Puisqu’il faut encore ua autre Savoir faire, pour effeéluer la Configu-
ration de P Alun. j je m’en vai auftl le communiquer avec toute la
Concifion poflible.
Il y entre bien l’Eau d 'Alun qui a fervi pour les Crifiaux ; mais quel»
que faturée qu’elle foit encore d’ Alun , il faut pourtant la mettre fur
une Plaque & la faire »chaufer fur de la Braife pas trop ardente, ou à la
Chandelle ; afin de délier de nouveau les Crifiaux , qui fe font pofés au
Fond. Enfuite on la laiffe refroidir, & procède avec une Goûte, ainfi que
ai marqué touchant les Criftaux de i*Alun> D’ abord on ne voit que ta-
peur; mais elle fe difiipe bientôt, & JailTe un Ciel clair avec quantité de
grands & de petits points étoilés ; ce qui fait un Effet charmant, fur tout
confidéré de Nuit à la Chandelle.
Mais une Goûte ne fe configure pas comme P autre. Tantôt c’eft Y
Edifice de Perches , e) tantôt les Raïons, a) tantôt le Quadre criftalifè b, B.)
& tantôt les points étoilés c.
Cependant les Etoiles a Queue f, le g) font toujours les dernières
Appa-
*4
TABLE LIX. Un peu d’Ecaiüe de Merluche.
i
Apparitions. Il faut bien de la Patience pour faire cet Expérimenta
inais un Amateur n’aura par certainement Regret à fa Peine.
J’ai choifi pour cette Eflampe, entre tant d’autres, la plus belle
Képréfentation , pour la defliner, dans laquelle les Raïons a) fe produi-
firent fubitement J puis elle forma dans B.) un Couple de Crijtaux de
Fïrtiol blanc & de Sel ; enfuite dans b) le demi Quadre d’une Infinité
de petits Criftaux d'Alun\ Enfin vinrent les Points radieux c).
A ces Changemens fucceda la Configuration , dont les Figures denteüée s
relfembloient au Sel ammoniac & à celui de Vitriol verd ; après cela il
parût fubitement des Chevrons longs , les uns allant horifontalement de
droit à gauche, les autres perpendiculairement de haut en bas jusques
au delfous du Milieu du Cercle, & formèrent enfin une Paroi de chevrons
brifés , que le plus habile Artifan n’auroit pû mieux conftruire.
Dèsque cette Paroi fut en ordre, il fe forma d'abord des Etoiles , f)
des points radieux & enfin les Figures reifemblantà des Comètes gjéesquel*
les finirent toute l’Operation.
TABLE LIX.
Une petite Ecaille de Merluche.
Quel vil Objet que cette Ecaille hors du Microfcope! Voiés la dans
a) de Grandeur naturelle. Mais avec quel Eclat ne fe préfente-
t-elle pas dans le Microfcope à l’Oeil attentif! Voie's b.) Que de Beau-
tés, quel Ordre dans ce petit Volume ! Preuve authentique de la Sa-
geife infinie du Toutpuifiant* Comme fil ne fuffifoit point à fa Bonté
d’avoir couvert tout le Corps de ce poilfon d’une Infinité à'EcaiÜes ;
il a voulu décorer chaque Ecaille en particulier de je ne fais combien d’
Ecujfons. Ici l’Ouvrage fait l’Eloge du Maître, & l’on peut dire avec
Syrac: Il faüoit un grand Maître pour faire tout cela . Qudn confidère le
Nombre des Ecailles d’une feule Merluche, lequel va bien au delà de Cent
Mil-
TABLE LX. Une petite Goûte de Lait de Carpe. zj
Mille ; qu’on ajoute l’Art avec lequel une feule eft travaillée; qu’on
reflêchifie fur la Quantité étonnante de cette feule Elpèce de Poiffon,
dont on charge des Flottes entières feulement à Terre-neuve, & qu'on re-
monte enfin à la Main qui a tout fait & qui crée encore tous les Jours,
& l’on ne pourra s’empêcher de reconnoître audefius de nous quel-
que Chofe de fi Grand, qu’il mérité à jufte Titre la plus profonde Vé-
nération & l’Amour de toutes fes Créatures. Je finis par l’Aveu in-
génu que je fais, que les Amateurs découvriront par la Voie du Micro-
feope, infiniment plus de Beautés dans l ‘Ecaille même, que la Main de
l’Artifte quelque favantc qu’elle foit n’en fauroit graver fur une Planche ♦
TABLE LX,
Une petite Goûte de Lait de Carpe.
’on me fit un Jour Préfent d’ une belle Carpe, que je fis d’abord
I j vuider en ma préfence, afin d’en tirer un peu de la Laite, pour P
examiner avec le Microfcope. Au Commencement je n’apperçus que
des Obiets confus avec quelque Mouvement t mais point de Corps. Puis
en examinant une autre Goûte fraîche dans un plus haut Degré de
GroJJijJèment, j’y aperçus des Millions de Créatures vivantes, formées en
Oeufs , & qui marquoient un Mouvement libre. Quelque tems après, je
me remis à cet Experiment en Préfence de quelques uns de mes Amis,
& nous apperçumes ces Animacules petits au delà" de toute Expres-
fion, d’une Manière fi diftinéle, qu’elle ne nous lai/fa plus aucun Doute
fur leur Fie . Il faut cependant, que j’obferve en palfant, que l’on ne
trouvera point ces immaculés dans le Lait d’une Carpe male , qui péfera
moins de z. Livres.
C’eft un des Experimens le plus agréables en ce que, l’Examen
fini, l’on peut fe mettre à Table, fe faire fervir la Carpe bien alTaifon-
née, la manger & l’accompagner d’un bon Verre de Vin»
D
Mais
i6 TABLE LX. Uiï petite Goutte de Lait de Carpe.
Mais pour venir à l’Experiment même ; je n’ai rien vû à travers les
Nro 5. 4. 2c 5. Avec Nro 2, j’ai apperçu quelques Mouvement de certains
Corpufcules clairs & de Figure ronde. Et avec les Nro 1. & o. j’ai dé-
couvert enfin les Animalcules & leur Mouvement libre.
Or voici comment il s’ y faut prendre pour imiter cet Experi*
ment avec facilité.
L’on prend d’abord une Carpe Laite'e, ou mâle; On l’ouvre le long
du Ventre, depuis la Tête jusqu’ à la Queue, en la tenant renverfée fur
le Dos. L’on en tire la Laite, que l’on fépare du Refie des Entrailles, &
l’on en met ce qu’on juge à propos dans une TafTenette.
La Laite de la Carpe eft à la Vérité' couverte d’ une petite Membrane^
qui la contient, comme celle de Y Ovaire ; mais il n’eft pas befoin de la
lever. 11 n* a qu’ à y faire un trou avec un Tuïau de Plume non taillée,
ou avec le Bout du petit Doigt, Il fort de ce Trou une Liqueur blan*
che & flluide, qui coule dans la TafTe & que je prends pour la Sperme de
la Carpe. L’on en met à peu près de la GrolTeur d’une Lentille fur le
Porte-Objet , & on l’examine par les Nro 1. ou o. les CrofTiffemens moin-
dres ne fuffifant pas, afnfi que j’ai infinué, à voir vivre ces petits Ani-
maux. Mais Nro o. en fera obferver une Infinité qui fourmillent en-
femble. Que fi l’on délie avec de l’Eau cette Alajjè étant fur le Verre.,
on en apperçoit des Individus , qui fe iéparent de la Troupe, &: cui fe
meuvent par des Marches en Rond, en Lignes fpimles , droites, obliques &
■tortueufes; ainfi que je les ai fait graver fur cette 6orre Eflampe tout
au tour de la Majje.
Quant aux Obfervations que j’ai faites fur les petits Animaux /permet-
tiques, je renvoie le Lecleur à Deux Pièces , que j’en ai publiées*. Jon-
fion , Blaife, Rondelet, Ruijcb & Petit ont donné aulTi des Hifloires de la
Carpe,
* 1. OMcrvstioîis phifiques fur les petits Animaux Spermatiques, faites avec les
meilleurs Microfcopes p. M F. L. 1 7fd.
2 EfTai d'une fnlide Apologie des Animaux Spermatiques Nuremberg 1758.
NB. Ces deux Titres font traduits de d Allemand.
TABLE LXI. Un peu de l’Ovaire d’une Carpe. x'ç
Carpe. La Récenfion des Ecrits du dernier Te trouvé dans le Commerce
littéraire * où j’ ai trouvé la Defcription fuivante de la Laite de ce Poijjbn:
„ C eft une partie de la Carpe mâle, confiftant en deux parties inégales , qui
„ font les Tefticules, oh la Semence eft Séparée **.
Je pourrai avec le Tems Toucher, encore quelque chofe des Animal-
cules Spermatiques , & répondre à quelques nouvelles Objeélions.
La Semence de la Carpe Ce préfentc ici a) de Grandeur naturelle,
& b) bien grofîie par Nro o.
TABLE LXI.
Un peu de l’Ovaire d’une Carpe.
Peut être Perfonne n’a jamais tant aimé à voir faire des Experimens
fur les Poiffons , que ma Femme. A’ peine y- avoit- il deux Jours
que j’avois fait celui delà Laite de Carpe ; qu’elle vint me demander, d'un
air qui fentoit fon Envie d’en manger, s’il ne me faudroit pas bientôt
quelque Poijfon pour mes Obfervations Microfcopiques. Comme je n’
avois fait encore aucun Fffai fur la Carpe femelle ; je ne fus pas fâché de
faire d’une Pierre deux Coups, en fatisfaifant d’un côté l’Apetit de mon
Epoufe & de l’autre ma Curiofité. Je lui répondis donc, qu’oui & que
la dernière aïant été une Carpe laitée , j’en voudrois aujourd’hui une Oeu~
vée. Celle ci fut ouverte comme la précédente, j’en tirai l’Ovaire, &
après en avoir mis peut-être la Centième partie fur une Afîiette propre,
j’abandonnai tout le Refte à ma petite Moitié, qui m’en fît un fouper déli-
cieux, pendant que je m’occupai à examiner foigneufement les Oeufs de
cette Carpe. Il n’y - a qu’ à prendre de cet Ovaire de la Groffeur d’une
Lentille , le mettre fur un Porte-Objet fimple, le regarder par Nro f. & l’on
verra déjà parce Grcffifîement modique, Quantité de Globules d’un Jaune
D t pâle,
* Ann. 1739. Hebd.27. 28,29. 30. P.112. 221.227.238.
** La&es pars funt cyprini maris duobus conltans corporibus albis ad modum irregu-
laribus, funt hæc eorpora tefticuli in quibus femen feparatur.
*8
TABLE LXI. Un peu de l’Ovaire d’ une Carpe,
pâle, dont la Figure revient à celle de l'Orange, & qui font conférves &
enveloppés dans un Réfeau trelfé. Que fi on veut l’examiner dans ua,
Grolîiffement plus confidérable, l’on trouvera ces Globules pleins de pe-
tites Taches & le Rézeau doublement treffé 3 & je ne fais aucun doute,
que ce: Experiment n’ait dequoi charmer les Yeux & l’Efprit. Car
d’abord l’on reconnoît la Providence du Créateur, qui en enfermant ces
Oeufs dans une Enveloppe en Forme de Rézeau, a tant de Soin de les fi
bien rejoindre, qu’ils n’en peuvent fortir avant le tems, & ainfi fe gâter.
Enfuite mon Efprit admire les foins qu’a pour nousle Créateur de tou-
tes chofes, dans cette Quantité incroïable d’Oeufs. Tel Erochei en a paf-
fé 2000. dans fon Ovaire . Et Mr. le Profeffeur Hannovv de Danzig *
décrit dans fes Curiofués certains Ovaires de PoilTons, & fur tout d’une
groife Carpe, qui contenoit 1036800. Oeufs. L’on peut voir un plus
grand Nombre d’Experimens , fur la Quantité des Oeufs de la Carpe,
dans le Commerce littéraire de l'Année 1739. Semaine 29, pag. 217. Quelle
Bénédiction du Créateur envers les Hommes ! Cette Obfervation de
Mr. le Prof. Hannow eB: trop belle, pour ne pas regaler le Lecteur de
quelque Morceau remarquable, qu’il ne fera pas fâché de lire. Voici
fes propres Termes :
„ Suppolé, que la Carpe ne fraïe pas fon Ovaire tout d’ un Coup, & qu*
,, elle n’en lâche tous les Ans qu’une Partie, quelle Quantité d’ Alevins
„ nefortira-t- il pas d’une Carpe ? Une feule pourroit peupler Cent
„ Etangs, chacun de 9. à 10000. Carpes. Que fi l’Ovaire n’êtoit que
„ pour une Fraie & pour un An, cela feroit dans Dix ans 9. à 10. Mil-
j* lions.
„ Mais fuppofé encore, qu’il n’en vînt à bien que la Centième Par-
îj t,ei
* Ctt'ioütés naturelles & œeonomiques de Mr. Jean Daniel Titius , Profefleur ordi-
naire en Philofophie 8c en Mathématiques , 8c Palatin de la Cour Impériale à
l’LInî verfité de Wittenberg, T I. p. 607.
NB. Ce Titre eü traduit de F Allemand.
TABLE LXI. Ün peu de l’Ovaire d’ne Carpe, 25
„ tie ; il ne laifleroit pas d’ y-avoir un Gain très Confiderable à faire
„ fur une Carpe mâle & une Femelle ; qu’on les Achetât l’une & l’autre
„ i.fl. & que la Fraie s’en vendît au Bout de 3. Ans à 9. Gros la pièce ,
„ l’on pourroit, fans Ufurc illicite, gagner dans 1’ Efpace de 10 à 13»
„ Ans, par ces deux Poilfons dans les prémier Cas, qui feroit le moin-
„ dre 2799. fl. dans l’antre 3110. à la troifième Fraie 29990. & à la
- ,, quatrième 3110. fl. Mais pour cela il faudroit bien purger l’Etang
„ au Frai de tout ce qui dévore le Poiflon, tel que les Brochets , les
„ Perches &c. & tâcher d’ y introduire bonne Nourriture.
‘ . Il cft fur que les Ecrevijfes ont tous les Ans leur Ovaire nouveau, qui
leur vient fous la Queue ; mais lorsque celle-ci en eft pleine, l’on n’en
trouve aucune Trace en Dedans ; & une Ecrevifle a 120. 130, jusqu’ à
i$o. Oeufs & même davantage,
Leewenhoeck foutient, qu’un Eturgeon renferme plus de Poiflbns,
qu’ il n’y a d’ Hommes dans le Monde *.
Toutes ces Confidérations ne peuvent que remplir la Cre'ature rai-
fonnable de Sentimens d’Aétions de Grâces, d’Amour, de Confiance &
de Vénération pour l’Etre fuprème. Pour moi, tout ce que j’ai encore
à dire au Sujet de cette Eftampe , c’ efl: que dans a) l’ on voit le Morceau
d 'Ovaire, qui a été examiné de Grofleur naturelle ; dans b) leRéfeauqui
le renferme ; dans c) les Oeufs enveloppés, groflïs par Nro 3. dans d)
un de ces Oeufs crévé , & dans e) la Liqueur fluide , compofée de Globules
comme le Sang ou le Lait .
TABLE LXII.
Etincelles de Feu tirées de l’Acier.
Il paroît d’abord ridicule, qu’on entende parler d’examiner des Etincelles
par le Microfcope, Il-y-a même bien des Gens qui regardent com-
3 me
* Arcan. Nat. Ep ad Grew, T, 2. p. 8
30 TABLE LXII, Etincelles de Feu tirées de l'Acier.
me paradoxe la Poffibilité d’ obferver à travers un Verre une Etincelle
qui part & qui fe diffipe comme un Eclair.
Cependant bien loin que le Fait foit impoffible, il efl même très
aifé de voir groffir des Etincelles , de les enfermer entre les deux Ferres
du Porte-Objet , & de les y conferver, pour fes recherches quotidiennes.
En voici le Secret, qui efl bien peu de Chofe:
L’on prend deux bon Morceaux de bon Acier; plus ils feront fins, plus
ils rendront les Etincelles belles & brillantes. L’on met fur la Table
une Feuille de Papier blanc, dont on replie les Bords, de peur que les
Etincelles n’en tombent ; puis l’on prend les deux Pièces d’Acier, qui
peuvent être de bons Couteaux joints enfemble, des Limes, des Fufils &c.
& l’on bat à bon Comte du Feu fur ce Papier. Il- y a du Plaifr à voir
familier ces Etincelles luifantes ; mais dans l’ Inflant l’on n’ apperçoit au
Lieu d’Etinelles, que de petits Points noirs , plus menus que la Poulîière*
L’on examine cette PouJJière par le Microfcope compofé ; car elle n’effc
pas transparente ; On peut la mettre auffi fur la Table du Microfcope
univerfel, ou de Mufchenbrock, de même que dans le Plateau du Microf-
cope en forme de Compas félon que l’Amateur pratique efl fourni de ces
Inftrumens j & i’On fera furpris de la Diverfité des Figures, qui fe pré-
fenteront à l’Oeil armé. 11 efl impoffible d’en copier les Couleurs. Le
Bleu d' Acier, le Rouge & P Argenté en font les Principales j les autres don-
nent dans un Efpéce de Bronzé approchant du Bismuth - colombin. J’ai ap-
perçu parmi des Bouquets de Muguets, dont les Fleurs n’étoient pas
encore éclofcs.
L’on y trouve quantité de Boules d’ Acier & d' Argent grandes &: peti-
tes, & les autres fe peuvent mieux voir, que décrire. Les Etincelles,
que voici , aïant été tireés de l’Acier & de la Pierre à Feu ; cette 62me
Eflampe montre dans a) les Parcelles qui ont éclaté de la Pierre ; dans
b) diverfes Etincelles qui refTemblent à de f Acier fondu, & dans c) la Crof-
feur naturelle de ces Etincelles, que j’ai fidèlement delfinées, d’après les
diver-
TABLE LXII. Etincelles de Feu tirées de l’Acier.
«Hvcrfes Obfcrvations , que Mr. 1* Entrepreneur & moi en avons fai-
tes.
D’ où vient que ces Particules d’ Acier étoient d’abord de feu ? c’eft
ce que nul Amateur de la Phifique n’ignore. C’ell: une vérité reçue
depuis long-tems, qu’il- y-a du Feu renfermé dans toutes les Matières du
Monde, qu’on voudra foumettre à l’Epreuve- De là vient auffi que le
Ter , Acier, le Cuivre, l'Etain & le Plomb fe biffent aplattir & alongcr, ce qui
ne fe pourroit faire fans le Secours du Feu , qui eft renfermé dans ces
Métaux * Qu’il-y-a du Feu dans l’Homme meme ; c’ eff ce que /’ Electri-
cité nous prouve par une Infinité d’Experimens. Differens Artiftes &
Gens de profeffion, nous montrent aufîx tous les Jours, en travaillant
au Tour ou à la Lime , que la Friétion de deux Corps durs produit du Feu.
La Nature a elle même appris aux Peuples les plus fauvages cette Ma-
nière d’ en avoir ; car ils prennent deux pièces de Bois & les frottent
l’une contre l’auttre, jusqu à ce qu’elles s’alument. Et nôtre Manière
de battre du Feu ne diffère guères de la leur. Nous prenons deux Piè-
ces d’Acier, ou une Pièce d’Acier & une Pierre, nous les battons & nous
en tirons des Etincelles, qui alument notre Mèche ou nôtre Amadou. Si
quelcun doute encore que ces particules d’Acier foient de véritables
Etincelles produites par une Friïïion forte ; il n’a qu’à prendre un Morceau
d' Antimoine & le faire fondre avec deux fois autant de Fer ; puis atta-
cher cette Malle à l’Eftoc, & paffer deffus une forte Lime neuve ; alors
il verra la Table innondée d’un Déluge d' Etincelles qui fortiront d’entre
la Lime & Ylfloc ; lesquelles alumeront même le Papier. Le Curieux
d’Expe-
♦ Quelque inconîeftablc que foit tout ceci ; il-y-a cependant on Savant Rufle nomme'
Lomonofow qui a combattu cette Vérité dans une Differtation qui a été publiée
dans le Tome I. Novjsrum Comentariarum Academies Sri en t i a ni m Petropolitance
pag. 206. feqq. ou Mais Mr. Arnold Frofeflfeur à Erlang F a réfuté par un Ou-
vrage aufïifavant que folide. intitulé:
Exercit. Phific. de Calore metu particularum corporis eoque rotatorio circa
axes ncutiquam explicando. Erlang* 1754,
3 * TABLE LXIII. Une Punaife qui ne fait que d’éclore.
d’Experimens de cette Nature, peut confuiter *. Nollet , ** Mufçben-
brock , *** Boerhave & tant d’ autres.
TABLE LXIII.
Une Punaife qui ne fait que d’éclore.
Il -y- a plufieurs Raifons, qui m'ont porté à préfenter encore une Fois
cet Infede au Ledeur ; Prémièrement parce que je Pavois promis
dans la LIIme Table ; en fécond Lieu, parce que j’ai crû ne lui rien pré-
fenter de trop commun, en lui deflinant une jeune Punaife avec l’Oeuf
d’ou elle vient de fortir, foit pour fes Couleurs , foit pour fon aiguillon &
pour d’autres Obfervations qui s’y rapportent. Je m’acquite donc &
allure, fondé en Expérience, que les Punaifes des deux Sexes font mu»
nies d’Aiguillons , alîés difîciles à découvrir, étant toûjurs couchés le
long de la Poitrine, & qu’il faut mettre la Punaife fur le Dos , pour le
Voir, car au prémier Coup d’Oeil, je l’ai pris moi meme plufieurs Fois
pour une Partie de la Jambe,
Il faut certainement un grand Fond de Patience, une Vue bien fine
& une Main bien lefte, pour couper cette Partie, entièrement impercep-
tible à l’Oeil nudy afin de la pouvoir mettre dans un Porte-Objet & de
l’examiner.
Ce Delfein-çi eft fait d’après une Punaife , qui n etoit édofe que 3,
heures auparavant.
Parmi bon Nombre de Vieilles & jeunes Punaifes, que m’envoïa un
Homme, dont la Maifon en eft toute empêtrée, & que je mis dans un
Verre ; il fe trouva par Bonheur tout un Nid d' Oeufs de Punaifes. Je le
mis d’abord fous 1 1 Verre Oeconomique , & je le vis compofé de Particules
de Paille & de Plume , entre lesquelles les petits Oeufs blancs êtoient com-
me gardés.
Le
* Leçons de Phyf. experimcnt. T. 4. P. ij8. Amft. 1749.
** Traité de Phylîque par Mufchenbroclc T.l. C« 2<5, If. 2i6, Edit.in4._Leyden 173p.
*** Traité de la Chimie.
33
TABLE LXI1I. Une Punaife qui n§ fait que d’ éclore.
Le Lendemain voulant encore vifiter ce Nid, j’y appercus quelque
petit Mouvement , puis en regardant de plus près, je vis un Oeuf , qui
s’ouvroit par en haut , & qui laiffoit pendre derrière lui un Couvercle
rond, ce qui relTembloit à une Cruche couchée, dont le Couvercle feroit
ouvert. Ce Couvercle levé à la Pointe de l'Oeuf \ je découvris au(Ti*tôt
un petit Point blanc, qui Grouilîoit & qui fortoit de ce Sachèt, au lieu
que je m’ attendois à un Fer brun. Quelques Minutes après ce Point fe
développa, il étendit une 7 été, des Jambes, & fe mit enfin à marcher aufii
vite, que la plus grolTe Punaife .
Cet Animalcule ne garde fa Blancheur qu’environ i. ou 3. Jours, puis
il jaunit, & prend infenfiblement la Couleur des Vieilles Punaife
Je n’ai pas encore pu découvrir leur Manière de s’apparier ou de fe
féconder ; mais il efi facile de diftinguer leur Sexe.
Au refie rien de plus aifé que d’avoir de jeunes Punaifes , quand on
en veut. Il n’y-a qu’à en mettre une demi Douzaine de Vieilles fous un
Verre Oeconomique, & les y lailfer un Couple de Jours & puis en les
vifitant , l’on trouvera au Fond Nombre de petits Points de Couleur d’
Argent & faits en Sacs ; ce font là les Oeufs de Punaife s, lefquels éciofent
au Bout de 3 à 4 Jours,
Explication de l’ Eftampe.
a) efi la jeune Punaife de grolfeur naturelle,
b) la même, grofiie parNrof, où l’on voit
c) la Mâchoire en forme de Pinces ;d) ï Aiguillon à 3, Jointures, qui
y tient & qui efi couché fur la Poitrine 3
e) les deux Teux fertans comme ceux de l’EcreviiTe & faits en
Grappe ;
f) les Antênes avec leurs 4, Jointures ; g') les €. Pies qui ont auffi
chacun 4. Jointures , & qui tiennent tous aux deux Côtés de la
Poitrine j
h) le
E
34 TAB. LXIV, & LXV. La Graine du Sapin rouge & la Chenille,
h) le Nid avec les Oeufs, un peu au delà de la Grandeur naturelle 3
i) un Oeuf d’après Nature ;
k) le même fort groffi & avec V Ordure qui y tient. 1) La Partie
naturelle de la Femelle , ou le Bas du Corps 3 m) le Membre
viril ou le Derrière du Male ; l’un & 1’ autre examiné fur de Vi-
eilles Punaifes & grolli par Wro 3. n) Aiguillon au naturel;
o) groffi par Nro 1. où l’on remarque les deux $ucfoirs , qui
le traverfent, & le Poil dont il eft garni.
TABLES LXÏV. & LXV.
La Graine du Sapin-rouge & la Chenille, qui la dé-
truit , avec fa Métamorphofe en Tigne.
Cette Obfervation a été occafionnée par la Queftion fuivante , que
T on m’ a faite :
„ Sil’onferoit bien en Etat de découvrir, par le Microfcope, dans
5, la Graine du Sapin & du Pin quelques Traces de l’Arbre qui en
î5 doit naître ?
Sur ce que la Réponfe que je fs, marquoit beaucoup de Doute, je
fus exhorté à examiner moi-même cette Graine ^ & en même tems l’on
m’en envoïa une petite Provifion. Mais à peine en eus-je mis quelques
unes fous le Verre O economique , qu’en y jettant feulement les Yeux, j’ap-
perçus, que prefque tous les Grains en êtoient rongés des Vers en bas vers
le Germe ; ainfi que je fai montré entre autres dans k) & m) de la Tab.
LXIV.
Quelque temps après un foonête homme de Forêtier eut la bonté
de me procurer quantité de Pommes de Sapin tout fraîchement ramaffiées
dans le Bois. 11 fe plaignit en même Tems de ce qu’il n’y - avoit pref-
que pas une de ces Pommes , où l’on ne trouvât des Chenilles , des Vers ou
des lignes 3 & pour Preuve il en fendit piufieurs en ligne perpendicu-
laire
j
y
qui la détruit, avec fa Métamorphofe en Tigne. 35-
laire de haut en bas; & de Cinq, il «e s’en trouva qu’une qui n’eût point
de Chenille & qui fût bonne.
J’ai fait graver fur cette 6411e Efcampe a) une Pomme de Sapin par de-
hors, & b) par dedans de Grandeur & Figure naturelle, & pour la Li-
aifon, je m’en vai donner tout de fuite l’Explication des Figures & des
Lettres de cette Table, en me reTervant de mettre à la Fin le Refie de
cette Matière,
a) Répréfente donc la Pomme de Sapin au naturel, avec fes Ecailles ex-
térieures & quelques Feuilles;
b) la même confidérée par dedans , laquelle répréfente dans c) la
Moille brune ou 1‘ Axe autour duquel les Vaiffeaux à Graine &c les
Ecailles étoient plantées.
d) efl un Vuide, dans lequel avoit été une Chenille.
e) marque un Trou, que s’efl fait une Chenille pour parvenir à un
Grain de Semence t qui étoit auprès ; f) efl un Tiffu en Forme de
Sachèt où fe tient la Chryfalide.
g) montre cette Envéloppe à Chryfalide ouverte, par où efl Sortie
la Chryfalide devenue Tigne ; h) font 2, de ces Sachets deffêchés
& gâtés.
i) en efl encore un, d’où fort le Derrière d’une Chryfalide. k) C efl
la Partie antérieure d'un Grain de Semence entamé, avec fon Aile
argentée ; 1) en efl la poflérieure ♦ m) efl un Grain de Semen-
ce fans Aile ; n) efl non feulement une Ecaille telle, qu’elle pa.
roît en dedans avec fes deux Grains de Semence ailés ; mais en-
core avec le Trou au bas , par lequel la Chenille fe fait jour jus-
qu’au Grain ; o) défigne une Ecaille par dehors.
p) efl une Copie exaéle de cette Chenille , vorace, répréfentée fous
deux Attitudes differentes,
q) en efl la Chryfalide , &
r) enfin la Tigne, qui en efl fortie.
E 2
3 6 TAB. LXV, La Graine du Sapin & la Chenille qui la détruit,
Après avoir répréfenté tout ce-ci d’après Nature dans cette Fftawpe,
on va le voir
TABLE LXY,
dans tout Ton Grofiifiement.
a) & b) font les deux Parties d’un Grain de Semence de Sapin coupé
en long, avec Ton Germe dans b), lequel il fe voit dans
c) groiTi par Nro 4. Mais comme la Structure de ce Germe en for-
me de Rézeau , magnifique à voir par Nro i. , y prend un Grof-
fiffcment qu’ on ne fauroit mettre en entier fur un Quart de
Feuille'; je n'en ai répréfenté qu’une petite Partie d) Tout le
Germe fe préfentant de la même Façon dans ledit Nro i. Quand
le Germe eil frais & plein de Sève, ce Rézeau ne. fe rémarque pas
fi facilement mais au Bout de quelques jours, qu’il eft deiTê*
ché, l’on ne peut fe 1 aller d’en admirer la firucuire. Ce Germe
a la Tête cour nnée de Cafés, qui reftemblent à un Oeillet parla
Compreflion des deux Verres du Porte Objet. J’ai vu avec Ad-
miration dans une Chambre obfcure ce Germe avoir Cinq Pies
de haut à travers le Microfcope folaire Nro 3.
e) Eft la Chrjfalide & f) la Chenille, grofiies par Nro 4. Cette Chenille
a la Tête dure comme de la Corne, les-Yeux rouge-brunâtres,
comme ceux de la Mouche j la Mâchoire forte avec deux Pin-
ces tranchantes. Sur le Devant vers la Tête, elle a 6. Pics
crochus • &plus bas elle en a encore \i. plus larges & reiTem-
blant à une Couronne émouffée. A l’Extrémité de la dernière
jointure, elle a, pour fe prendre, un Crochet fort & recourbé en
bas, & toute la Chenille efi; divifee en 12. Anneaux.
L’entière Métamorphofe s’en fit au Bout de 4. Semaines à compter
du jour que je îa pris moi même d' une Pomme de Sapin & que je la mis
dans un petit Verre à Confcrve, où je îa nourris_de reui!les & d’ Ecailles de
cet Arbre, Elle vécut dix Jours d’Ecailies & de Feuilles, allant toujours
37
TABLE LXVI. avec fa Métamorphofe en Tigne;
»
en diminuant, de forte qu’à la Fin elle fe retira tellement, qu’elle n’avoit
prefque plus Figure de Chenille ; le n, jour la Chryfalide fut toute for-
me'e. D’abord elle étoit jaune puis elle devint d’un brun Châtain , en-
fuite & furtout la Veille du Jour, qu’elle s’ou/rit , elle etoit noirâtre»
Enfin au Dixfeptième Jour, la Chrysalide s’ouvrit fur le Devant, & il en
fortit une Tigne à Raies noires & blanches, & luifante comme l’Argent,
Après avoir repouffé la Coque vuide , elle deploïa peu à peu fes belles
Aï1 es , elle étendit un Pié après l’autre , & dans un Quart d’ Heure elle
fut à même de Voltiger dans le Verre, pour chercher fa Liberté & fe
dérober à ma Curiofité, Je n’ai deffiné fur cette 6f Eflampe qu’une
feule Jambe de cette Tigne par NTro 4. g) en montre la Grandeur naturelle ;
& h) fon Groffiffement avec fes Plumes, J’y ai trouvé encore 4. P és
particuliers, que j’ai pris pour des Crochèts, par le Moïen defquels la
Tigne peut marcherfûrement par tout & même fur le Verre le plus uni.
Il auroit peut-être fuffî, d’avoir deffiné les Plumes de cette ligne avec
fa Jambe. Mais quelques uns de mes illuilres Correfpondans m’ aïant
témoigné quelque Doute fur la Poffibiîité de préparer des Verres, qui
puiîent groffir les Plumes de la Tigne jusqu’ à 4. Pouces de haut, ainfi que
jefavois affûré au Public dans les Recueils de Franconie , & dans mon Fjjai
d'une folide Apologie des Animaux fpermatiques ; je me fuis vu obligé, fur
tout aïant une Tigne entre les Mains, de reprendre cette Observation, & de
donner fidèlement dans cette
TAELE LXVI.
les Plumes de ce petit Oifeau de Nuit, dont la GrofTeur naturelle fe voit Tab.
LX1V. Fig. r. telles que je les ai vues par mon Microfcope de Streicler
Nro o, o. au Leéteur pour en faire l’Objet de fes Récherches &: de fon
Examen , en juflifiant en même tems mes Obfervations & la Force du
petit Verre, dont je viens de parler. Le Le&eur aura donc la bonté d’
être affuré, que la Plume a) de cette Eftampe , quelque groffie qu’elle pa-
rciffe , n’a cependant rien d’outré, & qu’elle eft telle que plufieurs de
E 3 mes
38 TABLE LXVI, La Graine du Sapin & Chenille que la détruit,
mes Amis & moi l’avons Vue & examinée par le Nro oo. queMr. le Can-
didat Streicber m’a fabriqué. Les deux Plumes b) c) qui font aux deux
Côtés, font du Dos de la Tigne & paffent les 4, Pouces ; je ne parle pas
ici du Microfcope folaire, mais du Manuel de IVilfon. Les petites Plumes
de diverfes Figures, dont la plupart tirent fuNr la Couleur de Cendre
& fur le brun , font prifes du Deifous de l’Aile fupérieure , ou de
Pinférieure, ou du Ventre, ou des Franges qui bordent l’Aîle fupé-
rieure, & ont été marquées d) e) f) g) h) i)k) 1) & m). Il eft plus
/
a i Té de les voir & de les admirer, qu’il ne l’efl de les peindre & de les
décrire. Ce que l’on peut difcerner, c’eft que les principales Couleurs
de cette Tigne font le rouge, le violet, l’argent, le brun de Paille, & que
ce n’efl qu’à la Vue qu’elles fe préfentent tantôt plus foncées, tantôt
plus claires. Ces Plumes font difpofées en Ordre prismatique dans les Ailes
fupérieures & aux Fiés ; c’efl ce qui fait, que l’Oeil nud les trouve noi-
res & Couleur d’Argent, comme dans le Papillon changeant ♦
Du refie, je puis affûter avec Certitude à qui douteroit encore du
Groffiifement de ces Objets, & de la bonté du Verre , que la Tigne , le
plus petit des Oifeaux de Nuit, efl celui qui aies plumes les plus longues;
& que les Verres de Mr. Streicberoo. rendent très fenfibles à la Vue non
feulement les Raies en long, mais aufii celles de Traverfe (Strias & contra
Strias ) des Plumes de Quantité d’autres Papillons, dont je me propoTe de
donner encore quelques Preuves avec la Permifiion des Amateurs.
L’Explication de ces trois Efiatnpes étant donc finie, je m’émanci-
pe'de faire fur la Graine & le Fruit du sapin , rouge & blanc quelques Ré-
marques, qui pourraient échaper à bien des Gens, qui Vont le plus
fouvent da,ns les Forêts. Nous allons nous promener dans les Bois pour
confidérer la Beauté des Arbres , qui les compofent ; & bien fouvent
nous n’ en favons pas faire la Différence. Nous en avons par Exem-
ple ici près dans nos Forêts de Nuremberg, plufieurs Sortes,
qui
I
39
TABLE LXVI. avec fa Me'tamorphofe enTigne,
qui ont de laRelfemblence entre eux pour la Feuille ,-mais qui fe diftinguent
parfaitement par les Marques Caraélériftiques de leur Ejpece , il y- a, p, c.
1. la Sapin rouge, puis
2. le Sapin blanc ; l’un & l’autre s’appellent en latin Abies
3. le Pin, en Latin Pinus &
4. la Méléfe, en Latin Larix.
La Sapin rouge fe diftinque du Blanc principalement par fon Fruit.
Celui du Rouge pend fous le Rameau la Tête en bas ; H: Blanc au con-
traire porte le Sien fur le Rameau, la l ête en haut, comme font les Cè-
dres du Liban. T)e là vient auffi que tant d’habile Botaniftes ont mis
dans la ClafTe des Sapins ( Abies ) ces fameux ledrcs fi vantés dans la Sain-
te Ecriture»
Le Chevalier Lintueus, célèbre Naturalise Suédois, a voulu abolir
le Nom de Cedre , & appeller tous les Arbres de cette Efpèce, dont les
Feuilles fe relfembloient , d’abord du Nom à' Abies & enfuite de celui de
Pinus *. Les Anciens même ontfait au Genévrier l’Honneur dele mettre
dans la ClaiTe des Cedres & de l’ appeller Cedrus bacciftra. Matthiolus
même, en travaillant fur Diofcorides , ne lui a pas donné d’autre Nom.
Mais nôtre illuftre Confeiller Trew , qui s’eft rendu fi célébré dans le
Régné des Plantes & qui en a fi bien mérité par fes excellens Ouvrages de
Botanique n’eft point du tout pour cette Diilribution 5 & il a prouvé
dans un Traité plein d’ Erudition **, qu’il étoit plus incommode quJ
utile
* De Gen pl. Edit. ÏI. n. 917. & Edit. V. n. iooj. Spee. p3. 1039. feqq n, 2. 3. 9,
** 1r novis Aâis Acad. Cæf. Nat. Curiof. T. I. An. 1757. Obf. CI. p. 409. Dn. D,
Chr. Jae. Trcw, Cara&eves Cedri Muntis Liban! eum iliis Laricis abjetispini-
que comparât.
Ce Traité a paru à part intitulé : Cedrorum Libani Hiftor. earumque Carasfîer bo=
tanicus cum ilio Laricis, abjetis pin. compar. acceeüt brev, Difquiiît, an hsc
arbq^r
40 TABLE LXVT, La Graine du Sapin & la Chenille qui le détruit,
utile aux Savans, de donner un Seul Nom à tant d’ Efpèces différentes
d’Arbres & d’Arbriffeaux , & de les confondre dans une Claffe, étant
aulîi facile qu’il l’eft, de trouver & de reconnoître le Caractère diflin-
£tif de chaque Efpèce, clés qu’on veut bien fe donner la peine de le cher-
cher. Ce Naturalise infatigable n’a épargné ni Soins, ni Peine, ni Appli-
cation, pour exaétement examiner, diffe'quer & décrire, foit l’Oeil nud,
foit à l’Aide des meilleurs Microfcopes, toutes les Parties des Arbres qui
ont quelque Rapport entre eux ; c’eft à dire du Cedre, des deux fortes
de Sapin, du Pin & delà Méléfe, de leurs Fleurs, Fruits & Feuillles ; pour
faire peindre fes Découvertes d’après nature par d’habiles Peintres, &
pour enfuite les faire graver en Taille-douce. Ainfi qu’on peut voir dans
fon Hifioria Cedrorum <kc .
Autant que les deux Efpèces de Sapin fe diflinguent, par leur Fruit,
qui a la Tête en bas ou en haut ; Audi facile eft-il de diftinguer le Fruit
du Pin d’avec celui de la Méléfe ; celui-là aïant les Pommes plus greffes
& plus fortes, que celle-ci , 8c même erï examinant attentivement les
Feuilles de tous ces Arbres ; l’on y trouvera des Caractères diffinétifs,
au Ai bien que dans leur Fruit. Mais pour abréger, je renvoie le Leéleur
a 1’ Hifioria Cedrorum de ci-deffus & à fes Eftampes , où tout cela fe voit
très clairement démontré»
Cependant tous ces Arbres ont, chacun dans fon Efpéce , leurs
Vers , qui leur nuifent , en vivant de leur Sève & de leur Graine. Je n'
entends pas parler ici des Chenilles des Bois & des Oifeaux de Nuit, que
Mr. RœjJd de Rofmhof a décrits j car ceux-ci fe trouvent dans le Bois ou
dans le Tronc des Arbres, ou même dans les Noeuds de poix de Réfine,
qu’on voit fouvent aux Rameaux du Fin. Je ne parle que de cette
Efpèce de petites Chenilles & Lignes qui fe tiennent uniquement dans
la
arbor in facro Codice præ omnibus celebrata & vel Aeres vel Berofch difta
itemque an Græcis Botanicis fucrit cognita ? cum Tab. a?n, Noriœp, Impenf,
'Wolf. Schwarzkopfii 1757.
TABLE LXVI. avec fa Métamorphofe en Tigne. 4*'
la Graine & dans leFruit de ces Arbres. Car en ouvrant une Pomme de
Sapin endommagée parle Fer, j’y trouverai la Chenille , que j’ai marquée
Fig. b) Tab. 64. & de là la Tigne V. Que lî au contraire j’ouvre des
Crains de la Semence du Pin , j’y trouve toujours au Lieu de Chenilles , de
petits fers comme dans les Pommes, qui ne *e changenFpas en Tignes
mais plutôt en Moucherons bruns, que je pourrai donner dans la fuite.
Il me refie à répondre à une Objeélion, qui naît naturellement de
cette Cbfervation ; c’efl, comment eft-ce que ces Chenilles & ces Tignes
peuvent entrer dans la Moille d'un Fruit fi dur & fi femblable au Bois ? Je m’en
vai en dire mon Avis, que je ne donne pas pour infaillible. Je conje-
élure, que la Tigne ou le Moucheron fait ou avec fon Aiguillon, ou avec
fes Dens, un Trou dans ce Fruit, pendant qu’il eft iencore jeune & ten-
dre, & qu’il y fait fes Oeufs , La petite Chenille fort de la Coque, lorsque
le Fruit commence à meurir , & pénétre tout en mangeant fucceffive-
ment jusqu’à la Mode ou à la Graine ; où elle fe transforme en Chryfalide,
& y demeure, jusqu’ à ce que la Tigne fort par le même Trou , que la
Chenille étoit entrée. Et de là il fera aifé de conclure, que ce fera toû.
jours Soins, Peine, Travail, & Depenfes perdues, que de vouloir pur-
ger les Forêts des Infectes grands ou petits.
Avec tout cela le Mal que font ces Créatures, auxquelles le Créa-
teur a donné les Bois pour Demeure, & les Arbres avec leur Fruit
pour Nourriture, n’eft pas fi confidérable. Il refte toujours autant de
Graine qu’il en faut pour perpétuer les Forêts, comme nous voïons fe
perpétuer les Créatures vivantes, Oifeaux, Poifîbns , Bêtes à quatre
Piés. Outre cela les Infeéles ne manquent pas d’ Ennemis, qui leur
tendent des Embûches & qui les éclairciffent. Sans parler ici de la .
Chaleur, de la Sêcherefle & du Froid, qui en font périr les Oeufs;
V Hirondelle, le Pic , le Pinçon , la Mefange , le Grosbec , la BecalTe & tant d’au-
tres Oifeaux, qui mahgent les Infeéles, font les meilleurs Médecins
contre les Confins , les Tignes, les Moucherons , les Papillons , les Chenilles , les
Friions, les Hannetons &c. C’ cft ainfi que le Petit & le Foible dl toujours
F la
41 TABLE LXVII. Les Polypes à Bras.
la Proie du Fort & du Puiffant. Le Brochet mange plufieurs fortes de
petits Poiffons ; le Loup dévore l’Agneau, /’ Epervier le Pigeon ; & il ne
feroit pas impoffible de pouffer cette Comparaifon jusqu’ à l’Homme;
mais c’eft une Vérité trop généralement reconnue.
TABLE LXVIL
Les Polypes à B r a s.
Quoi des Polypes ici ? Leur Chapitre n’efl- il pas affés rebattu ? Voila
ce que penferont certaines Gens à la Vûe de cette Eftampe ; car
cette Créature a déjà fait le fujet de bien de Doéles Ecrits ; & ils n’
auront pas tout le Tort, Mais comme mes Obfervations font auffi re-
cherchées par des Amateurs» dont les uns n’ont pas les Ouvrages coû-
teux, qui en parlent, & d’autres n’entendent pas les Langu s favantes
dans lefqiielles ces Ouvrages font écrits , & qui étant à même d’avoir
des Polypes, feroient bien aifes de pouvoir s’en former quelque Idée ; je
fais d’autant moins de Difficulté d’en donner ici quelques Efiampes & d' y
joindre les Explications qui me paroiffent le plus intereffantes , fur le
chapitre de ces étranges Créatures ; que j’en ai été affés fouvent re-
quis : Je commencerai donc par rapporter fuccintement ce que les
meilleurs Naturalises en ont écrit , & finirai par mes propres Experimens ,
Le Terme de Polype efl ccmpofé de deux Mots Grecs, ttoXu beau-
coup & 7riL Fiés ; {Animal d plufieurs Fiés) parce qu’il a tant de Bras, qui
lui fervent auffi de Fiés, j'aimerois mieux le nommer Polyphage ( Glou-
ton) de croXy & c paystr ; comme il paroîtra , par la Défcription de fes
propriétés ; mais paffe, je me hâte de faire Mention des principaux
Ecrits, qui ont dépeint les Polypes de la Manière la plus juffe.
Déjà en 170?. L?eic:enhoeck & un Anonyme ont découvert & décrit
quoi qu’ imparfaitement cet Animal Aquatique, a)
a) Tranfaft. philof. an, » 703, nuai. eg j^Art. IV. ScNum,.2S8, Art, I.
Le
43
T A15 L E LXV'II. Les Polypes â Bras.
Le Chevalier Folkes , Préfident de l’Academie Roïale de Londres &
Mr, Backer, les ont jugé dignes d’un Examen particulier, b)
L’ immortel Mr. de Reaumur a entretenu un Commerce particulier
de Lettres avec Mr, Tremblai au Sujet des Polypes , & il s’en eft même fait
envoïer de Hollande en France par ce favant Ami : Rien de plus cu-
rieux, que la Peinture que fait Mr. Tremblai dans fa Préface, de l’Irrefo.
lution dans laquelle ont été ces deux Savans, pour favoir dans quelle
Clajfe placer cette Créature ; c) jusqu’ à ce que Mr. de Reaumur fe crut
enfin en Droit de placer le Polype dans le Régné des Animaux . d)
Je rappelle ici un écrit très moderne, que le fameux Naturalise
Mr. le Profefleur Titius a publié dans un Programe qu’il a fait diftribuer
à la Mémoire de Philippe Melanchton, Sc qui contient un Syftéme nou-
veau & commode pour la Clafiîfication du Régné des Animaux. Sui-‘
vant lequel l’on pourroit compter les Polypes , parmi les Animaux aqu-
atiques à plufieurs Piés, à Caufe de leur Mouvement indéterminé. Scies
appeller : Animal in âqua viuens , motu indeterminato vt Zoopbyta. e)
Après avoir fait bien des Experimens fur les Polypes & confulté les
plus habiles Naturalises, Mr. Tremblai en compofa tout un in Quarto, dans
lequel in communiqua fidèlement toutes les importantes Découvertes,
qu’il avoit pû faire. Mais ce qui rehaufle de beaucoup le Prix &c la
Beauté de cet Ouvrage , ce font les magnifiques Eftampes , dont il eft
orné, & qui ont été gravées par une Main fi habile & fi excellente, qu’
on ne fauroit fans InjuRice lui refufer la dernière Admiration, C’efl
celle de Monfieur l’Avocat Lyonet , dont la vafte Erudition , le Di-
fcernement 8c l’Experience confommée dans les Connoifiances na-
F x turel-
b) Ibid. Num. 467 8c 46p.
c) Mémoires pour fervir à l’Hifiore d’un Genre de Polypes d’Eau duce, à bras en for-
me de Cornes, Par A. Tremblai de la Société Roïale à Leide 1744, in q.to.
d) Mémoires des Infedes Tom. 6. psg. 5 G de la Préface.
e) De divifione animalium generali, Wiuebergæ 1760,
44
TABLE LXVII. Les Polypes à Bras.
turelles font trop univerfellement reconnus , pour qu’ il Toit né-
celîaire d’en parler ici. Il n‘ y - a en tout Cas, qu’ à citer la belle Tradu-
élion francoife que Mr. Lyonet , a faite de la Théologie des Infetkes de Mr. le
Profejfeur Lejfer , laquelle il a enrichie de très belles Remarques. Le
Coup d’Efîai de ce fameux Avocat a été non feulement de deffiner les
Polypes, mais encore de les graver en Taille-douces. Et bien qu’il n’eût
jamais fait ce Métier, il réüflit fi bien dans cet Eflai d’Apprentif, qu’il y-
a cent Maîtres, qui fe trouveroient bien empêchés, s’ils étoient obligés
de le copier. L’on n’aura pas Regret de lire foi-même cette Anecdote
vers la Fin de la Préface , qui eft à la Tête des Mémoires de Mr. Trem-
blai. f)
Ce que Mr. le Cat, a répréfenté à l’Academie des Sciences de Rouen
furies Polypes mérite fourtout d’être lû tant pour la Quantité & la Rare-
té de fes belles Penfées & originales, que pour l’Efprit, le Goût & les
nouvelles Découvertes, qui y régnent, g) Le Magazin univerfel contient
une bonne Traduction de ceDifcours. h)
Mr. le Profeffeur Hannow en a aufîi beaucoup parlé dans fes Curïo-
fités naturelles Oeconomiques. i)
I -
Et Mr. le Doét. Schaefer aujourd’hui Pafteur à Ratisbonne a donné
dans divers Traités aiïes étendus , des Experimens très exaéts des Po-
lypes% qui fe trouvent aux Environs de Ratisbonne. k)
Le Magazin de Hambourg fait auffi Mention de cet Infecte aquatique
dans plufieurs de fes Tomes, 1) & le Magazin univerfel donne dans quel-
ques
i) Mémoires des Polypes par À Tremblai 1744.
g) Mogazîn à Londres, janv. 1 ?S3. p. ï. 8c
h) Magazin tîniverfd. Part. 3. Nro L
NB. Ce dernier Titre eft traduit de P Allemande
i) Hanno1»- Curiofités naturelles 8c Oeconomiques, T. I, p. 637, ,
k ) les Polypes des Fleurs d’Eau douce.
îes Polypes à Bras verds l’un 8c l’autre in 4to à Ratisbonne 17; y,
'!)' Magasin de Hamb, Tom, 1. 3. 7. ï2, 8c 16.
\
TABLE LXVII. Les Polypes à Bras* 4;
qucs unes' de fes Parties de très agréables Traductions fur cette Matiè-
re. m)
Mais le Livre aufïi beau qu’inftruélif, intitulé le Régné de la Nature
des Moeurs , joint une morale très faine à la Defcription des Polypes, &
fait voir comment un Homme raifonnable peut & doit examiner avec
utilité cette Créature admirable, n)
Je palTe fous Silence plufieurs Journaux & Pièces volantes ; mais je
n’oferois omettre un bel Ouvrage, qui mérite d’être placé ici avec Elo-
ge* C’eft /’ Hifioire des Polypes , que feu Mi\ Roejfel de Rofenhof a inférée
dans fes Amufemem fur les Infeûes , & qui l'emporte fur tous les autres , en
ce qu’elle contient non feulement tous les Genres de Polypes ; mais fur-
tout en ce qu’il les a peints en Couleur d’après Nature, & qu’il en a
donné des DefcriptionS très claires, o)
Ce ci me rappelle avec bien du Plaifir le Jour, que feu Mr. Roejfel
vit pour la première fois les Mémoires de Mr. Tremblai. Comme ils
étoient écrits en François, il me fit appeller, pour les lui expliquer*
Mr. Roejfel n’avoit jamais vu de Polypes ; c’eft pourquoi nous envoïames
de concert quérir de l’Eau dans tous les Etangs & les RuiiTeaux voifins*
Nous eûmes le Bonheur de trouver de ces Créatures. Nous nous mîmes
aies examiner ; Mr. Tremblai fut confulté avec foin ; nous nous com-
muniquâmes fidèlement nos Découvertes , lefquelles nous dellinames
fur du papier & enfin nous fumes parfaitement convaincus, que Mr.
F 3 Trems*.
m) Magazîn univerfel Part. 3, Nro I. & Part. 9, Nro 19, p. 327.
n) Le Régné de la Nature St des Moeurs Part, î. Ch. 15. & dans les Parties Vivan-
tes, les Chapitres de ce qu’il y-a de remarquable dans les Infeûes.
NB. Ces fix Ouvrages font en Allemand.
») 72me Table du Suplement aux Àmufemens fur les Infefles , qui fe diihibuent par
Mois. Hiftoire des Polypes d’Eau douce.
L’Ouvrage ed aufli Allemand.
1
46 TAB. LXVIIÎ, V Infe&e qui fe trouve dans la Graine du Pin,
Tremblai étoit un Naturalise très fineère, qui non feulement eft entré
dans les Details , & qui a écrit avec clarté ; mais qui a encore fidèle-
ment communiqué aux Amateurs des Connoiffances naturelles, tous les
Moïens dont il s’étoit fervi pour faire fes Obfervations.
Je finis par l’Explication de cette Eftampe, dans laquelle on
verra a) un Verre blanc, rempli £ Eau limonneufe & de Lentilles de Marais ,
parmi iefquelles font les Polypes b) 5 devant ce Verre eft c) une petite
Machine, qui fert à pêcher les Polypes, & les autres Animal-
cules. Elle eft prife du Chap4 3. du Tom, 7. du Magazin de
Hambourg . J’ en donnerai dans la Suite une de ma Façon, qui
fera plus commode, d) eft la Loupe attachée aux Noix de Mu-
fchenbrock c)* Elle peut être Nro 8* ou de deux Pouces.
e) Un Polype Verd avec des Petits.
f) Encore un debout, qui s’ eft retiré.
g) Un Polype brun , axant à fa Queue h) des Petits i) qui y pendent.
k) Un Polype couleur de Rofe, dont j’ai marqué les Bras ou les Fiés
par m) comme dans les autres, & la Bouche par n).
l) Un Polype jaune, écharpé & déchiré avec une Epingle en plu-
fieurs Parties à chacune defquelles les Bras ou les Pies m)
étoient revenus.
TABLE LXVIII.
L’Infeâe qui fe trouve dans la Graine du Pin,
& un Rameau de MéleTe.
J’ ai promis dans l’Explication de la 66me Eftampe de répréfenter auili
le Ver que j’ai trouvé dans la Graine du Pin & fa Métamorphofe en
Moucheron . Mais pour remplir le Vuide, je ne crois pas défobüger le
Lecteur en lui donnant, en Suplement à mes Obfervations fur les Arbres,
qui
47
TABLE LVXIII. & un Rameau du Méléfe,
qui donnent dans le Genre des Cedres , un Rameau de Méléfe defliné d’a-
près Nature '& tel que Mr. Streicber me l’a envoie. Ce Rameau a) avoit
-fes Boutons b) c) ; la Fleur de la Pouffière fpermatique, ou fécondante d)
St la Fleur e) femelle qui conçoit l’Embryon St porte le Fruit ; de même
qu’un Fruit en pleine Maturité f); le tout jugement du Volume çxaéle-
ment copié dans cette 68Tie Eftampe, La Fleur femelle étaloit un Rouge
incarnat auffi éclatant que la plus belle Fleur qu’il-y-ait. Et l’on eft
ftupefié, de voir à la Fin ce beau Rouge & cette tendre Fleur fe changer
en un Fruit d’un Brun mauffadej. dur St donnant dans la Nature du Bois*
Il me relie à remarquer, que j’ai trouvé, ainfi qu’il a été dit, des
Vers , delîinés d’après Nature, g) dans la Graine des Pommes de Pin , Ils
font bruns de Paille, fort transparens St ont deux Yeux à la Tête &
une Mâchoire en Forme de Pinces*
Ils fe transforment en petits Moucherons bruns , dont la GrofTeur
naturelle efl marquée i) ; tandisque k) la préfente examinée par Nro
Ils ont le Corps garni d’un Poil fin. Les Ailes, de celui que j’ai exami-
né, n’étant pas de veloppées,. étoient fur le Dos comme une Valife.
A’ l’Extremite du Corps il avoit une Corne courbe St qui finilfoic
en Pointe, fix Jambes fous la jointure de devant, une grofie tête avec
deux Yeux brun clairs, deux petites /Inténes, St encore deux plus gran-
des , qui reffembloient à des Panaches. L’accident qui in’eft arrivé
d’écrafer cet InfeUe entre les Verres du Porte-Objet^ pendant que j’étois à
le confidérer, m'empêche d’en rien dire de plus particulier. Cependant
je ne faurois dilfimuler, que les Obfervations que j’ai faites jufqu’ ici,
principalement fur \es înfeéles, m’ont fotivent fait faire de belles Réfle-
xions St m’ont infpiré de bonnes Ptnfées. En Effet plus je m'occupe à
examiner les grandes Oeuvres du ToutpuifTant dans les plus petites de
fes Créatures, plus je fuiç perfuadé de la Vérité du Raifonnement, que
les Auteurs du Régné de la Nature & des Moeurs ont fait dès le prémier
Chapitre de la Première Partie,.
„ Je
48 T A B, LXVIII, L’ïnfeO^ qui fe trouve dans la Graine du Pin,
,, Je conviens dit-on pag. 14. que tout le Monde ne peut ni ne
î, doit favoir le Droit , la Medicine , & la Géométrie* Mais pour la Pbifi~
s, que, la Théologie , & la Morale , ce font des Scienfes univerfelles, que
,, quique ce foit ne devroit ignorer.
Ce qu’ il- y- a de certain, c’efl que la Phifique eft propre à difiiper
la Superflition 5 & que fi elle nous met aujourd’hui hors de toute Crain-
te des Pluies de Sang, des Feux S , Elme , des Hommes de Feu, des Sorcières &
des Comètes ; & nous fait méprifer toutes ces fadaifes , qui fe débitent
dans les Veillées des Villageois, dont on peut lire la jolie Differtation, qui
a été defendue en 1 7^2. fous Mr. le Chevalier Linneus , & qui a pour Ti-
tre : Merveilles des Infeèxes * ; il n’ eft pas moins inconteftable , qu’ elle
prête la Main à la Révélation, & qu’elle éclaircit bien des Miflères que,
fans fon Secours, il nous faudroit croire fimplement, fans pouvoir nous
attendre à la moindre Vraifemblance. C’efl par elle que peuvent s’ex-
pliquer Quantité de Pafifages de l’Ecriture fainte félon l’Efprit de fon
Auteur. Un Chrétien en même tems NatuFalifle, fera bien plus rempli
deRefpeét & d’Admiration pour l’Auteur de fon Etre, qu’il trouve, voit,
entend, goûte, fent & touche en tous Lieux, qu’un Idiot qui n’a pour
fon Créateur que la Foi du Charbonnier , 11 y- a plus. Son Efperance
pour les Biens avenir fe fortifie d’autant mieux, qu’outre les Affurances,
que lui en donne la Révélation, il trouve dans le Régné de la Nature tant
d’Evénemens, qui ont tant de Rapport à 1’ Etat d’après là Mort, qu’il
ne lui refie aucun Doute fur la perpétuité de fon Etre ; Je puis me di-
fpenfér de dire , que la Phifique anéantit ces Criminels Contes de Vieille,
qui prétendent, que par la Force des Sortilèges, l’on peut engendrer des
Poux & des Souris, pour en tourmenter les autres Hommes. Il n’y- a
qu’à examiner la Struélure d’un Poux , pour être à jamais défabufé de
rillufion, qu’elle puiffe, partir d’une autre Main que de celle qui a créé
toutes Chofes, Les grandes Idées, que le Phificien fe forme de fon Créa-
teur,
* Car. Lin. Amoen, Acad, Vol, 3, p, 313. St Magazin Univerfel Part. 9. Nro 19,
pag. 321.
TABLE LXVJII. & un Rameau de Méle'fe, 49
teur, ne lui permettent jamais de fuppofer, bien moins encore de croire,
qu’il ait vouiu donner par une fi glorieufe Métamorphofe à un Vil In-
féré p. e. à une Chenille , une Prérogative fi marquée au deflfus de l’Hom-
me, le plus noble de Tes Ouvages & fa propre Rdfemblance. Un Natu-
ralise chrétien peut regarder intrépidement Ton Tombeau & les Vers
qui l’y attendent. J'ofe mettre ici les Penfées que j’ai eu moi même
dans la dernière Maladie, qui m’avoit mis à dveux doigts de la Mort,
en les recommandant à l’Indulgence du Cenfeur, en Qualité de Penfées
d’un Moribond. *
Oui de mon pauvre Corps la fragile Structure
S’en va dans le Tombeau Vous fervir de pâture
Infeéles, Vermififeaux, que d’un Oeil attentif
j’ai mis en cent Lambeaux, j’ai diffequés tout Vifs!
Vous allés excercer contre moi Vôtre Rage;
Vos Aiguillons, Vos Dens, tout eft prêt au Carnage.
Mais je ne Vous crains point. Privé de Sentiment,
Ce Corps mort ne fent point les Coups de Vôtre Dent.
Percés, mangés, rongés, contentés Vôtre Haine ;
Elle me tourne à bien. Fort peu je fuis en Peine
De ce que deviendra ce R elfe d’ Elemens,
Fait pour périr un jour, pour revivre en fon Tems.
Dans les Mains du Trèshaut, l’Eflfence de mon Etre
Repofe en Sûreté, pour enfin reparoître,
Lorfque ce grand Pouvoir, auquel tout efl fournis.
Par la même Vertu, que dans les Tems jadis,
11 tira du Néant & le Ciel & la Terre,
Et tous les Animaux de l’une & l’autre Sphère,
G Et
* Le TraduSeur, qui n’a jamais fait le Poëtc, a bien plutôt fujet de demander cette
Indulgence pour les Vers fuivans, qui font la Tradu&ion de ceux de l’Auteur.
fo T A B. LXIX, La Configuration & les Criftaux du Mercure &c.
Et de ce Firmament les Aftres Radieux,
Et les PoiiTons des Eaux, Sc les Oifeaux des Cieux;
Far la même Vertu, qui ces Etres conferve.
Et qui, dans fa Sageffe, à fes Fins les referve;
Réünira mon Ame aux Débris de mon Corps,
Qu’il faura bien trouver avec tous fes Refforts»
Comment ignoreront l’Auteur de toute Chofe,
Où de ma pauvre Chair chaque Morceau repofe ?
Un pareil Doute affreux je laiffe à l’Animal,
Qui ne fait fon Auteur, ni fon Bien, ni Ton Mal.
Qifétoit mon Emprion ? un Etre miférable ;
Mille on en cacheroit deffous un Grain de Sable!
Que dit le Polypusy dans tous fes Bouts vivant ?
Le Papillon, qui va la Rofe careffant,
Ceflant d’être Chenille ? & le Grain de Semence ?
Le Chimifte à fon Feu, me montrant l’Exiffence
D’Etres nouveaux, par l’Art, dans la Cendre groff.s ?
Que nous ne fommes point, pour être anéantis;
Que le Tombeau, les Vers avec la Pourriture,
Pour mon propre Bonheur, me font leur Nourriture.
De leurs Coques fortans les Papillons ailés,
Difent âvec Saint Paul, * qu’ en FoibleJJe femés ,
Nous rejjuffitcrons pour la Gloire etemelle ;
Le Corps , Vainqueur de Vers , joignant l'Ame immortelle.
TABLE LXIX.
La Configuration & les Criftaux du Mercure fublimé.
A /f onfieur le Confeiller & Profeffeur Delius d’Erlang aïant eu la Bon-
jL V JL té de ny envoier plufieurs fortes de Sel , & en même Tems du
Mer eu-
* i. Corinth, Cap, 35. v. 44.
TAB.LXX. Differens Verres Oeconomiques & Microfcepes tkc. fi
Mercure Sublime & du Doux, tirés de fon propre Laboratoire , pour en faire
l’Objet d’Experimens microfcopiques ; je me fuis mis tout de Suite
après le Sublimé , que j’ai d’abord autant pulverifiè , qu’il fe pût, & puis
bien broïé avec de l’Eau chaude, & enfin mis fur le Verre, où je l’ai
trouvé par le Alicrofcope Solaire tel que je l’ai exactement defîlné & ré-
préfenté dans certe 69 re Ffampe ; dans laquelle a) montre toute la
Configuration , mêlée de Criftaux, qui confiffe en une Infinité de Pointes ca-
pilaires très fines, répréfentant des Arbres , des Rameaux de Palmier , des
Flécbes décochés , des Piques & des Lames à' Epée,
Les véritables Criftaux de diverfes Efpèces fe voient b). Ceux qui
font marqués c) font étrangers, & nullement des Criftaux du Mercure;
& ils viennent d’une Touche de Laiton, avec laquelle &: faute d’autre je
mis à la Hâte la première goûte de Sublimé diffous fur le Porte-Objet ,
& de laquelle fe font détachées par la Force corrofive du Mercure, ces
Lofanges qui reffemblent parfaitement à des Criltaux de Vcrd de gris, &
qui fe font mêlés avec les Véritables. Ce dont j’ai été convainu com-
me d’une Vérité inconteftable , par les Experimens réitérés que j’en ai
faits.
TABLE LXX,
Differens Verres Oeconomiques & Microfcopes
manuels*
Sur les frequentes Mentions que j’ai faites du Verre Oeconomique dans
mes Obfervations, j’ai été prié de le faire graver fur une Efampe
& de le faire connoître. Je le fais donc avec Plaîfir, & préfente au Le-
cteur le Mien a) ; & un autre b) dont le Champ efijmoins vafte. L’on
peut faire bon Ufage de l’un & de l’autre pour Quantité d’Objets opa-
ques. L’on peut mettre dans a) fur la petite Table, fous la Cloche des
Médaillés, des Glaces à Montre remplies d’Eau limoneufe , des Hanne-
tons, des Papillons, des Punaifes &c. & confidérer plufieurs Objets à la
Fois ; à quoi l’on peut fe fervir utilement d’un Verre d’un Pouce & demi
G z &
ft TAB. LXX, Differens Verres Oeconomiques & Microfcopes &c.
& même d’un Pouce . Celui qui eft marqué b) effc compofé d’un Cylindre de
Verre blanc , dans lequel eft enchaffée une Lentille , dont le Foïer eft d’un
demi Pouce ou de trois Quarts.
il faut palier dans le Cylindre par leDeffous un Picot couvert de Drap
ou de Velour, lequel ait un Pié pour le pofer ; mais il faut qu’il joigne
bien dans le Cylindre .
j’ai encore marqué un Verre Oeconomique tk que Mr. Meyen célébré
Opticien de la Cour de Dresde fait & débite, de même que bien d’autres
Verres & Telefcopes.
d) Eft une Loupe, montée en Corne noire, par le Moïen de laquelle
l’on peut tirer de l’Eau les Animalcules qui fe tiennent dans le Limon,
n’aïant befoin pour cela, que de la tenir entre les Doigts contre le Verre
où eft l’Eau.
e) eft enfin ce qu’on appelle le Microfcope h Compas, qui a été décrit
tant par Mr» Meyen de Dresde que par d’autres Artiftes. * A l’une
des Branches duquel f) l’on met à fa Fantaifie les L'erres Microfcopes dans
|eur Chajjè g), A Vautre Branche l’on peut attacher ou les petites Pinces
h) ou îe Poiion k) ou l’Aiguille 1) pour préfenter des Infe&es vivans de-
vant le Microfcope g) , ainfi que p, e l’on peut voir dans i)
Mais il s’en va fans dire, que pour fe fervir du Poiion k) , il faut tenir
tout le Microfcope à Compas horizontalement, afin de ne rien verfer, & que
l’Oeil puifTe regarder perpendiculairement de haut en bas, & non pas
devant foi comme il fe fait avec l’Aiguille & les Pinces. J’efpere d’en
dire une autre Fois davantage.
TABLE
* Courte Tnftruâion , fur la Confîitution St Vllfage des Microfcopes par Mr, Joach,
Fred, Mayen, à Dresde 1744. -avec des Ellampes.
NB. U ouvrage eft en Ai le inan d.
53
TABLE LXXI. Les Polypes bruns â longs Bras,
TABLE LXXL
Les Polypes bruns à longs Bras,
De toutes les Efpéces de Polypes , celle-ci étant la plus durable & la
plus propre à foutenir l’Examen du Microfcope ; elle mérite l’a-
vantage, que je commence par fa Defcription,
Quant à la Struêture, elle n’eft pas la même ; car il y a deux fortes
de Polypes bruns ; mais ils ont des Marques certaines qui les diftinguent
clairement les uns des autres.
Une Efpèce qui eft répréfentée fur cette Eftampe a) pendant à urs
Rameau, & puis détachée c) d), a le Corps tout d’une l’ièce depuis la
Tète jusqu’ au Derrière, quoi qu’il aille en diminuant.
Les autres ont à l’Extrcmité du Ventre Une longue Queue fort min-
ce & tranfparente comme un Tuïau vuide, fur laquelle ils marchent &
peuvent fe dreffer j de forte que, qui n’auroit jamais vu de Polypes , la
prendroit aifément pour une Queue de Fleur ou de Plante. Outre ce-
la Ceux-ci fe diftinguent des Frémiers parla Quantité de Petits , qu’ils
mettent bas. Rarement l’on voit aux Frémiers plus de 3. à 4. Petits ;
pendant que Ceux-ci ont jusqu’à dix Fils ou Petit-Fils, qui pendent
après Eux ; ainfi que je le fais voir au Naturel dans les Fig, e) & f) de
cette 7ime Eftampe , & groffi dans les Fig. g) h) i) delà 67™*
J’ai à la vérité emprunté des Mémoires de Mr. Tremblai le Rameau
des Polypes de la première Efpèce, à caufe de fa Figure fingulière. Mais
je puis bien affûrer, que j’en ai trouvé dans certaine Plante aquatique
10. 20. & même 3o,Tont cet Etalage de Polypes , quand ils étendent leurs
Bras ne relfemble pas mal à une Chevelure éparfe ou à une Perruque.
Pour la Couleur, elle eft brune dans les deux Efpèces,
Mais de Peur que les Amateurs ne fe méprenait en cherchant des
Polypes , je dois les avertir, que leur Couleur brune fe change fouvent,
G 3 don-
54 TABLE LXXI. Les Polypes à longs Bras.
donnant tantôt dans le brune hatain , tantôt dans celui de Paille , tantôt
dans le cendré , & même parfois devenant blanc pâle & transparent , à
Proportion de la Nourriture qu’ils ont prife. Car le Polype, quand il a
le Ventre bien plein, devient brun- noirâtre, & même V Extrémité du
Corps ou la Queue, qui eft autrement transparente, prend cette Cou-
leur, Que fi Vous le faites jûner trop longtems, il perd fa Couleur
brune ; le Corps & la Queue deviennent tranfparens, comme le Verre ;
& c’eft fouvent une Marque certaine, qu’il mourra bientôt.
Son Corps a peu de Parties, Une Tête, un Ventre, une Queue , des
Fiés font tout fon Etre, La Tête, qui eft tantôt ronde, tantôt fphéri-
que, tantôt éliptique, tantôt conique & tantôt fufelée, a fur le Devant
une Encoche demi ronde, qui eft la Bouche. Perfonne n’aïant jusqu’ici vû
des Yeux aux Polypes ; je devrois apprechender d’être le premier à leur
en donner. Mais pourquoi n’écrirois-je pas ce qui eft vrai, & que plu-
fieurs de mes Amis ontvû aufîi- bien-que moi ? C’eft que j’ai découvert
aux deux Côtés de la Tête deux Taches rondes d’un brun-noir, que je
tiens pour les Yeux du Polype , & qui font ordinairement couverts par fes
Bras, comme l’Aiguillon de la Puce TeiT par fes Piés. Mr. Tremblai a déjà
dit qu’il voit & même bien clair , & je le montrerai moi même en fon
Lieu. Sa bouche, à Peine perceptible au Microfcope, devient une
Gueule plus éffroïable que celle du Crocodile, du Minotaure, oi du Dra-
gon, que tua Cadmus, lorfqu’ il s’agit d’avaler une Proie, quelque fois
de beaucoup plus grande qu’il n’eft lui même. Alors tout fon Corps,
fans en excepter la Queue , n’eft qu’un Gofier femblable à un grand En-
tonnoir ; & quand il a la Panfe bien pleine , tout fon Corps reiîemble à
un Bout de Sac informe, rempli de Têtes de Chou, qui font des Bolfes de
toutes Parts,
Au tour de cette Gueule il a 4. 6. 8* Bras ou Piés, dont il fe fert non
feulement pour fe tenir, debout & pour marcher , mais encore pour
faifir
TABLE LXXI. Les Polypes bruns à longs Bras. //
faifir & égorger fa Proie. Il s’en fert vis à vis des Cre'atures plus peti-
tes que lui, en Guife de Glueaux; car tout ce qui en approche s’y prend
comme les Oifeaux fe prennent à la Perche ; mais vis à vis des plus grof-
fes, il s’en fert comme de Lacets de Filets, de Lignes a pêcher , pour attirer
fa Proie & la porter à la Bouche. Ces Bras font compofés de Milliers
de Globules tranfparens femblables à des Perles, Voi. Fig. b. de même que
tout le Refie du Corps, avec cette feule Différence, que les Globules des
Fiés font ge'néralement plus gros, que Ceux qui compofent le Corps.
Ce qu’ils ont une fois pris dans leurs Cordeaux & dans leurs Lacets
, >
ont bien de la Peine à s’en défaire ; de forte qu’on peut appliquer aux
petits Polypes, ce qu’ Ovide a dit des grands.
lltque fub aequoribus deprelenfum polypus hofiem
Continet ex omni dimijjis parte flagellis. Metam. L, 4.
Le Corps en lui même n’efl qu’ un Sac oblong , où il n’y. a point
d' Entrailles. Il forme depuis la Tête, c’eft à dire depuis la Bouche, pref-
que jusqu’ à la Queue un Boïau continu, lequel le Polype , furtout quand
il a jûné un Jour, remplit tellement d’Alimens de haut en bas, qu’ il en
efl tout roide. Il emploie aufîi comme des Pies l’Extrémité du Corps,
qui efl plus mince que le Devant. Il fe tient, il s’afîîed, il fe repofe
deffus, il en marche ; ce que je ferai voir dans une Continuation, où
j’ai encore à faire réraarquer fuccintement les Propriétés des Polypes.
Aiant, à ce qu’il me femble , fuffifamment montré la Structure exté-
rieure des Polypes à Bras, il ne me refie plus qu’à donner quelque petite
Explication de la LXXI. Eliampe,
a) efl un Rameau garni de Polypes de la Groffeur que Mr, Tremblai
l’a defîiné, lesquels attirent à Eux les petits Animaux aquati-
ques avec leurs Bras étendus.
b) efl
/
i - v • ; -
f6 TABLE LXXI. Les Polypes bruns à longe Bras.
b) eft une Particule d’un Bras ou d’un Pié de Polype , defîiné d’après
le plus haut point de Grofliflemeur & copie' du Dejjèin de Mr.
Trembhi.
c) eft un Polype de la prémière Efpèce, un peu grofii, fans Queue
avec y. Petits.
d) un autre de Groffeur naturelle, fans Petits, pendant à des Lentil-
les de Marais.
e) un Polype de la fcconde Efpèce en Repos, qui s’eft retire, & qui
fe tient avec fes Petits fur l’Extrémité de fon Corps ou fur
fa Queue.
f) encore un Polype brun de la fécondé Efpèce avec plufieurs pe-
tits, fe tenant pareillement fur la Queue & aïant les Bras éten-
dus, pour faire Capture.
Voici ce qu’ Ecrit Mr. Tremblai dans fes Mémoires fur les Polypes,
,, Quand j’allois chercher des Polypes , je prenois toujours mes deux
,, jeunes Elèves 5 & j’ai éprouvé avec eux , que vis à vis de ces
,, Créatures, l’on peut aufti goûter les Charmes, que la Confidération
s, de la Nature en général fournit fi largement à fes Amateurs. Ceî-
s, le-ci eft pour la JeunefTe un Speétacle, dont les Répréfentations ne
,, fervent d’ abord que d’Amufement ; mais qui pique infiniment la
9, Curiofité, guide la Raifon , touche le Cœur, & accoutume l’Efprit
,, à reffentir ce, qui fcul mérite d’être appellé le vrai Beau. .
Pour moi, je ferai bien fatisfait , fi la Continuation fuivante a le
Bonheur de convaincre quelques uns de mes Leéleurs de cette impor-
tante Vérité.
ta
TABLE
TABLE LXXII. Un peu de Moufle de Limoa, py
TABLE LXXIL
Un peu de MoufTe de Limon.
Cette Production du Régné des Plantes aquatiques a bien du Rapport
avec les Polypes . Car elle paroît s’e'tendre & fe multiplier de la
même Façon que ces Animaux merveilleux.
Un Rejetton fort de l’autre prefqu’ à l’ Infini, & cette Produéfion re-
vêt en peu de Tems une Paroi d) de fes Jets, comme un Efpalier de
Jardin. Et pour mettre mes Lecteurs mieux au Fait là defllis ; je n’ai
qu’à leur dire, qu’on en trouve auflî contre les Parois du Dedans des
Abrûvoirs & des Rejervoirs à Poiflon. C’efl un Limon verd qui a contume de
s’ y attacher & dont on ne fauroit reconnoître la véritable Forme l’Oeil
non armé.
Sous le Microfcope compofé de Marfchal on en peut examiner
une bonne Partion ; aulïi ai je mis fur cette yime Eflampe a) un peu de
cette Moufle de Limon au Naturel, telle qu’on la voit dans l’Eau ; &
dans b) la Particule , que j’en ai confidérée par le Microfcope manuel
de Wilfon Nro en donnant dans c) le Groiïiflement tel, que je l’ai
trouvé. Par là j’ai découvert un Enlacement d’une Infinité de Quanés ,
de Pentagones & à' Hexagones réguliers & irréguliers, compofés de Rejet-
ton s, qui fe reflemblent tous parfaitement, foi, Fig. d) & dont chacun et
plein de Grains de Semence. Cela me fait conjecturer, que cette Efpèce
de Moufle s’engendre & fe multiplie par fa propre Semence comme le
Champignon. Je ne fâche aucune Production du Régné des Plantes , qui
ait plus de Rapport avec cette Moufle, pour la Formation de les Re-
jettons, que l 'Opuntia, les tfopales ou Figues des Indes.
Quelque peu d’Apparance, qu’ait ce Limon confidére à la Légè-
re ; il ne laifle pas de divertir très agérablement la Vue étant fous le
Microfcope ; je fuis même perfuadé que les Amateurs en feront l’ FpreU'
ve avec Plaifir,
H
TABLE
f8 TABLÉ LXXIIL Efpèee fingulière d’ Animal aquatique à Coque,
TABLE LXXÏII.
Efpèce fingulière cTAnimal aquatique à Coque,
ou îe Puceron en Forme de Roignon.
Le premier Coup d’Oeil qu’on jettera fur celle Eftampe, fera augurer»
que j’ai vû & mal defliné ce, que Mr, Schaefer nomme Kiefenfus, *
ou les Puciê d Eau à Cornes ou Monocles de Hoeffel ; tant ces Pucerons y
ont du Rapport, n’alantaufii qu’un Oeil fur le Devant de laTête. Mais j”
ai l’honneur d’afilirer , que j’ai été long tems en Doute , fî c’êtoit une
Efpèce particulière de Puce d’Eau ou fi c’etoit en Effet celle, que je
viens de nommer ? Cela m’a obligé de l’examiner très foigneufement,
de la foumettre aux Obfervations de mes Amis, & même, me défiant
de mon propre DefFein, de la faire voir & dejjiner par Mr. ï Entrepreneur,
afin que la Nature fut copiée au plus jufle.
Je dirai avant toutes chofes , que ces Créatures n'ont point été
prifes dans une Eau dormante ; mais dans celle d’une Fontaine à Canaux ;
ce qui paroitra furprenant. Ceft dans la petite Fontaine d’en haut de
nôtre A "eubau ** vis à vis du Lifîenbof *** qu’on a trouvé ces Créatures.
Ni la grande Fontaine du Milieu, ni la petite d’en bas, vis à vis de la
Porte de Haller, n’en produifent point. Outre cela ce n’eft pas dans le
Ëaffm de Pierre de cette Fontaine, qu’elles fe trouvent ; mais c’eft du
Tuïau qu’elles fortent avec l’Eau j & l’on y en trouve beaucoup furtont
aux Mois de Juin & de juillet.
Il faut donc en chercher l’Origine & îa MaifTance ou dans la Source
même ou dans les Aqueducs. Or je ne fais pas fi les trois Fontaines, qui
font à cette place » viennent de la même Source. Si elles en viennent,
ces
161 Le Traduéîeur n’a trouvé nulle Part ce Mot, Mais Tab. LXXV. Fig. 2. il fe Verra,
que M. le Do<fl Schaefer, l’appelle auffi Puce d'Eau rameufe.
'■** & *** font les Noms propres d’une Place & d’nne Maifon de Nuremberg & ainfi
ils ne fe peuvent traduire.
TABLE LXXIII. ou le Puceron en Forme de R oignon.
ces Animalcules ne peuvent pas en venir, autrement il faudroit qu’il j
en eut dans les autres deux Fontaines j & alors il faudroit en chercher
l’Origine ailleurs. Dans ce Cas-ci je préfume, que les Canaux pourris
ou pleins de Limon, où ces petits Animaux aquatiques aiment autanta
fe tenir, que les Cirons aux Tonneaux à Vin humides ou au Formage dans
les Caves, pourroient bien être le Lieu de leur Naiffance. Que fi la
Fontaine d’en haut a fa Source particulière, il eft fort poiïible, qu’ils
viennent de cette Source par les Canaux.
Mais je laiiTe tout cela en fon Lieu, pour faire voir
V Explication de la LXXIII. Eftampe.
a) Oui repréfente une Glace de Montre avec un peu d’Eau de la Fon-
taine en Queftion, dans laquelle on peut voir de ces /Animalcules
a Coque de Couleur rougeâtre dans leur Grofleur naturelle.
b) Un de ces Animaux aquatiques, un peu groift, fa Marche tour-
noïante étant marquée, qui eft le Mouvement ordinaire de
ces Créatures,
c) Montre un de ces Pucerons dans fa Coque tranfparente^ le Signe fj
marquant l’Endroit d’où Fon peut voir l'Oeil de cette Créa-
ture.
d) Leur manière de s’apparier, ainfi qu’on les trouve en Quantité
dans l’Eau, attachés les uns aux autres ; Dont la Femelle nage
fur le' dos, & eft trainée par le Male.
e) Fait voir un de ces Pucerons hors de la Coque s dont le Corps tout
informe, tire fur le rouge. L’on en voit les Inteftins avec leur
Mouvement pèriftaltique. 11 a à la Tête, fous le Ventre & aux
Piés de devant & de derrière, je ne fai combien d’Antènes & de
Pointes de Poil qui fe meuvent , & qui pourroient bien leur
fervir de Nageoires.
H 2
f) En
êo TABLE LXX1V, Petit Efcàrgot de Limon;
f) En montre un autre, qui a entièrement fermé fes deux Coques9
apparammentà caufe des Poux, d’une Infinité defquels il eft en-
vironné & tourmenté j & lefquels j’ai marqués par de petites
Etoile.
g) Efl une Coque que le Puceron a quittée, & qu’on voit dans l’Eau
par le Microfcope en plus grande Quantité que de Pucerons
mêmes. Elles font aufîi blanches que de l’Argent, aufli dures
que de la Corne, & fi artiflement tiffues, quelles reffemblent à
des Cotes de Maille.
TABLE LXXÏV.
Petit Efcàrgot de Limon ; ou une Corne d’Ammon»
J’ai répréfenté dans la VU!. Eftampe de la prémière Cinquantaine de ces
Amufemtns microfcopiques pîufieurs Efcargots & Cornes à'Ammon , qui fe
trouvent dans le Sable de Mèr d’Arimini ; mais il ne s’y voïoit pas un feu!
Efcàrgot en Vie. Dernièrement je découvris parmi 1 Herbage & les Len*
tilles de nôtre Rivière, de ces petits Efcargots qui ne cedcient en rien à
Ceux d’Italie. O Seigneur, quelle Profufion de Beauté, d’Art & d’ Or-
dre ta Toute puiflance & ta SagefTe n’ont-elîes pas réuni dans ce feul
Point ! Qui a Vu par la Voïe de la Diffeétion , la Structure des gros
Efcàrgot de Terre , fait le mieux de combien de parties externes & internes
cette Créature eft compofée. Et il n’y-a qu’à confulter la Bible de la
Nature de Scîv.vammerdain , & en parcourir les Eftampes ÎV. V. Vï. VIL
VIII. IX. & X. avec leurs Explications, pour fe faire une Idée de ce qu’
il-y-a d’incomprehenfible dans ces petites Cornes d'Ammen. Car tout cc
qui eft contenu dans un grand, toutes les Parties, qui fe trouvent dans
ma Efcàrgot de Terre, font réunies dans ce petit Point qui eft à Peine du
Volume d’un Grain de Millet , Leurs Couleurs même font aufîi fuper-
bes & aufîi variées, que dans les grands ; peut-être même pourroit-on
choifir & ramaffer un petit Cabinet microfcopique des Cornes à'Ammon
des
TABLE LXXIV. ou une Corne d’Ammon.
Ci
des Coquilles & des Efcargots , qui fe trouvent dans les Herbes de nos
Marais, Raiffeaux, Etangs & autres Eaux, avec leurs Couleurs les plus dé-
licates.
Regardes dans l’Eau marécageufe, la plûpart de ces Efcargots pa-
roiffent bruns ou Verd jaunâtre ; mais étant bien purifiés, avec un Pin-
ceau, du Limon & de la MoufTe qui y tient ; la Véritable Couleur de
leurs Coquilles fe fait voir, & alors elles font aufll tranfparentes que du
Verre, Pourquoi ne trouveroit-on pas celles-ci aufli dignes d’être dé-
peintes, que celles d’Arimini ? Ceroit- ce parceque ce font des Produ-
ctions allemandes, de notre propre Pais & de nos Eaux ? Je fuis per-
fuadé, que quand on en aura vu les Beautés on leur accordera la même
Attention, qu’aux Etrangères. C’eft dans cette Vue, que je defline ici
un des Efcargots , que j’ai découverts dans la MoufTe , répréfentée dans la
7Zme Eftampe,
L’ Efcargot lui-même et oit Couleur de Cendre, mais fa Corne d’ Ammon,
ou fa Coquille avoit le Fond Verd d’acier, mêlé de Violet & d’Argent.
Quatre Cordons de Perles parcouroient dans une égale Diftance la Co-
quille des deux Cotés depuis l’Ouverture , jusqu’à l’Extrémité du Cen-
tre, & l’on pouvoit reconnoître fort clairement ces g. Cordons par de-
dans lorsqu’ on y regardoit par l’Ouverture,
Je réprêfente a) fa véritable GrofTeur naturelle; dans b) une Corne
d’Ammôn vuide dans laquelle l’Efcargot étoit deffêché ; & dans
c) une autre, dont V Efcargot s’étoit confervé 8. Jours en Vie
dans une Glace à Montre avec de l’Eau marécageufe , de la
MoufTe & d’autres petits Infeéfes, toujours plus frais & plus
agile, que les Efcargots de Terre.
Les Amateurs trouveront Quantité de ces Cornes d’Ammon dans tou-
tes les Eaux dormantes ; mais furtout dans celles, que l’on prend dans
les Etangs & dans les RuifTeaux limoneux ; & ils conviendront Eux-
H 3 mêmes
Cx TABLE LXXIV. Petit Efcargot de Limon ;
mêmes, qu’il y en a de bien des Sortes & des Struélures, qui méritent
dêtre peintes.
Remarque.
J’ai reçu ces Jours pâlies une Lettre du Voifmage. Un docle
Ami, qui n’en eft pas moins malicieux, s’y plaint de ce que ,, 1’ Ufage
„ de la Phifique’ eft à la Vérité palpable pour les Gens de nôtre Efpèce,
j, puis qu’il s’étend jusqu’aux Damoifeaux, que nous Appelions Petit-
,, maîtres & à leurs Bourfes à Cheveux ; mais qu’on n’en remarquoit
,, encore aucun Effet dans le BeauSexce hc, ,,
Le voïant donc dans lErreur, j’ai tâché de l’en tirer par la Réponfe
qui fuit :
Monfieur !
Il fe voit bien que Fous continués Votre Genre de Fie . Confiné dans Votre Cabinet ,
comme le Blaireau dans fon Terrier , toujours le nés fur les Livres , ou la Plume à la
Main ; Vous vous plaignes le Tems de regarder quelque fois par la Pénétre & de
voir ce qui fe pdffe vis-à-vis de cbés Fous. N’avés , Vous pas Honte déavoir fi peu
de Monde. Fy ! Fous auriés dû manger la Plume à belles Dens plutôt, que d* écrire
inconfiderément, que la Phifique ne produit encore aucun Effet dans le Beau-
Sexe. Ou e n'avés Fous vft Mademoifelle Votre Foifine, comme je l’ai Vue , il y-a-
quinze Jours, ce fi à dire la dernière fois que fai eu le Plaifir de Vous aller voir ! Si
Fous i'aviés, dis-je, confiderée, comme moi ; Fous n’ auriés jamais tenu un Langage
fi bazardé contre la Phifique , & contre des Seïïatrices fi confidérables , qu’elle a.
Dés demain , Monfieur , je Vous le confeille en Ami , cbajfés de bonne heure le
Sommeil de Vos Veux platoniques ; mettés Vous à la Fenêtre, 'ffi de là Voiés d’un Re-
gard Vif & Spéculatif 'Mademoiselle Votre coufine, fortir de chês elle, pour aller à
l’Eglife. Faites furtout Attention à fa Coiffe & à un certain . . . qui fiote par
dejfus. Je ne veux pas pour le Coup Fous en faire le Détail, ni Fous dire le Nom
qu'on lui donne à l’Ecole de la Toilette . Cependant , Monfieur, fi Vous veniés à ne
' pouvoir
TABLE LXXIV. ou une Corne d’Ammon.
63
pouvoir deviner ce que c’eft (ce qui décèleroit étrangement Foire propre ignorance
dans la Phifique) Fous n'avés qu’à demander à la petite Sophie , quelle Parure flo -
tante avait fa Maîtreffe fur les Cheveux ? Je me divertis d’avance du Ris mo-
queur dont elle va regaler Fdtre Que (lion, au Lieu d’y répondre. Et quoi , dira So-
phie, un Homme fi (eau, fi grand, fî doue, ne fait pas que ma Maîtreffe eft coilte'e
en Papillon dans le Coût le plus nouveau ! . . . Grâces à mon Etoile , fai appris
par un bnreux Hazard le vrai Nom de cette Parure fuivant toute l’Energie , que lui
donne le Monde galant . Foici comment. J’étois il y-a quelques jours pour affaires
dans une bonne Maifon. La Soubrette entra dans la Chambre , demandant à fa jeune
AJaîtreffe , comment elle vouloit être coiffée ce Jour là. Sotte que tues ès, lui
répondit la Demoifelle , comment me coifFerois-je qu’en Papillon ?
En Papillon ! difois-je en moi méme,c’ejl en Allemand un petit Oifeau dd Eté !
En Papillon cela va être quelque chofe de drôle à voir ! Par Bonheur la Soubrette
apporta le Papillon avant que je quittaffe la Chambre. Elle n’eut pas plutôt at-
taché ce Papillon au fommet de la Tète de cette Demoifelle , que je vis la Meta •
rnorphofe la plus promte , qui Çe puiffe imaginer. Car désque Mademoij'elle fut
parée de ce Papillage, elle fe mita voltiger d’un bout de la Chambre a l’autre avec
toute l’Agilité d’un Papillon»
Fous n’avés qu ’ à Fous mordre les Doigts , Monjîeur , de ce que Fous Inif es paf-
fer journellement tant de Belles devant Vos Fenêtres, fans avoir fait encore Attention
au Papillon, leur Parure favorite, Pi? outre cela prife de la Phifique ; Fi? de ce qu ’
en même tems Fous m’avês fait voir une Ignorance fi marquée de la Pratique du bel
Air.
L’ Affection qu’on a ch'es nous pour les Papillons va fi loin, que la Soeur ca-
dette de mn Tante , qui (fl une Fillete de 72» Ans, manqua Dimanche dernier l’Egli -
fe, parce que fa Sorcière de Co ffeufe ne lui apporta pas fon Papillon. Quel Zele !
Auffl eft on redevabe de cette belle Inclination à un jeune Savant , qui a pré-
tendu prouver à fa Maîtreffe, par les Langues originales, que fa Coffure , qui répre-
fentoit effectivement un Papillon, renfermoit ie ne fais quoi de miflerieux, de beau
Fÿ de gentil. Il fe mit enfuite , à lui expliquer te Alot grec Pfyche' , en lui difant
qu’il
TAB. LXXV. Fig. i. L’Arlequin, Infe£e d’Eau marécageufe,&c.
qiïïl pgnifloit également Papillon, & Ame. il lui prouva par Montfaucon, par
les Recherches de l’Antiquité de Sandrat & de Spon , que les Anciens mettoieni
des Papillons fur les Tombeaux de leurs Morts , pour Marque de leur Incorruptibi-
lité. Il lui démontra , que le Mot Compofé <r flgnifle moins Amateur des
Papillons , qu’Amie des Ames , & tant d'autres belles Cbofes. Sapient. II. v.a6*
Voila, Mon beau Monsieur , pour Vous Matière a Reflexions & à des Raifon -
nemens plus juftes. Car fi Pfyché fignifle en Grec aujji bien l’Ame , que le Papil-
lon, fl nos Belles aiment ces Pfyché , jusqu' à en faire l'Ornement de leurs Che-
veux ; l’on peut bien dire qu'elles font des <r, qui font connoître , par ces
Marques, prifes du Régné de la Nature , les Bons Effets qua produit la Phifique dans
ï'Ejprit du Beau Sexe , l’attends Votre Réponfe avec Impatience & fuis
TABLE LXXV.
Fig. i.
L'Arlequin,* Infe&e d’Eau marécageufe, ou le Mou-
cheron dit ie Coufin.
Parmi les Infeéles d’Eau marécageufe, il-y-a une Créature, qui ref-
femble à bien des Egards la Figure grotesque d un Arlequin. Sa
Tête noire, Ton Corps de diverfes Couleurs, Tes Sauts, Tes Bonds, iês
Elans, fes Tours ridicules, ont bien du Rapport avec ceux de ce Bouf-
fon du Théâtre Italien. Car tantôt il fe met fur la Tête, ou plûtôt fur
cette Langue ou Soupape rouge s que l’on voit paroître au deffous ;
tantôt il fe drelfe parfaitement fur fa Queue garnie de deux larges Na-
geoires ; tantôt il s’étend tranquillement tout de fon Long, puis fe ra-
ma Tant tout d’un Coup , il s’élance en avant par un Saut de Serpent.
Quelque fois il fe met en Peloton, regardant malicieufement comme
Scapin de deffous fon Manteau, & fait enfuite un Saut en l’Air ; enfin il
fe courbe comme un Arc bandé , & nage en cette Pofture fur l’Eau à pas
de Chenille ; fachant auffi bien conferver l’Equilibre qu’un Poiifon, tant
fur
* Ainfi nommé d caufe de fa Tête noire , de fon Corps bigarré & des curieufes Cabrio-
les qu’il fait.
TABLE LXXV. Fig. 2. Le Puceron Verd ou le Monocle. 6 f
fur la Surface de l’Eau que dans la Profondeur. Tout cela m’a engagé
à le comparer à un Arlequin 8c à lui en donner le Nom,
Au refie a) dans cette Fig, r, marque la Grandeur naturelle de fin-
feéte ; & ce qui eft marqué par de petites Etoiles , marque fes diverfes
Attitudes avec quelque GroiH/Ternent, 8c fes differens Mouvemens. Par-
contre b) eft un Dejfein , qui a été' tiré par la Lentille Nro 4. fous le Mi-
crofcope compofé de Marfchal ; fuivant lequel ce Moucheron a la Tête
ovale, garnie de deux /intènes pointues comme des Aiguilles, d’une Mâ-
choire à Pinces , 8c de deux Yeux bruns. Il a outre cela le Corps long &
délié avec Douz z Jointures, 8c un Conduit Verà , qui paffe depuis la Tête,
jusqu’ou Bout de la Queue. La dernière Jointure a aux deux Côtes
deux Nageoires longues & quatre plus courtes, ayjec quelques Bouts de
Poil ; ainfi qu’on peut voir dans d) groffi par Nro 3) javec la Tête c)
au Deffous de laquelle fe voit une longue Soupape rouge, femblable à
une Langue, qui lui fert de Pies , pour fe tenir en Equilibre dans tous
fes Mouvemens. Sa Couleur qui eft de Cinabre hors du Microfcope, eft
mêlée dans le Microfcope, donnant fur le Jaune, le Rouge 8c la Couleur
de Rofe ; ce qui, avec le Conduit t erd, fait un très bel Effet pour la Vue.
Enfin il fe métamorphofe en Chryfalide, de laquelle naît une Efpèce de
Moucheron ou Goufw.
La Figure i.
répréfente le Puceron , que Mr. le Chevalier Linnaeus appelle Monocle ,
Mr. le Doêteur Schaefer de Ratisbonne, de même que Schwammerdam,
Puce d’Eau rameuse, Mr. Roefel Puce d’Eau cornue , 8c Hoedaert Pou d'Eau, a)
En fait voir laGroffeur naturelle ; bien qu'il s’en trouve quelque fois de
plus gros; b) eft le même groffi, donc la Figure eft ovale. Cet Animal-
cule paroît n’avoir qu’un Oeil, quoi qu’ en Effet il en ait deux, comme
[es autres Infeétes lesquels , félon Schwammerdam , font en forme de
Retine 8c fi près l’un de l’autre, qu’ils femblent n’en faire qu’un ; en quoi
8c furtout par la Difîeélion en général, il eft contredit, par Mr. le Doét,
Schaefer. Ces Yeux font au Front au Deffus du Bec ; & par deffus font
I les
66 TABLE LXXV. Fig. 2. Le Puceron Verd oü le Monocle.
les deux Cornes rameufes. Chacune de ces deux Cornes ou Bras fort d’un
Tronc, qui fe partage en deux Branches , chacune desquelles a cinq Ra-
meaux particuliers. L’on verra dans e) une de ces Branches grofiie par
Nro 2. du Microfcope manuel. Avec cette Quantité de Bras ou de
Nageoires, il fend les Eaux en tous fens avec la Rapidité d’une Flèche,
& il efl aufli habile à faire le Moulinet, qu’ à fauter & à nager. Son
Corps efl enveloppé d’une Coque transparente d’un blanc qui luit com-
me Argent , & très artiflement trefiée \ ainfi qu’on peut voir c) d).
Mais la Conflruélion de ces Coques n’eft pas uniforme ; car il-y en a qui
paroiflent couvertes de Mailles, d’autres dr Ecailles, d’autres de Lofanges
& enfin d’autres à' Hexagones & d’Oïïogones. Pour la Tête, elle efl com-
me envelopée dans une Cape, & la Bouche approche fort du Bec d’un
Oifeau. La Coque du Corps efl ouverte delTous le Ventre & divifée en
deux Parties égales, que l’fnfeéle peut dilater & comprimer. Son Ex-
trémité fe termine en Pointe fur le Derrière ; mais fur le Devant, elle
préfente fouvent une Queue garnie de Quantité de Rameaux & de Poils
fort déliés, dont il fe fert encore pour ramer. Toute la Coque depuis
l’Oeil jusqu’ à l’Extrémité efl traverfée d’un Conduit ou Bo'iau rouge , qui
fait tout le Corps de l’Animal. Sur le Devant de ce Corps font les Piés,
qui font pareillement garnis de Pointes de Nageoire, & qui font dans
un Mouvement continuél, qui femble trembler, attirer, ou ramer. Le
Mouvement periftaltique de l'Inteflin fe diftingue fans Peine , de même
que l’Ovaire où l’on compte 30^40, Oeufs. Cette Puce d’Eau vient fou-
vent en Mue , & l’on trouve autant de fes Dépouilles nager fur l’Eau,
qu’on en trouve du Puceron en forme de Roignon.
Comme parmi les Puces d’Eau , il s’en trouve une Efpèce particulière
dont le Corps efl rouge, qui relTemblent à celles de la 73™ Eflampe, &
qui couvrent affés fouvent la Surface d’un Marais ou d’un FoiTé ; ces
innocentes Créatures peuvent fans Peine avoir caufé l’Erreur , où a été
l’Antiquité, qu’il avoit plû du Sang en certains Endroits. C/efl une Ré-
flexion qu’a fait Schwammerdam dans la 40. Page de fa Bible de la Na-
ture* C’eft là que je renvoie le Leéleur, de même qu’à Derham , à
TABLE LXXVI. Une Antène de Papillon de Ver à Soie &c. 67
Back, à Tremblai & au Traité de Mr, le Doél. Sehaefer, des Polypes
Verds, des Puces d’Eau &c.
La Continuation des Polypes ne tardera pas.
TABLE LXXVI.
Une Antène de Papillon de Ver à Soïe & les Ani-
maux Spermatiques de ce Papillon.
Si ce petit Papillon blanc, qui a fi peu d’Apparence, nous répréfente en
entier tant de Beautés remarquables fous le Microfcope ; Sa Barbe
feule & fes deux Antènes en particulier ne font pas moins dignes d’Ad-
miration. Ce fuperbe Ornement de 'fête confiée en deux magnifiques
Panaches, dont les deux Côtés de la Face font ornés, & dont celui du
Coté droit eft répréfenté a) d’après nature , & b) grolli par la Lentille
Nrof. tel que je l’ai obfervé ’& deffiné fous le Microfcope compofé de
Marfehal. Les deux / Intènes font tout contre les Yeux & confident en
un Tuïau d’une Matière qui approche de la Corne, allant toujours en
Pointe & garni de Plumes. Des deux Côtés de ce Tuïau, il en fort 30*
autres qui font bruns & creux, & lesquels font garnis de leur Duvet
comme les Plumes d’une Aile d’Oïe i ce que le Leéleur verra clairement
dans b). Mais les Obfervations que j’ai faites, fur mes Papillons & leurs
Métamorphofes, m’aïant préfenté une Circonftance très fingulière, &
que j’ai trouvé digne de toute mon Attention, je ne faurois m’empêcher
de la communiquer de bonne Foi & delà foumettre au Jugement du
Public.
Il- y* a environ fix Semaines, qu’il m’efl éclos de mes Cocons de Soïe,
quoiqu’en dififerens Tems, deux Papillons Femelles & trois Mâles. Je
n’exprimerai pas ici l’Ardeur qu’ont ces Papillons à fe multiplier, Scbwam -
merdam , Malptgbi & Leewenhoeck en aïant déjà tant parlé.
11 me fuffira d’alTurer, que le Mâle, éclos le 4. Août, étoitàpeine hors
de fa Coque depuis un Quart d’ Heure, & s’étoit purgé de l’Humidité
I Z rouge
ég TAB. LXXVI. Une Antëne de Papillon de Ver à Soie &c.
rouge jaunâtre, avec laquelle il étoit né, qu’il courut avec la dernière
Chaleur après la Femelle, qui n’étoit aufli éclofe que depuis une Demi-
heure, pour s’apparier avec elle. Cela arriva à 10. Heures du Matin.
Le Lendemain^ 3. Heures après Midi naquit le fécond Mâle, pendant
que le premier étoit toujours attaché à la Femelle.
Je fus tout étonné de voir, que ce nouveau Mari prefque dans le
même Inflant, qu’il étoit forti de la Coque, fentit certainement par
l’Odorat la Préfence d’une Femelle. Il fe mit à Voltiger fur le Papier
avec Agilité & Emprelfement ; & fe purgea auffl plus promtement, que
le prémier.
Mais de Peur qu’il ne devînt trop Chaud , je le feparai d’avec la
prémière Paire ; & puis aïant arraché le Mâle de deiïus la Femelle , je
mis celle- ci à Part, & j’en fermai les deux Mâles dans une Boite. C’eft
ici que je vis une nouvelle Merveille de la Nature. A Peine le Mâle,
feparé delà Femelle, fut-il avec l’Autre fur le Papier, que celui-ci fe
mit à batre des Allés & à courir après l’Odeur. Il fauta effeélivement
fur fon Camarade, & après avoir près de Demi-heure tâché d’émouvoir
fa prétendue Femelle par toutes fortes de Carefles ; je vis enfin les deux
Mâles fe feparer tout trilles & pendant les Ailes. Mais à la Place qu’ils
avoient quittée, je découvris une Liqueur blanche femblable à du Lait,
& qui ne donnoit point dans la Couleur de Sable, qu’ a celle que ce Pa-
pillon dépofe apparemment en fe purgeant lors qu'il eclot ; & ainfi je
crus que c’étoit la Sperme virile. Je ne me trompai point ; car faififlant
mon Microfcope manuel & examinant avec Attention un peu de cette
Matière glutineufe, je^vis très clairement une Armée à' Animaux Sperma -
tiques, qui couroient d’une Marche promte , dégagé & variée d’un En-
droit du Verre, qui fe deflechoit, à un autre, où il y avoit encore quel-
que peu de cette Sperme fluide, pour y trouver leur Vie. J’avoue, que
je doutai d’abord de ce que je voïois. Mais il Tnourut deux Jours
après
TABLE LXXVII. Les Etamines de la Rofe, C9
après une Femelle, fur laquelle, toute morte qu’elle étoit, un Mâle ne
tailla pas de Voltiger alfés long-tems, & de perdre copieufement de
Semence ; ce qui me donna occafion de réitérer mon Obfervation & d’y
appeller encore un Couple de Perfonnes. Sûr de mon Fait ; j’ai fidèle-
ment delfiné Fig. c) ces Animaux Spermatiques des Papillons Mâles des
Vers à Soie de la même Grolfeur, que me les a répréfentés Nro 00. dans
le Microfcope manuel & avec des Queues très courtes , lesquelles j’ai
trouvé immobiles.
Comme il-y-a alfés d’Amateurs, qui élevent de Ven à Soie, rien ne
leur eft plus aifé que d’imiter journellement cette Obfervation & de ju-
ger de fa Juft elfe,
TABLE LXXVII.
Les Etamines de la Rofe.
Avant que d’entrer dans l’Explication de cette 7 7™* Fftampe , je dois
avertir, que je m’étendrai davantage dans la 8ome, dans laquelle
je répréfenterai les Epines & toutes les autres Parties de cette Fleur,
Pour le Coup a) répréfente une Rofe commune avec fes Etamines & fes
Anthères b) ; desquels on en voit c) un par Dcifus & d) par Delfous,
comme il flotte, pour ainfi dire, au Bout du Filet délié de fa Queue.
Les Grains de Semence, qui font fur la Surface e), & qui tiennent aulTi
à des Queues très minces, font défïinés dans f) par Nro 3. & dans h)
par Nro o. L’on peut même voir par Nroo. très diflinélement les Vef
fies ou Globules pleins de Liqueur, que contient chaque Grain de Pouffière
fécondante ou anthèrique.
♦
Voulant faire l’Experiment, fi cette Pouffière créveroit comme celle
des autres Fleurs ; je vis avec Surprife, qu’elle ne faifoit que changer
de Figure, fans créver fi fubitement, & que désque j’eus mis un Peu
d’Eau dans le Porte-Objet les Grains qui avoient la Figure du Grain de
I 3 Fro-
7<3
T A B L E L XXVIII. L’Eau du Sang ou le Sérum.
Froment, devenoient ronds comme des Grains de Poivre ; ainfi que
je les ai defiinés dans e) par Nro 3. 8c dans g) par Nro o. du Microfco-
pe Anglois, dont les Particules de Liqueur du Dedans fortoient lentement
& petit à petit hors de leur Peau ou Enveloppe, Je remets le Refte à
la Feuille fuivante.
TABLE LXXVIÎI.
L’Eau du Sang ou ie Sérum.
n de mes Amis infiniment recommandable par bien des Endroits, m‘i
envolé cette Obfervation dans la Lettre fuivante.
Monfieur!
^J"e me fis faigner le Mois de Mai paflfôi Lorsque fur le Soir je voulus
„ vifiter le Sang, que j’avois fait couler dans une Talfe, j’en trouvai les
,, parties rouges & épaiffes entièrement feparées d’avec les Aqueufes.
Je mis bien fubtilement dans un autre Vafe bien propre le Sérum fans
s, aucun Mélange de Parties rouges , mais aïant cependant fa Couleur
j, jaunâtre, quoique très claire. J’en mis d’abord une Goûte dans le
î, Porte-Objet , que je mis fous le Microfcope manuel avec ie Miroir de
„ Réflexion. Je la regardai par le Nro 3 & je n’y aperçus pas la moin-
M dre Marque de Corps étranger. La Goûte demeura claire & trans-
3, parente, comme une autre Matière fluide, même fous Nro 1. & o
„ Mais au Bout d’une Heure, que l’humeur fluide fe fut dilfipée, je vis
,, une très belle Configuration du Sel qui étoit dans le Sérum c’eftlaFig.t .
„ Là deffus je laiflai encore le Sérum 4. Jours dans le Vafe, jus-qu’à ce
,, qu’il commençât à fentir mauvais. Alors une Goûte que je mis de
„ nouveau furie Porte-Objet , préfenta, après que le Fluide fe fut éva-
„ poré, les Criftaux variés & Deflinés dans la Fig. i. En confrontant
>3 les Criflaux de Y Ammoniac de la XXllf, Table avec Ceux ci, l’on y
„ trouve bien de la Reflemblance, en ce que les Pointes qui partent en
„ biaifant d’une Longue Lance font plus de Reüanglei avec la Ligne droite
TABLE LXXVIIÏ. L’Eau Sang ou le Sérum. ?r
,, & qu’elles ont des Denst Auffi eft-il confiant par l’Analogie des deux
,, Figures, que ce n’efl pas fans Raifon que l’on foutient que, furtout
„ après quelque Changement, les Sels qui font dans le Sang tiennent
,, du yolatil , de \'Alkali> de celui de l’Urine & de Y Ammoniac^
,, Il feroit donc Queflion de lavoir, fi nous voudrions détermî-
,, ner l’Operation des Sels par leur Figure. Mais l’on n’en découvre la
,. Figure, que quand fis fontfecs, ou que le Fluide dans lequel ils font, en
eft furchargé, & non pas dans le Fluide même. Et les Sels eux même,
,, fuivant les Principes de la Chimie, n’opèrent, que lorsqu’ils font
,, diffous. L’on découvre auffi ça & là dans cette Figure, furtout vers
9, les Bords de la Circonférence,, des Criflaux difperfés , lesquels dans
,, un haut Point de GrofliiTement reffemblent fort à ceux du Sel à cuire;
„ L’Exiflence duquel nous y doit d’autant moins furpendre , que nous
,, en prenons tout tous les Jours. Le Refie du Fluide fe delfêcha -en-
,, fin dans le Vafe, comme aulïî au Bord du Verre du Porte-Ob^et, il prit
„ des Fentes comme fait la Colle defifêchée, & répréfênta un véritable
,, Gluten animate. D’où il refulte clairement, que ce Sérum efl encore en
„ grande Liaifon avec les Parties lymphatiques. 11 y- a cependant toute
„ Apparence, que les divers Mélanges, qui fe trouvent dans le Sang &
„ fon Sérum & qui procèdent de la Diverfitéde Temperemment, de Re»
,, gime & de Maladies, occafionent auffi de différentes Configurations.
Je fuis D.
Quelques Semaines après que j’eus reçu cette Lettre, avec îesOb-
fervations de ci deffus ; je me fis moi même Saignerau Bras & aïantfait
les mêmes Experimens fur fe rerum, j’y vis les mêmes Con figurations &1 es
mêmes Criflaux, qui m’avoîent été envoîés. Mais étant bien-aife devoir
les Criflaux de Sel bien groffis, & qu’il faifoit urr très beau Jour , je pafiai
le Porte-Objet dans' mon Microfcope folaire, & j’eus Lieu d’être très fa-
tisfait. Voilà auffi pourquoi j’ai voulu les répréfenter dans la Fig. d)
tels
72 TAB.LXXIX. Le Moucheron, le Coufin, Infe&e d’Eau limonneufe,
tels que je les ai deflinés contre la Muraille, à l’Aide de Nro 4. avec quel-
ques Branches c) c) des deux Configurations, J’ai eu du depuis Occa-
cafion de réitérer plufieurs fois les mêmes Emperimens fur le Sérum , &
je les ai trouvés prefque tous uniformes. Si quelcun de mes Lecteurs
vouloir imiter cette Obfervation, je lui confeille de laifler la Goûte
s’évaporer & fe deftecher d’elle même fur le Porte Objet, fans le MinU
flère du Feu ou de quelque Chaleur étrangère ; les Configurations ea
feront & plus belles & plus régulières ; & alors elle pourra paifer par
toutes les Clafifes du Grofliifement, Dans cette 78me Eftampe, la Figu-
re i) & b) b) a été tirée d’après Mro 3. du Microfçope manuel ; la Fi-
gure c) & d) d’après Nro 4. du Microfcope folaire, & a) ne fait que
répréfenter la Goûte deffêchée.
TABLE LXXIX.
Le Moucheron, le Coufin, Infe&e d’Eau limonneufe.
Schwammerdam appelle cette petite Créature Moucheron ; il 1’ a très
bien décrite pag. 144. & très finement tirée dans la 3 r’ e Eftampe.
11 la met dans la troifième ClafTe, quoique, dit il, on devront croire, quelle
appartient a la Seconde, parce que fa Chryfalide fe meut d'un Lieu à l'autre , quelle
nage dans l'Eau & quelle ne demeure pas immobile dans une Place , comme font
celles de la Fourmi, de l’Abeille &c. Car bienqut cette Chry falide (que j’ai
dellinée dans cette Eftampe- c) au Naturel, & d) grofifie) nage dans l’Eau ;
elle meut cependant aujji peu fes Membres , que celles de la fécondé ClaJJè. Pour
moi fans entrer dans la Validité de ces Raifons ; je me contenterai
d’aflfûrer, que j’ai vû une Infinité de Fois toute la Partie de derrière de
cette Chryfalide fe mouvoir très diftinétement dans l'Eau.
« y
Ce Moucheron naît d’un Oeuf, que la Femelle pond dans l’Eau, du-
quel fort au Bout de quelques Jours un Vermiffeau , répréfenté Fig. a)
dans cette 7#ine Eftampe ♦ Dés qu’il fepeut mouvoir, il cherche la Sur-
face
TAB.LXXÎX. LeMoucheion, le Coufin, ïnfe&e d’Eau lîmonneufe. 73
face de l’Eau, où il refte fort long-tems pendu par une Partie fingulièrc
de fa Queue, qui eft marquée d’une Etoile. L’on en Voit quelquefois
des Centaines ainfi enfemble ; mais ce n’eft pas leur feul Mouvement;
car ils font, comme les PoilTons, les Sauts & les Elans les plus curieux
dans l’Eau. 11 a tout le Corps tranfparent comme du Verre jaune , &
dix Jointures, dont chacune a de chaque Côté quatre à fix Soïes ou Poils
fort durs. Sa Tête confifte en deux Yeux qui reflfemblent à ceux du
Moucheron , deux Antènes fourchues ; le Mufeau eft garni de Poil,
aulîi bien que l’Extrémité de la Queue, laquelle a encore deux Efpèces
de Soupapes. Il a un Boïau long , qui traverfe tout le Milieu du Corps,
lequel a à chaque côté deux Trachées très menues ; & l’on y peut voir
très clairement le Mouvement de la Digéftion des Alimens, de même
que dans le Refte de T Jnteftin.
Cet Ir.feéfe parvenu à fon entière GrofTeur, quitte fa Vieille Peau,
&fe change en la Chryfalide e) dans laquelle on peut déjà voir toutes les
Parties du futur Moucheron , Cette Chryfalide eft répréfentée groflîe
dans d). Elle a au Sommet de la Tête deux petites Cornes ou Trachées
pour tirer laRefoiration ; & au Lieu que le Ver avoit d’ ordinaire la Queue
en haut la Chryfalide y a la Tête & la Queue en bas. A l’Extrémité
de la Queue elle a une Nageoire pour ramer , avec laquelle elle avance,
mais d’une autre Façon & bien plus lentement, que ne faifoit le Ver»
Le Moucheron aïant pris les Forces nécelfaires ; à quoi il ne lui faut que
quelques Jours, il Ouvre la Chryfalide entre les deux Petites Cornes , ou
Trachées, par lesquelles elle fe tient à la Surface de l’Eau ; après quoi la
Peau fe dépouille & le Moucheron , qui en fort, demeure par fa légéreté
fur l’Eau, jusqu’ à ce que fes Ailes étant entièrement fechées par l’Air,
il les puiffe déploïer & prendre l’Elfor, L’on voit Fig, e)e)deux de ces
Créatures au Naturel, petites à la Vérité ; mais redoutables pour leur
Aiguillon, Je donnerai dans la 8yme Eftampe un Moucheron grolfi avec
K tout
74 TAB. LXXIX. Le Moucherons, le Coufin, Infe&e d’Eau limonneufc,
tout ce qu’il a de remarquable. Pour l’Heure , je m’en vai inférer ici
une Obfcrvation fingulière, tirée delà Bible de la Nature , par laquelle
Schvrammerdam prétend expliquer la Raifon pourquoi ce Per fe peut
aiidü bien tenir par fa Queue fufpendu à la Surface de l’Eau, que l’on y
voit pendre ces petits Marmoufets de Verre par l’Ampoule, qu’ils ont fous
les Pies. „ C’e fl, dit-il, que la Queue a au Bout une Ouverture, qui
„ tire l'Air; ce qui fait qu’on Voit quelques Vefîies fur la Surface de
,, l’Eau, où eft P Extrémité de la Queue. Cette Partie de la Queue
,, étant toujours féche , désque le Ver la porte à Fleur à' Eau , l’Eau en
,, découle de toutes parts, <k l’on voit diftinélement qu’il fe fait un
,, petit Creux dans l’Eau ; puisque lorsque le Ver s’ y enfonce, l’Eau ne
„ pouvant trouver entrée dans la Queue fêche, elle demeure tout à
„ l’Entour, & qu’ainfi le Ver nage très dégagément, par l’ Extrémité de
„ fa Queue à Fleur d’Eau, comme un VailTeau vuide, le Fond en haut,
„ ou comme une Aiguille d’Acier, qu’on pafle dans un Morceau de Lié-
„ ge, laquelle fait auili fur la Surface de l’Eau un Creux ailes percep-
s, tible.
„ Je lui ai auffi vü quelque fois porter la Tête hors de l’Eau. Mais
,, c’étoit que la Queue ne fe pouvant plus conferver fêche, ne pouvoir
„ plus fe tenir fur l’Eau ; ce qui arrive lors qu’on tourmente trop le
„ Ver & qu’on fecoue trop le Verre où il eft. Aufli lui ai je vû pren-
„ dre fa Queue à la Bouche, & la réparer de même que fon Poil. Ce
„ petit animal imite en cela les Oifeaux aquatiques, qui paffent leurs
„ Plumes dans le Bec pour les frotter d’une Liqueur huileufe qu’ils por-
„ tent au Croupion , & cette Matière huileufe préferve le Fer de la
3, Rouille &c.
Enfin j’ai encore à noter, que cet Infeéle, examiné & defiiné d'
après le Verre Angiois Nro4. c’eft à dire par une Lentille de quatre Lig-
nes répréfente:
TAB. LXXX. Les Epines, Piquans, les Piftile avec l'Ovaire '&c. 7*
a) la GrofTcur naturelle, b) la Figure groffie de ce Ver, avec cette
Extrémité de la Queue marquée d’une Etoile, par laquelle il fe
pend à la furface de l’Eau, c) Montre la Chryfalide au Natu-
rel, d) Graille, d’où fort le Moucheron e) defïiné ici d’après
Nature.
TABLE LXXX.
Les Epines, Piquans, le Piftile avec l’Ovaire &c.
de la Rofe*
Pour acquitter la PromcfTe, que j'ai faite dernièrement, je donne dans
cette 8ome Table le Refie de? Curiofités de la Rofe , lesquelles m’a
fourni le Microfcope à ma plus grande Satisfaction, Car remarquant
que le Noeud de Rofe a) ne piquoit pas aufïi fort, que plus bas ali Com-
mencement de la Queue ; je tâchai d'en découvrir la Caufc, & aïant
faifi le Microfcope Nro4. je ne fus pas peu furpris de voir ce Bouton
de Rofe, ou plutôt cet Ovaire , garni d’une infinité de petits Cônes , qui
avoient à leurs Pointes des Globules transparens & Couleur de Rubis.
Spectacle certainement aufïi magnifique, qu’intereffant ! J’ai examine'
un de ces Cônes par Nro 2. & je le donne defîiné b). J’ai remarqué, que
plus les Cônes fe terminoient en Pointe, & plus les Globules étoient pe-
tits, Voi c) & que lors même que les Globules fe perdoient entièrement,
la Pointe du Cône demeuroit encore rouge. Cela m’a fait conclure, qu’
il falloit que ces Globules rouges continfTent le Suc nourrifiier, qui for-
moit & qui faifoit croître les Epines. Car tant qu’on apperçoit le Glo-
bule à la Pointe du Cône , l’on trouve qu’il ne pique point, Mais desqu’
il fe termine abfolument en Pointe comme d) l’on commence à fentir U
Piquure. Cependant ce n’eft pas là la feule Efpèce d’ Epines ou de Pi-
quans , dont cette Reine des Fleurs foit armée. L’on en trouve une
autre plus fine dans l’Interieur du Noeud , laquelle j’ai marquée dans fon
K 1 Affîétte
TABLE LXXX. de la Rofe.
76
Aflîétte naturelle dans i) & n) & grofïie dans e) & en Detail grofïie par
î^ro 3. dans 1) & par Nro 00. dans m) m. Ces Piquetas femblent être
deftinés à conferver les Grains de Semence o). Il eft même fondé en
Expérience, que quand on coupe, ou qu’on ouvre une Goujfe de Rofe
k) pour en tirer la Graine, comme dans n) & i) les Doigts en Tentent
un Chatouillement affés fort ou uneEfpèce de Picotement, caufé par les
petits Poils ou Filets luifans, qui s’ y trouvent. Or ces Poils font les
piquons , que je trouve valoir la Peine de DeiTiner ici a *ec Soin. Ils
font élaftiques & tranfparens ; ils brillent comme du Verre de Ve.nife
filé & reffemblent à des cheveux de Tête blancs. Je ne veux pas fou-
tenir, qu’ils foient creux, quoique je le préfume, laiffant au Leéteur à
l’examiner de plus près.
Explicatio de la LXXX. Table
a) eft un Noeud de Rofe frais, auquel on a ôté les Feuilles & la
partie d’enhaut, pour pouvoir voir plus diftinclement les Pi-
quan s intérieurs e). Ce Noeud ou Ovaire a des Epines, qui ne
font pas encore mûres, marquées grofïies b) c) & d) & dont
la Structure intérieure confifte en une Infinité de Globules de
Sève.
■i) font les Poils ou les Piquetas par lesquels la Graine ou le Fruit de
la Rofe font environnés & gardés.
f) eft le Conduit ou le Style par lequel la Sève fécondante pénétre
dans l’Ovaire & qui eft compofé d’un grand Nombre de Tuïaux
capiiaires , Au delfus de celui-ci l’on voit
g) les petites Fermes fur lesquelles eft la Poufïiere fécondante, qui
y crève & fait paffer par f ) la Sève qui en fort, dans
h) i) pour meurir ou féconder les Oeufs, les Embrions ou les Grains
de Semence, qui font dans LOvaire*
kl eft
TABLE LXXXI. Miroir d’une Aile de Papillon, 77
k) eft un Fruit de Rofe mûr ou une GouJJè de Groffieur naturelle , le-
quel eft dans 1) coupé horifontalement & dans n) perpendicu-
lairement , pour en faire Voir les Grains de Semence, qui y
font environnés de leurs Piquans capilaires .
l) répréfente dix de ces Piquans capilaires groflis par Nro &
enfin
m) m) en répréfente deux dans le plus grand Grofiffement par
Nro 00. Les parties antheriques ou fécondantes de la Rofe,
ont été données Tab, 77»
TABLE LXXXI.
Miroir d’une Aile de Papillon,
Un Vénérable Ecclefiaflique d’Eycbftaedt , qui m’ honore de fon Amitié,
m’aïant fait Préfent, il y a quel Terns de deux Papillons très rares,
dont les beaux Miroirs des Ailes font fous le Microfcope un Effet à en-
chanter la Vue ; j’ai cru ne pas défobliger le Lefteur en lui en préfentanî
ici Un, pour lui fournir une nouvelle Preuve, que peut-être Salomon
dans fa plus grande Gloire, n’ a pas été vêtu auffî magnifiquement &
d’une beauté aufli naturelle , que l’efl un de ces Papillons, Je ne ferai
ici aucune Mention du Plumage & du Poil, ni de leur Forme & Figure,
ni même de la variété de Couleurs, qu’ étale tout cet Infeéle. Un feul
de fes Miroirs me fuffira pour le Coup, pour montrer & faire admirer
l’Infinité de la Sageffe du Créateur dans fes Ouvrages. *
Je ne fais pas Difficulté de dire, que nul Peintre, quelque habile
quTil foit, ne parviendra jamais à rendre avec fon Pinceau, l’Eclat & le
K 3 Feu
* Ce Papillon, auffi commun en Italie, que rare che's nous a été peint dans les Artm-
femens fur les Infeïïes de Roeffel , premier Suplement Tab. XLV, oé il cft ap-
pelle ; le Papillon blanc aux beaux Miroirs rouges, appartenant à la féconds
Claffe des Oifaux de Jour. Il eji cependant plûtôt Conteur de Paille que blanc.
I
7 S TABLE LXXXI Miroir d’une Aîle de Papillon.
Feu du rouge, qu’étale ce Miroir. Quelle Nuance de Jaune, de Noir,
de Rouge & de Blanc ! Quelle régularité dans leurs Couches ! La pre-
mière Figure fait voir cette Tacbe avec bien d’autres fur toute l’Aîle du
Papillon de Grofleur naturelle a), laquelle j’ai répréfentée dans b) grof-
fie par le Microfcope de Marfchal Nro 4. Les Plumer Couleur de Paille
du Bord font encore une Partie de l’Aîle j puis vient un Cercle de Plu-
mes Noires, enfuite un autre de rouges, qui renferment le Miroir qui
luit dans le Centre,
La fécondé Figure fait voir dans a) la Particule de la Peau de ce
Miroir d’après Nature ; laquelle fe trouve groflie dans b) avec les Nerfs,
qui la parcourent (Schwammerdam les appelle Trachées) & avec quel-
ques Plumes qui y font reliées ; ou Ton peut voir les Trous des Plu-
mes, qu’on en a arrachées. Je ne faurois finir cette Obfervation, fans
inférer ici les Penfées excellentes, dont m’a dernièrement honoré dans
une de fes Lettres, un Seigneur aufii Savant, qu’habile Minillre Impe»
rial, Roïal Se EleéloraL
„ Je trouve toujours, écrit ce Grand Politique & Pbilofopbe ebretien ,
„ que l’Homme ne tient pas à beaucoup près le Milieu entre les Etres
,, infiniment grands & les infiniment petits, & que parconféquent il ne
„ doit pas être plus glorieux, que d’autres Objets microfcopiques, qiq
,, ont certainement leur Prix aux Yeux du Créateur, qui peut-être ne
„ regarde le Globe de la Terre, que comme une Goûte d'Eau, qui di-
„ ftile d’un Seau, & dans laquelle nous autres Hommes fommes, fans
„ doute, des Créatures encore bien plus petites, que celles que Mr. le
„ Dotteur Hill, a apperçues par Millions dans une Goûte d’Eau &
„ dont les Grandes mangeoient les Petites,
TABLE
79
TABLE LXXXH, Continuation des Polypes.
TABLE LXXXIL
Continuation des Polypes.
’ ai dit dans l’Explication de la 71™ Ejlampe , que le Polype a des Yeux:
& qu’ainfi il peut voir. Pour en faire 1’Expérience , il n’y- a qu’à
fuivre l’Avis de Mr. Tremblai; c’efl qu’il n’y - a qu’à attacher du Papier
tout au tour du Verre à Conferve où l’on tient ces Créatures, en laif-
fant un Trou rond d’un Côté* que l’on tourne enfuitc vers la Lumière,
foit de la Fenêtre pendant le Jour, ou de la Chandèle, fi c’efl de Nuit;
& l’on verra tous les Polypes fe tourner infenfibiement vers le Trou,
en biffant l’Obfcurité derrière eux. Mais cela ne va pas fi vite, qu’on
en puiffe attendre la Fin ; parce qu’il faut quelques Heures aux Poly-
pes pour faire un Demi - pié de Chemin. D’ailleurs l’on n’a qu’ à leur
jetter dans l’Eau des Pucerons ou des Serpenteaux à Pointes & on les ver-
ra tout aufli-tôt, furtout s’ils font affamés, étendre leurs bras pour faifir
cette Proie , dont ils font fi Gourmans:„
Mais ce dernier Experiment n’efï pas auffi fur, que le Premier avec
le Papier autour du Verre, cet Effet pouvant facilement s’attribuer à
l’extrême Délicateffe de leur Taél. Cependant j’ai vu à chaque Côté
de la Tête du Polype une Tache ôbfcure, que je ne me puis empêcher de
prendre pour fes Teux , quoique je pourrois bien me tromper dans ma
Conjeélure.
Si les Polypes entendent, c’efl ce que je ne faurois décider, puisque
tous les Effais, qu’on pourroit faire là defïus, ne feroient pas à Couvert
de l’Objeéfion de la Subtilité du Taél. Car ce fens efl fi fort en eux,
qu’ils apperçoivent & fentent le moindre Mouvement. Par contre l’on
ne fauroit leur difputer le Goût & l’Odorat ; du moins je me trouve
autorifé à le croire tant par leur grand Appétit, que par la Struélure
fimple de leur Corps, dont les Globules leur tiennent Lieu de toutes les
autres
,8o TABLE LXXXII, Continuation des Polypes,
autres Parties organifées, qu’a le Refie des Animaux. Les Polypes ont
encore une Propriété remarquable qui les diftingue de toutes les autres
Créatures, c’efl leur Génération par eux même, leur Multiplication & leur
JDivifion volontaire.
Cette Multiplication , furtout des Polypes bruns , fe fait de trois
Manières, c’efl à dire:
par des Jets qui fortent de leurs Corps, à la Façon des plantes }
par la Divifion , lorsqu’un Polype fe partage de lui-même en Deux,
& ainfi forme deux Individus ;
& enfin par une DiJJeHion fubtile, par le Moïen de laquelle, s’il étoit
poffible de couper en cent Morceaux un fi petit Corps , l’on
en feroit tout autant de Polypes.
Voici comment arrive la première Façon : D’abod il fe forme une
petite Verrue ou Point au Côté du Polype. Ce Point va de Jour en Jour en
grandiffant, comme un Bourgeon ou un Rameau, jusqu’ à ce qu’au Bout
de if. à 20. Jours, il devienne un Polype parfait, lequel enfuite fe fé-
pare de fa Mère. Cela fe fait ainfi : Lorfque la Mère s’eft accrochée
quelque part par fa Partie de derrière j le jeune Polype s’accroche aulïi
à quelque Lentille de Marais ou à quelqu’ autre Herbe, & puis la Mère
venant à retirer fon Corps ou fa Tète, le Jeune refie pendu enfonLieu.
Foi Fig. X. & Z. de cette 8*mc Eftampe , & alors il fe nourrit tout feul fans
i’Affiflance de fa Mère.
Que bien des Pères & des Mères n’imitent-ils en cela les Polypes
& d’autres Animaux plus grands , qui gardent auprès d’eux leurs En-
fans, jusqu’à ce qu’ils puilfent gagner leur Vie, & puis les abandonnent
à leur propre Soin pour chercher leur Entretien ! Il n’y-a qu’une Efpèce
de Singes qu’on fait qu’ils aiment fi tendrement leur chère Race, que
par Fois ils les étouffent contre leur Sein ; de là vient qu’on appelle
Amour
TABLE LXXXII, Continuation des Polypes. gr
Amour de Singe une Affeélion défordonnée des Parens pour leurs En-
fans. Audi voit-on tous les Jours que les Enfans, qui ont été trop
long-tems mignardés dans la Maifon paternelle, ne fe diftinguent guè-
res dans le Mondes tandisque d’autres, qui ont été obligés de bonne
Heure à avoir foin d’Eux memes & de leur Fortune, parviennent avec
l’Affiftance du Ciel aux prémières Dignités,
Je reviens de cette Digreflion, pour faire encore remarquer, qu’il-
y-a de Jeunes Polypes, qui portent d’autres Petits ; tandis qu’ils pendent
eux-mêmes à leurs Mères. Je n’en ai vu dans l’Efpace de 6. Ans que io
à 12. qui aient eu Fils & Petit-fils pendant enfesnble à leur Corps.
Au Refte les Petits grandifTent bien plus vite en Eté, qu’en Hiver,
où il leur faut 6. à 8. Semaines ; tandis qu’en Eté, ils fe perfectionnent
en i Jours, quelque fois même en 8. & en 4, Lorfque le jeune Poly-
pe a 6. Jours, l’on voit déjà , qu’il effc en Etat d’en produire de Petits;
& de là on peut calculer, à quel Point une Demi-douzaine de Polypes
fe peut multiplier dans l’Efpace de trois Mois.
J’ai vû pendre au Corps d'un feul Polype 6. à 8. Petits. Ceux-ci,
furtout en Eté, en mettent dans 15. Jours, eux même pour le moins
40. bas ; lesquels dans 3. Semaines , à bien peu dire, en peuvent pro-
duire 120. & ainfi une Demi-douzaine de Polypes en produiroit dans 6.
Semaines 710. Mr. Tremblai a fait là deflus toute une Table dans fes
Mémoires .
J’ai dit ci-defius comment fe fait la fécondé Multiplication. Le Po-
lype fe partage juftement par le Milieu ; mais rarement en eft on Témoin
oculaire. La partie poftérieure prend au Bout de quelques Jours une
Tête & des Bras, & devient un Polype complet ; de même que la Par-
tie de devant s’allonge infenfiblement & prend une Queue.
La troifième Façon eft bien plus merveilleufe que les deux autres.
Car quelqu’ inconcevable qu’il paroilfe, qu’un Polype fe puiffe dilfequer»
L COLl-
v
gi T AELE LXXXIL Continuation des Foîypes.
couper, déchirer en tant de Lambeaux, fans périr entièrement ; le Fait
ne laide pas d’être certain. 11 n’eft pas même particulier au Polype;
car l’on a découvert d’autres Créatures & principalement des Infeéles
aquatiques, p. e. le Serpenteau que Mr. de Reaumur appelle à longue P que ,
& Mrs. Tremblai & Roeffeî, a la longue Ant'ene qui rejj'emhle à une Langue ;
plus 'le Serpenteau en forme de Ruban , ou Mercuriale le Serpenteau rejjemblant
a un fer & ■ Tltin ' dé Antènes furchues le Ver de Pluie & tant d’autres, que Mrs,
Bonnet,. * Reaumur, Roelfel, Schaefer &c. ont fait connoître, lefquels fe
multiplient aulîi par la DiiTeélion.
Des Amateurs qui voudront s’exercer à la Difleélion des Polypes,
peuvent prendre un Canif, une Lancette , ou 'des Cifeaux bien fins <k
bien affilés , h couper à leur Fantaifie des Morceaux de la Tête, du
• Corps, de îaQucue, des Bras, pour-vû qu’ils le fafient avec Promtitude&
avec la Précaution de jetter tout de Suite les Parties feparées dans
l'Eau, où les Polypes ètoient auparavant & d’où on les avoit tirés. 11
faut aulfi avoir foin de leur donner d’autre Eau un jour & l’autre non;
autrement ils prennent des Pous & puis c’en eft fait. En-quoi il faut
éviter cie leur donner de i’Eau de Fontaine ou d’autre Eau coulante ou
froide ; autrement ils meurent dans 24. Heures. Ils ne prennent pas
,,-ion plus tout d’un Coup leur Crû & leurs nouveaux Membres , il faut
pour cela du Tems & de la Patience. L’on trouve dans Tremblai &
Roeffel la Méthode très circonflanciée d’obferver d’un Jour à l’autre la
P r ogre filon du Crû de ces Parties diiTequéer* Je ne ferai ici qu’ajouter
quelques Conclufions que Mr. Tremblai a tirées de l’Examen dés Polypes;
c'eft à dire que
j) les Polypes ont leur Principe de Fécondité, lors même qu’ils pen.
dent encore à leurs Mères, que de là
2) il n’en faut point d’autre à un jeune Polype pour produire fes
femblables, après avoir quitté fa Mère. ; mais que
3) il fe féconde lui même d’une Manière incomprehenfible ;
4) que
* T traité d’Infeâoiogie &c, p M. Charles Bonnet. 2. Part. Paris 174?.
V
83
TAÈLE LXXXII. Continuation des Polypes.
4) que tous les Polypes font des Mères, qui fe fécondent d’ elles
mêmes ; âinfi qu’il s’eft trouvé dans les Pucerons, que j’ai ré-
préfentés Tab, XXV. De Sorte que
f) ces Créatures Portent de la Réglé, qui dit, que nulle Féconda
tion ne peut fe faire fans la Coopération & l’Appariement
d’un Mâle.
Mais, quoiqu’il foit très vrai, que j’ai vû de mes propres Yeux des
Parties difformes dans tout le Corps du Polype , s’en feparer volontaire-
ment, lefquelles s’eniaçoient les unes dans les autres ; & que j’ai plus
d’une fois admiré la même Merveille dans des Parties qui en avoient
été coupées ; tant qu’il ne fera pas fuffifamment prouvé, que les Poly-
pes ne peuvent par être fécondés par quelque autre Efpèce de Créatures
aquatiques j les Remarques de ci-deffus ne pourront paffer pour Prin-
cipes inconteffables, & l’Hiftoire des Polypes & la parfaite Connoiffance
‘de leurs propriétés incomprehénfibles aura Befoin d’être mife dans un
plus grand Jour.
Or quelques Amateurs m’aïant fait demander, n’a guères, que je
marquaffe plus exactement, où l’on doit chercher & comment il faut
examiner les Polypes ; j’ai l’honneur d’avertir, qu’il faut chercher la plû-
part de ces Créatures dans les Eaux dormantes des FolTés, des Ruiffeaux
& des Etangs*
On les trouve en Juin, Juillet, Août & Septembre ; l’on en trouve
même de Bruns en Hiver. Lorfqu’on a une Fois un Verre blanc à Con-
ferve, qui contienne du moins une ou deux Pintes, rempli de cette Eau
dormante, il faut fe patienter pour le moins un Jour, jufqu’ à ce que
les Polypes montent du Fond & paroiffent contre les Parois du Verre.
Enfuite on les cherche avec une bonne Loupe de deux à trois Pouces
& on les arrache avec un Pinceau, ou un Bec de Plume de la Paroi in-
térieure du Verre ou de l’Endroit où ils fe font pofes, fans craindre de
les bleffer ; puis on les met dans un Verre en Forme de Plat, telque
L a
ceux
48 TABLE LXXXIÏ. Continuation des Polypes.
ceux des Montres, & on les examine premièrement par le Microfcope
Oeconomique, enfuite par le Compofé de Marfchal ou de Haertel, pour
en diftinguer plus clairement toutes les Parties,
Pour tirer les Polypes hors des grands Verres à Conferve, je me
fers utilement d’un Cylindre ou Sarbatane de Verre de la Grandeur d’un
Pié ou d’un Pié & demi. Je tiens le Poûce bien ferre' fur l’Ouverture
d’enhaut, comme fur un Siphon, puis j’enfonce tout doucement le Cy-
lindre dans l’Eau à l’Endroit où eft le Polype ; enfuite avec l’Ouverture
d’enbas, au Bord aigu, je de'tâche peu à peu le Polype, enfin je drefte tou-
te l’Ouverture fur lui, j’ôte promtement le Pouce, de forte que le Polype
entre tout de Suite dans le Tuïau , puis rebouchant l’Ouverture d’en-
haut avec le Pouce, je fors mon Prifonnier hors du Verre avec l’Eau,
qui étoit entrée avec lui dans le Cylindre, que je verfe dans la Glace à
Montre, que j’ai toute prête. Voilà, fi je ne me trompe, un Moïen
bien facile.
Aïant encore deflinê une Table à la Conclufion de cette Matière,
pour y répréfenter les Polypes a.Buuquet, ou à Fleur & les autres Sortes de
Polypes de Société ; c’eft là que je me referve de donner le Refie des Ma-
nimens & des Secrets qui y ont Rapport ; ne pouvant pas m’e'tendre
ici davantage.
Explication de la LXXXth Fflampe.
3t) eft un Polype brun tenant entre fes Bras un Serpenteau à Pointes ,
d’après Nature’, b) le même grolfi fous le Microfcope de Mar-
fchal par la Lentille Nro 3. dont la Bouche eft répre'fentêe c) '
les deux Taches brun-foncé aux deux Cotés de la 1 ête & que je
prens pour les Veux d) & les Bras au Nombre de Sept e). f) h)
répréfentent dans le Grofliffement de ci devant &g de Gran-
deur naturelle, le dit Serpenteau dont les Polypes font fi friands,
i) k) 1) m) font des Puces d'Eau vertes, rouges, cornues ou
rameu-
TABLE' LXXXII. Continuation des Polypes.
rameufes & des Porte -Grapes, que les Polypes engloutiflent
aufi'i en Quantité, de forte qu’on en voitfouvent 10. à 12. dans
le Boïau d’un feul Polype.
n) ed un Polype qui ouvre extrêmement la Gueule pour engloutir
une Proie de beaucoup plus grande que lui, lequel dans cette
Aèlion reffemble à un Gobelet ou à un Entonnoir , dans o) & p)
l’on voit des Polypes tout roides d’avoir trop mangé , refTem-
blant à des Sacs plein de Choux ou à des 7 rognons de Raifort .
Ils ne Font dedinés ici que d’après la Loupe ,
q) r) s) t) & u) montrent la Marche de ces Créatures ; car lors-
que Fig t) ils font fur leur Partie de derrière, ils pofent leur
Tète auiîi loin qu’ils peuvent faifant la Figure d’unAjrc Poi q) ;
puis foulevant le Derrière, ils l’approchent autant qu’ils peu-
vent de la Tête toi r , Enfuite, ils relèvent la Tête Vo\ s) h.
continuent ainfi leur Marche Voi t) jufqu a ce qu’ils arrivent là
où ils veulent aller. On les voit auiîi quelque-fois faifant la
Figure d’un Cor de Pofie P'oi u) ; fans parler de tant d’autres Chan-
gemens, qu’il feroit trop long de rapporter. Ils pofent leurs
Petits prcfque de la même Manière. Le vieux Polype s’attache
par la Tête & par la Queue en Demi-Cercle, à quelque chofe
qui lui convient, & lorfque le jeune Polype , qui lui pend vers
le Milieu du Corps , s’ed pareillement accroché avec fes Bras
au même Lieu ; la Mère lève ou la Queue, comme dans x),
avec force, ou elle retire promtement la Tête, comme dans z)
& fe défait ainfi de fon Petit, qu’elle laide là feul. A) B) C)
font trois Répréfentations de diverfes Têtes de Polypes, D) un
petit Morceau de Beau de Polype, telle qu’elle fe préfente par
dedans, ici fort grodie. Et E) félon Mr. Roedel, ed une Ex -
crefcenfe qui Vient au Ventre ou au Corps du Polype, laquelle
L 3 annon-
8& TÀB. LXXXIÏÏ. Trois Ëfpècés d’Animakules d’Eau limonneufe.
annonceTa Mort prochaine, étant une Maladie de c'étte Créa-
ture.
TABLE LXXXIII.
Trois Efpèces d’Animalcuies cT Eau limonneufe.
es Créatures gravées fur cette 83me Eftampe fe trouvent prefquc
dans toutes les Eaux dormantes & marêcageufes, a) eft la Figure
' . !■
naturelle d’une Araignée d'Eau brune, qui Te diftingue de toutes les autres
parla Longueur de fes Jambes ; elle n’efl pas de la GrofTeur d’un Grain
de Chenevi. La Figure b) la répréfente groffie par Nro y fous le Mi-
çrofcope de Marfchal, avec fes fix Taches furie Dos, qui ne font en Ef-
fet , que des Parties tranfparentes de fes Inteftins. Elle a une Paire
d’Yeux blancs, deux Antènes & huitPiés aufîi tranfparens, que le Verrc^
&, garnis de Poils très fins à chaque Jointure. Elle efi très agile dans fes
Moijvemens & elle peut ramer avec la Viteffe d’une Flèche aufîi bien
fur la Furface, que dans la Profondeur & au Fond de l’Eau.
, C) Montre une autre petite Araignée d’un rouge paifaitemènt beau,
& qui porte un Y fur le Dos. Elle a pareillement deux Antèhes, huit
Pies garnis d’un Poii fin, & une Paire d’Yeux reluifans. Elle parort in-
comparablement plus belle dans l’Eau que dehors, & fa Marche ne dif-
« -
fère en rien de celle de la Brune de ci-deffus. Elle fe voit dans fon Grof*
fiffement d). Mais e) ett P Animalcule a petits Tuiaux , que d’autres appel-
* lent aufîi Animalcule a Trompette. Il efi: à certains Egards digne de Corn-
paflion & d’Admiration. De compafïion en- ce qu’il faut qu’il traine fa
Prifon, jufqu’ à ce qu’il fe métamorphofe. D’Admiration, à Caufe de
la Struélure fubtile qui forme l’Enveloppe de cette petite Créature.
Car comme j’ai vû moi- même diverfes Efpèces de ces Animalcules, j’ai
aufîi remarqué différentes Struélurès &Façons de leurs petits Tuiaux ou
Loges. 11 y- a de ces Créatures qui ont des Fiés ; d’autres qui n’en ont
point &cc. Les Goujjes ou Trompettes , où elles fe tiennent font liffes ou
rabotceufes, tantôt en Cylindre, tantôt en Cône, tantôt en Peloton,
tantôt
TABLE LXXXIV Deux Efpèces de Sangfues Microfcopiques. 87
tantôt en Piramidc, tantôt tachettées & tantôt d’une feule Couleur. H
y-en a qui font faites, avec la dernière dextérité', de Mortier, d’Argile,
de Sable, de Terre & de Limon ; il y en au d’autres, qui le font de fine
Moufle de Limon, d’Herbe pourrie & de petits Morceaux de Bois. Je
tiens la Préfente marquée f) dans Ton Groffiffement, compofée de Mouffe
de Limon & d’Herbe pourrie.
11 feroit affés difficile de décider, pourquoi la Nature a deftiné cet
Infeéte à trainer ainfi fa Maifon ou fa Prifon dans l’Eau, jusqu’ à ce que
la Métamorphofe lui donnant des Ailes, elle puiffe -s’en délivrer h s’en-
voler. Cependant il n’y a point de Doute, que ce petit Infeéle ne puilfe
donner à un Amateur de la Phifique Matière à des Reflexions édifiantes.
Car qu’eft ce dans le Fond que nôtre Corps, qu’une Goujjè , ou nôtre Ame
languit comme dans une Prifon, en attendant fa Délivrance?
TABLE LXXXIV.
Deux Efpèces de Sangfues Microfcopiques.
Les Gens de la Campagne, les Fermiers, les Bergers , les Pêcheurs,
les ChalTeurs & les autres Oeconomifies, peuvent dire des Nouvel-
les du Ravage que font les Sangfues, qui fe tiennent dans les Eaux crou-
piflantes des Marais, des Etang, des Viviers, & des Refervoirs. Mon-
fieur le Doéteur Schaefer 1 de Ratisbonne , fi célébré par fes Recherches
naturelles, a décrit avec foin dans un Traité particulier publié en 1752,
^ts Sangfues qui fe trouvent dans le Foie des Brebis, & la Maladie, ,que
cette termine leur caufe. Il a dépeint très exactement ces Créatures
pernicieufes , , & les a trouvé Hermaphrodites , qui ont les deux Sexes.
Si les Sangfues font le Fléau des Brebis, elles ne le font pas moins des
Etangs &<Tes Viviers. Car dès qu’elles fe mêlent parmi les Poifions, il
n’y-a pas Moïen de s’en défaire, qu’en netoïant &: en creufant même de
nouveau l’Etang ou le Vivier ; encore faut-il quelque fois lui donner
un nouveau Fonds. , Elles s’établiiTent dans le Foie des P ères d quatre Piés,
St elles y parviennent par les Conduits du Fiel ; leur Propriété à fe rendre
a u ffi
88 TABLE LXXXIV. DeuxEfpèces de Sangfues Microfcopiques.
aufîi effilées & minces qu’il en eftbefoin, leur facilitant le Moïen de pafler
par les VaifTeaux les plus étroits. L’on en a trouvé dans des Boeufs,
des Vaches, des Cochons & de gros & menu Gibier. Mais pour les
PoilTons , elles s’attachent derrière leurs Ouïes, autour de leur Cueuley
comme auffi dans leurs Parties intérieures. Elles ôtent aux Créatures
dont elies fe font emparées , toute leur Subflance & les fuccent tant
qu’enfin elles meurent de Foiblelfe & d’Epuifément. Ce qu’efl cette En-
geance entre la Vermine, les Ecornifleurs , les Flateurs Sc les Flagor-
neurs le font entre les Hommes. * Les uns font autant de Mal que les
autres. Ce font des Ennemis fecrets, qui trouvent de la Satisfaélion à
la Ruine des autres Créatures ; & un Homme faux ne fauroit être
mieux comparé, qu’ à une Sangfue. Je m’en vai prouver ce que j’ai
avancé par un fait qui m’eft parfaitement connu.
II*y-a quelques Années qu’une pauvre Fille gardoit un Troupeau de
Cochons à quelques Lieues d’ici. Ces Animaux aïant été par Hazard
chartes dans un Etang voifin, par un Chien, qui les artaillit en aboïant;
l’Enfant, qui pouvoit avoir io, à n. Ans, en Peine pour fes Cochons,
entra dans l’Etang, pleine d’Angoilfe & en fit fortir fon Trupeau ; mais
en même tems fes deux Piés fe trouvèrent tout couverts de Sangfues qui
s’y étoient attachées. Sortie de l’Eau, elle rertentit des Dbuleurs fi
violentes, qu’elle en perdit incontinent l’Efprit, Pour comble de Mal-
heur, il fallut qu’elle refiât plus de trois Heures dans cet Etat, jusqu’à
ce qu’il vînt un Baigneur qui la Saigna au Bras, & qui après lui avoir ar-
raché les Sangfues , fit de fon mieux, pour la foulager par des Remedes
lenitifs & confortans. Elle fut cependant prés d’un An à revenir à fon
bon Sens, qu’elle reprit enfin peu à peu à Force de Soins, que lui don-
nèrent des Voifins charitables.
Mais pour ne pas larter la Patience du Leïïeur en lui faifant trop
attendre l’Explication de cette 84me Ejîampe, je lui dirai tont de Suite,
qu’un
* Scire volant fecreta donaus, atque Inde ttmeri, Juven-Sat, 3,
TABLE LXXXIV. Deux Efpéces de Sangfues Microfcopiques, 89
v* . - _ ■ > , 1 1
qu’un de mes Amis, que j’honore & confidère infiniment a eu la Bonté,
il y-a quelques Semaines, de m’envoïer deux de ces Vers a) & de m’aver-
tir, qu’en vuidant une petite Carpe, l’on y en avoit trouvé Sixhc. J’ai
d’autant plus d’Obligation à monilluftre Ami de cet Envoi, que j’avoue,
que bienque je connoille plus de 20. Efpèces de Sangfues , je ne pus d’a-
bord me refoudre à mettre ces Ver> dans cette ClaflTe. L’Oeil nud fuffit,
pour les voir comme des Vers tachettes ; mais cette Peau glutineufei à la Fa-
çon de celle du Limaçon, &: qui caraélérife la Sangfue, ne peut fe remar-
quer qu’ à l’Aide du Microfcope. Aïant donc mis mes Hôtes dans une
Glace à Montre fous le Microfcope de Marfchal, je remarquai bien-tôt,
que c’étoitune Efpèce toute particulière de Sangfue, qui fe diftinguoit
de beaucoup des autres Genres. Car les 2. Plaques glutineufes pleines
de Glandes, que l’on voit à leur Tête & à leur Queue, je ne les ai remar-
quées à aucune autre Efpèce, a) ER donc une Sangfue, quiparoît en vou-
loir le plus aux Poiflons, puisqu’ elle a été trouvée dans la Carpe, b) c)
La montre dans deux autres Attitudes, les unes & les autres d’après Na-
ture. d)En montre une autre extrêmement allongée, confiderée par
Nro ç, & e) la même grofïïe par Nro 3. Les 4. Taches noires qu’on
voit fur la Tête ne peuvent palier pour des Yeux ; car j’en ai compté
16. fur la Plaque plilTée de la Queue. Mais j’ai vû une autre petite Ta-
che à chaque Côté de la Plaque de la Tête, fur le devant, lesquelles j’ai,
merois mieux prendre pour les Yeux de ce Ver. Je les ai marqués de
2. Etoiles, g) Eft la Plaque de la Qqeue en Forme de Coquille ; fur la-
quelle la Sangfue peut fe tenir toute droite. Elle s’étire jufqu’àla Grcf-
feur d’un Bout de Fil , & fe peut auffi concentrer comme une Boule,
Qualité commune à toutes les Sangfues. h) Efl le Deifous de la Tête,
& i) la Plaque de la Queue., un peu retrefiie, parce qu’elle a été exa-
minée, feparée du Corps. Elle eft toute compofée de Glandules , ainfi
que je le fais voir par un petit Morceau grofii dans r) & qui au Natu-
rel avoit la GrolTecir d’un Grain de Chenevi.
M k) eft
90
TABLE LXXXV. Le Moucheron dit le Coufin,
k) efl encore une Efpèce de Sangfues la plus petite de toutes &
très peu & même point du tout perceptible à l'Oeil nud. Quand elles
font bien étirées, elles reffemblent à des Fils d’Araignée bien Fins,l)m)n)
jes répréfentent examinées parle Verre Oeconomique, o)p) par le Mi-
crofcope compofé, & q') par Nro o. de mon Nlicrofcope manuel avec le
Miroir de Réflexion, Tout leur Corps efl blanc & transparent, & l’on
remarque en dedans un Inteflin particulier, qui efl brun jaunâtre, au
Milieu duquel l’on voit de longs Tuïaux s’étendre, en neuf Branches de
chaque Côté, qui reffemblent à des Bois de Cerf, ou a des Rameaux gar-
nis de Feuilles, Elles fe concentrent fl bien, qu’elles ne font qu’un pe-
tit pointj & qu’ainfl il n’y- a pas Moïen de les découper.
TABLE LXXXV.
Le Moucheron dit le Coufin.
Aïant promis dans une de mes dernières Feuilles de donner grofli le
Moucheron , que j’ai répréfenté d’après Nature dans la 79me Eflam-
pe Fig. e , je livre ici cet Infeéle, qui a tant de Parties qui méritent l’At-
tention des Amateurs du Microfcope, La Tête a) a chaque Côté un
gros Oeil verd b) à Facettes Hexagones, comme ceux de la DemoifeUe.
Tout contre fortent de deux petites Bofles les Antènes c) dont chacune
a flx Jointures & qui font garnies d’un Poil très fin furtout vers la
Pointe, Entre celles-ci il- y- a encore deu x Branches plus groffes, garnies
de Plumes violettes d) qui ont l’Aiguillon entre deux, & qui n’ont que
trois Jointures. L’ Aiguillon e) qui efl, comme je viens de dire, entre
deux, efl pareillement couvert de Plumes en Guife d Ecaille de Poif-
fon ; mais je n’y ai point re-marqué de Jointures. Aufli n’eft ce à pro-
prement dire , que la Gaine du Véritable Aiguillon f) qui fe fait fi bien
fentir & à Gens & à Bêtes. Il efl fl rond, fl uni & fi pointé, qu’on n’y
voit pas la moindre Inégalité même à l’Aide des meilleurs Verres.
Schwam-
TABLE LXXXV. Le Moucheron dit le Coufin. çr
Schwammerdam l’a anatomifé & fait graver à Cinq Angles *. J’en mets
ici la Copie g) car je n ai pas encore pu parvenir à en faire l’Experi-
ment. Schwammerdam a cru, que ces cinq Angles fervoient, comme
autant d’Antènes pointues, à élargir les Pores & par leur Mouvement
répété à rendre le Sang, qui eft dans la plaie, plus propre à monter dans
le Tuïau. L 'Aiguillon n’a pas la même Grandeur dans tous les Mouche •
rons. Il y en a qui l’ont aufli court , que le Pou ; & les Amateurs des
Recherches naturelles, n’ignorent pas qu’il y-a une infinité de differen-
tes Efpèces de ces lnfeéfes. Au deffous de la Tête eft le Cou h) qui
joint le Dos i) lequel eft garni de Poils les plus fins. Aux deux Côtés
du Dos font les dîtes k) &au deffous les deux petits Marteaux 1) avec les-
quels ils forment leur Bourdonnement **. Ils font blanchâtres & fem-
blent être gonflés & tendus. Le Ventre n) a huit Anneaux & n’ eft pas
couvert de Blumes, mais de Poil o). Les fix Fiés m) font pareillement
ornés de Poil brun, dont les Extrémités font armées de deux Ongles
crochus fort aigus. Quelque dangereux que l'Aiguillon rende cet In»
fette, il ne lailfe pas d’être très divertiffant au Naturalifte, le Microfco-
pe à la Main. Il n’en faut qu’une Aile pour l’attacher bien long-tems.
Il n’y-a pas Plume qui foit capable de décrire toutes les Beautés que la
Sageffe infinie répand ici. La Membrane del’aîle entrelacée des Nerfs &
des Pores les plus fins, l'Infinité de petites Verrues, dont elle eft parfe-
mée & qui font ici marquées par des Points, les magnifiques Plumes qui
décorent l’Aîle, Veulent être plûtôt Vues, que lûes, lorfqu’on veut fe
former une Idée de la Pompe qui y régné. La Planche anatomique , com-
me aufti le AJicrojcope en Forme de Compas , font ici d’un très grand Ufage,
pour pouvoir y mettre tout le Moucheron, ou feulement la Tête &
i’Aîle & les examiner à fon Aife.
M 2 TABLE
* Bible de la Nature Tab. XXXII. Fig. III.
** L’on en verra davantage dans la 3, Part, à l’Explication de la 4*me Tab. Fig. A.
B. C. D.
TAB. LXXXVI. Singularité du Sable de Mèr au de Coquillage*
TABLE L XX XVI.
Singularité du Sable du Mèr au de Coquillage.
M’ étant mis il-y-a quelque Tems à trier, pour un certain Ufage,
de ces Globiiles , qui fe trouvent à Foifon dans le Table de Mèr
d’Arimini, & les aïant jettes dans une Glace à Montre, pour les netoïer
de la Poufïière avec de l’Eau, où je n’avois mêlé que trois Goûtes d’Eau
forte ;j’apperçus tout d’un Coup un certain Mouvement, qui fixa mon
Attention* ]e vis même, l’Oeil nud, qu’à Mefure que je verfois de
l’Eau-forte dans la fraîche , qui êtoit dans la Glace, les petis Globules
qui y étoient fe mettoient en Mouvement. Mais ne pouvant rien di-
fiinguer à Caufe de leur Petitcffe, je le mis fur la petite Table fous mon
Ferre Oeconomiquc, ou, fi l’on veut, ma Loupe , defignée ici Fig* dj & dans
la 70me Table Fig. a). C’eft par-là que je découvris un véritable Peu d’ar-
tifice fur l’Eau ; c’efi: à dire que mes Globules firent fur l’Eau le même Effet
qu’y font les Grenades allumées, avec la feule Différence, qu’au Lieu d’
Etincelles de Feu, ce n’étoit que des Vapeurs & des Particules d’Eau qu’
elles vomiffoient. Si ce Speéïacîe me divertit, je ne fus pas moins fur-
pris des violens Entrechocs de ces Globules & de la Motion, par la-
quelle l’Air du Dedans les portoit avec Impetuofité, à caufe de leur Fi-
gure ronde & de leur Subftance Alcalique, tantôt en haut & fur la Sur-
face de l’Eau, tantôt dans le Fond de la Glace à Montre, tantôt du Long
tantôt du Large &c„ Comme l’On voit un Ballon ou une Boule de Fer,
qui étant jettée de Force contre un Fond foiide, rebondit en l’Air, c’ eft
ainfi que faifoient mes Globules ; & cette Comédie dura près de Demi,
heure, de forte qU’enfin je pus les deffmer à mon Aife fous le Microfco-
pe compofé. Cette 86me£il:ampe répréfente dans a) & b) ces Globules
d’après Nature ; mais c) en montre un, tel que le préfente le Verre
Geconomique d). Sous celui de Marfchalpar contre un de ces Globu-
les non lavé fe préfente comme dans e) & un autre purifié dans l’Eau
avec les Particules d’Air & d’Eau qu’il vomit, comme dans f) grofiîspar
la Lentille Nro 3. Pour la Glace de Montre grollie, je l’ai répréfentée
par
TABLE LXXXVI. Singularité du Sable de Mer ou de Coquillage. 9? *
par g") avec tous les Globules ou Echinites , autant que la place l’a pu
permettre.
Mais avant que de paTer à l’Explication de la 87nie Eflampe, je
m’en vai communiquer au Leéleur une Lettre que m’a fait l’Honneur de
m’ecrire Monfieur Wagner Confeiller intime & Premier Médecin du
Serenifîime Marggrave de Bayrcuth & laquelle fervira beaucoup à l’E-
clairciifement de la*préfente Eflampe.
, Je ne faurois prendre pour des Herifïons ( Ecbinus ) les Globules
de la Mer Adriatique d’Arimini dont Mr. Janus Plancus , mon intime
3, Ami, fait Mention dans fon Traité de Conchis minus notis , dont j’ai l’hon-
neur de Vous envoïer un Exemplaire pour Vos Étrennes. Et bienque
cette Opinion parodie très vrai femblabie à cet illuflre Savant , je ne
puis y entrer, 1) parcequ’ils font ronds & unis, & qu’ils n’ont point
de Piquans (caraélère diftinclif des Heriflons ( Echinus ) d’avec les au-
tres Oftra-codermates ) ni de Soies ; même avec les meilleurs Microfco-
pes, l’on ne peut découvrir les Stigmes ou Bojjes fur lesquelles ils au-
0 roient repofé. 2) Parceque plufieurs n’ont point du tout d’Ouvertu-
5, re, & que la plupart n’en ont qu’une, au Lieu que les Heriïïons en
3, ont deux, dont l’une répreTente la Bouche & l’autre l’Endroit de Y
3, Evacuation. Je ne trouve donc à quoi mieux les comparer qu’aux
,, Oeufs d’Efcargot. Car non feulement nos gros Efcargots manduca-
„ bks, mais encore ceux de la plus petite forte, ont de petits Oeufs ronds,
unis & quelque peu oblongs , dont les uns font de la Gr odeur d’un
petit Pois, d’un Grain de Moutarde & même de Pavot blanc ; ainll
que j’en ai ramaffé de differentes fortes dans la Terre & deffus la
j, Mouffe ; parmi lefquels j’en ai trouvé qui avoient de petits Trous.
„ En 1738. J’en écrivis mon Sentiment à Mr. Jan. Plane. Mais
J3 il croit toujours, qu’il n’y-a que la Volaille, qui ait des Oeufs à Coque , &
„ que le Poiffon, l’Ecrévide, la Moule, l’I fargot & qu’en un Mot tous
M 3 „ les
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94 TABLE LXXXV’II. Deux Sortes de Polypes à Bouquet.
si les Reptiles n’oiu que des Oeufs mois ou tout au plus cartilagineux,
„ L’onpourroit cependant lui prouver le contraire par ceux du O'oco-
„ dite y du Lézard , de la Tortue & de nos Efcargots, 11 eft vrai, que les
„ Oeufs de l’Efcargot & du Lézard, dés qu’ils font pondus, paroiflent
„ n’avoir qu’une Pellicule à Demi tranfparente. Mais aufiitôt qu’ils font
5, fecs, ils prénent une Coque opaque & fragile, qui eft d’une épaiffeur
„ aflfés confidérable dans les Oeufs du Crocodile. Qr puifqu’on trouve
„ dans le Sable du Rivage d’Arimini Quantité' de tre's petits EfcargatSy &
„ qu’en pîufieurs autres Endroits fur les Bords de la Mèr Adriatique,
entre autres aux Lacunes de Fenije & à Comachio il s’en trouve des
s» Quantités exhorbitantes, je n’ai pas de Peine à concevoir, d’où vient
„ cette Multitude innombrable de Corpufcules ronds. Je fuis &c.
Il me femble, qu’il n’y -a gueres rien de raifonnable à oppofer à des
Penfées fi juftes & fi naturelles.
TABLE LXXXVII.
Deux Sortes de Polypes à Bouquet.
Mon Deffein n’aïant pas été de m’étendre fur une Matière, qui a été
fi amplement traitée par tant d’autres Naturalises ; je ne puis
cependant refufer à quelques Amateurs, qui fouhaitent que je touche
tout ce que j’ai vû & remarqué fur les Polypes , de conclure mes Obfer-
vations par une Defcription & une Répréfentation des prétendus Poly~
pes à Bouquet & à Colonies, ce qui va faire l’Objet de cette Eftampe & de
la fuivante.
L’on voit donc dans cette 87me Table deux Sortes de ce qu’on ap-
pelle Polypes à Bouquet, Mr.Backer les nomme les Bêtes d Campanelle, d’au-
tres les Polypes à Manchettes & encore d’autres les Polypes d Fleurs, Or
pour montrer la Manière la plus facile de tirer ces Créatures de l’Eau }
j’ai mis a) un Urinai , dont j’aime mieux me fervir que de tout autre,
parce
TABLE LXXXVIÏ. Deux Sortes de Polypes à Bouquet,
parce que lorfqu’ il eft plein d’Eau, fa Figure en Boule accafione un
Efpèce de Groifilfement, qui aide à reconnoître les Animalcules qui s’y
trouvent. L’ on y enfonce le petit Tuïau de Verre blanc c) & l’on Pro-
cède comme il a été dit dans l’ Explication de la LXXXIIme Eftampe , &
comme on a contume de faire avec chaque Siphon, Car dès qu’enlevant
le Pouce b) l’on attire l’Eau, le Polype d) qui fe tient au Fond du Verre
ou à l'Herbage f) entre auffi dans le Tuïau ; après quoi on le peut ver-
fer dans un Verre plus petit mais propre.
Dans cet Urinai a) j’ai répréfenté d) l’Efpèce la plus commune de
Polypes à Bouquet. Pour la fécondé Efpèce, qui eft plus rare, & qui fe
diftingue principalement de la première, Jpar fa Demeure ou par fon Corps ,
elle eft definée e) & f ).
Les premiers confiftent en deux Parties principales, i) le Corps &
î) les Créatures vivantes qui y font. Je ne prétends pas décider, filon
peut leur donner à jufte Titre le Nom de Polypes ? Si l’on prend l’Etui h)
g) pour les Polypes & les Animalcules 1) n) x) w) pour leurs Bras ou
leurs Piés ; cela peut s’entendre. Mais comme je fuis perfuadé que
chacune de ces Créatures, ainfi qu’il fe voit dans n) & w) peut vivre,
marcher & nager en fon particulier, fans qu’on y remarque la moindre
Trace de Bras ou de Pié ; il refte à favoir, fi ces Etres vivans font des
Créatures indépendantes, ou fi elles ne font que des Parties d’un autre
Tout ? & fi ces Tuïaux bruns g) h) H) font en Effet des Corps vivans,
ou feulement des Etuis ou des Celules , que ces Créatures n) x) à l’Imita-
tion de tant d’autres Animaux fociables , ont ramaffées & conftruites
pour leur Demeure ? Pour moi, je crois le dernier, bienque Mr. Trem-
blai * & d’autres foutiennent avoir vû dans ces Celules des Inteftins, qui
montroient un Mouvement périftaltique.
Il eft vrai qu’on y voit certaines Parties, que peuvent fe prendre
pour
* Tremblai Mémoire III, PI. io. fig. p, pag. 2 12,
96 TABLE LXXXVII. Deux Sortes de Polypes à Bouquet.
pour des ïnteflins. Mais feu Mr. Roeffel & moi avons très fouvent ex-
amine' ces Parties, fans y avoir jamais pu trouver les Qualités, qui de-
fîgnent p. e. un Ejlomac ou un Boïau. Car non obflant la Voracité des
Polypes à Fleurs , je n’ai dans toutes mes Obfervations, pu appercevoir le
moindre Aliment dans ces fortes de Parties. J’ai donc marqué q) & r)
les prétendus ïnteflins & par p) les Alimens bruns & verds, qui defeen-
dent ordinairement dans le Tuiau principal de l’Etui, h) H) lequel pour-
roit bien être le Magazin, où les Polypes ramaffent leurs Provifions.
C’étoit aufB le fentiment de feu Mr. de RoefTel, que ce Tronc en For-
me de Rameau de Corail, n’étoit que la Demeure ou l’Etui des Animal-
cules à Fleurs , divifé en plusieurs Celules. Suivant cette Opinion,
que je ne veux obliger perfonne d’admettre , ma Divifion de çi-deffus
pourra avoir Lieu*
Quant aux Animalcules mêmes, ils font diflribués en differentes
Colonies dans ce Tronc, comme on peut voir dans i , & iis ont la Fa-
culté, de pouvoir fe défaire & fe feparer du Tronc principal, pour for-
mer leur Bouquet ou leur Colonie particulière.
Par Exemple g) marque un Tronc de trois Colonies, pris d’après
Nature ; aucontraire h) en a neuf, examiné par Nro p. fous le Micro-
feope çompofé»
La Matière dont le Tronc lui même efl compofé, eft très limon*
oeufe, gluante ou aqueufe & fe fond bientôt, fi on la met dans un
Verre fec. 11 paroît n’être fait que de Limon, de Racines pourries &
d’autres femblables Matières, comme l’Etui de l'Animalcule à Tuïaux,
ou à Trompette," Cependant il efl tranfparent, & l’on y peut voir fort
diftinélement defeendre les Alimens & s’y pofer, tout fon Canal étant
fouvent rempli de Matière brune & Verte, qui n’eft que la Graine des
Lentilles de Marais, qu’on trouve fous la Feuille , & qui efl brune, ou
la Fleur des mêmes Lentilles, qui efl verte, & qui pend au Bout des
Queues.
TABLE LXXXVII. Deux Sortes de Polypes à Bouquet. 97
Queues. Avec le Secours d’un bon Microfcope, l’on peut voir claire-
ment, que ce Canal en renferme un autre ; que celui de dehors eft plus
délié &plus tranfparent, & celui de dedans d’un brun-clair.
Ï1 confifle encore en plulieurs Rameaux particuliers , dont chacun
a fon Effaim de Polypes. J’ai delfmé H) un pareil Tronc à quatre Ra-
meaux autant groffi, qu’on le peut obferver par Nro i. Ces quatre Ra-
meaux fe préfentent avec leurs Colonies en autant de Variations. Cha-
que Rameau termine fon Extrémité par un Anneau ou Collier Voi A) A)
A) A), qui efl bordé par en haut & par en bas d’un Orle qui refiemble
à un Poignet de Alancbette. L’on voit d’abord au-delTus de ce Collier les
c>
p
Parties q) r) qu’on prétend être les Inteflins. Mr. Roeflel a crû que c
étoit le Refervoir aux Excremens., C’eft dans cette Efpèce Collier, que
demeure toute la Colonie enfemble ; & il y-a telle Celule, où j’ai com-
pté 40. ^o. jusqu’ à 6 o. de ces Créatures. Quand toute une Celule
fort à la Fois , & fait une Efpèce de Roue de Paon, elle refiemble i la
Figure 1) mais quand elle self retirée comme dans k) l’on voit, comme il
eft montré dans L) en haut l’Ouverture du Collier & au -défions ces
Créatures, qui s^y font enfoncées, & qui prîtes feules, reffemblent afiTés
à des Anguilles de Colle ou à des S. S. fe préfentant toute fois aufli fous
d’autres Poftures tortues St ferpentines. Quand elles fe pavanent com-
me dans l) elles font fouvent un fort Tourbillon dans l’Eau ; St c’efl
ainfi qu’elles attirent, comme par un Entonnoir } les Particules les plus
déliées des Plantes St des Grains de Semence,
»
Pour les chercher il faut fc tenir extrêmement coi & tranquille Sc
ne fe pas impatienter ; car au moindre Mouvement, ils fc rétirent dans
leurs Celules, & puis il faut allés long-tems attendre, juiqu’ à ce qu’ils
reparoi fient.
Il efl aulîi bon de pofer le Verre à Gonferve ou la Glace de Montre,
dans une certaine Elévation , que l’on puifTe examiner par delfous les
N Lentil-
98 TABLE LXXXVTIL Deux Sortes de Polypes à Bouquet,
Lentilles de Marais avec la Loupe, Car ceux ci comme les autres Ani-
malcules de Marais, fe pendent pour la plupart au Fonds ou au defious
des Lentilles, parceque c'eft là qu’eft la Graine , dont ils fe nourrifTent ;
mais fourtout il faut prendre garde de ne pas mettre le Verre fur une
Table ou autre Lieu qui branle car ils ont tant de Sentiment, qu’ils
s’apperçoivent de tous les Pas que l’on fait dans la Chambre.
Le Tems le plus fur d’en trouver, c’eft Juin, Juillet & Août. Quel-
que-fois ils fe pofent contre les Parois du Verre, quand il commence à
devenir craffeux, Ils ne fouffrent pas la Diffeélion, mais ils fe parta-
gent bien eux mêmes, &. ils mettent aufli de Jeunes Troncs bas.
Leur Couleur efb Blanche, comme du FiL fin blanchi. Ils nagent
dans l’Éau tant feul à feul, que par Colonies ; mais au moindre Mouve-
ment, ils fe retirent enfembie dans leurs Celules, par le Tuïau qui eft
dans l’Anneau ou Collier, & s’y cachent avec toute la Promtitude qu’
ils peuvent.
La fécondé forte eft bien plus difficile à trouver, que la Première;
car le Tronc brun ou le Rameau de Corail, qui fait connoître les Pre-
miers, ne fe voit pas dans ceux-ci ; mais à fa Place l’on ne voit qu’un
petis Monceau de Limon presque rond , d’un brun très pâle et même
fouvent d’un blanc jaunâtre. Voilà ce qui conftitue le Corps ou la
Struélure de l’Habitation des Polypes à Fleur de la Seconde Efpèce.
L’on n’y voit ni Bras, ni Bracelets, mais feulement de petits Boutons
faillans, hors defquels ils montrent leurs Bouquets, ou Pannaches. Il
n’y-a que Mr. Roeffel , que je Sache, qui ait décrit cette Efpèce ; c’eft
auifi chés lui que je la vis pour la prémière Fois St que j’appris à la
connoître ; j’en ai depuis trouvé tous les Ans dans le Nonnen Garten (Jar-
din des Religieufes) d-ns P Etang du Couvent de Ste Catherine . Leur
Grolïeur eft marquée dans cette 87me Ffîampe Fig. S) S) quoi qu’un peu
au de là du Naturel. Ils fe tiennent la plupart du Tems ou Fonds du
Verre
TABLE LXXXVII. Deux Sortes de Polypes à Bouquet 99
Verre dans le Limon , St fi l’on n’a pas bien de la Patience pour attendre
qu’ils fe montrent, on rifque de les manquer. Leur Corps efi: plus opa-
que au Milieu, que dans la Circonférence, & il adivcrfes Taches comme
on Voit dans V) mais ce n'eff pas dans tous. J’ai pris cej^Tachespour
des Ecofies fuccées de leurs Alimens. Leurs Pannaches ont aufii tout
autre Façon, que ceux de la première Elpèce, & forment d’ordinaire
une Paire d* Ailes, parfois aufii un Paquet de Rubans ou de Feuilles blan-
ches, des Fois même une Manchette ou un Plumet , J’en ai delfiné diver*
fes Figures, telles que je le* ai exaélement obfervées j comme l’on ver-
ra t) tt) U; & V).
J’ai marqué feparément d’un W) leur Combinaifon en Forme d’AL
les & d’un X, leur Mouvement & leur Figure individuelle. Une Aile
1 une double Rangée de Tuîaux^ où l’on trouve 30 à 40, de ces Créa-
tures,
Il-y-a de ces Boules qui ont îo, à ïî. Boutons ou Celules , j’en ai quel-
quefois trouvé, qui n’avoient que trois à quatre de ces Habitations.
Ils fouffrent aufii peu la Difieélion que les Premiers. Quand les Ailes
ou les Bouquets font retirés en dedans, H Boule elle-même paroit brun-
obfcur \ mais quand ils font étendus, celle-ci efi: très claire & tranfpa-
rente , St alors on peut diftinguer, que ce n’efi qu’un Compofé de pe-
tits Grains , que j’ai marqués ici par des Points.
Us ne mangent point d’Infeétes ; mais ils vivent uniquement des
plus fines Semences, qui font cachées dans le Limon. 11 efi fort difficile
de les foumettre à de longues Obfervations St Recherches ; car fi on
les met dans l’Eau claire ^ ils y meurent bientôt, St s' y fondent pour
ainfidire tellement, qu’on n’en trouve plus rien. Que fi Vous les Iaif-
fés plus de huit jours dans l’Eau de Limon, ils font détruits par les
plus petits Pons d'Eau,
N 2 -
TABLE
/
îqo TABLE LXXXVIII. Encore quelques autres Animalcules
TABLE LXXXVIII.
autres Animalcules de Limon,
Encore
connus fous le Nom de Polypes Sociables,
’ eft, à rrü*n Avofs, avec auffi peu de Raifon qu’on appelle Polypes
les Créatures, que contient cette S8mc Efcampe, que l’or, a donné
ce Nom aux Animalcules a Bouquet. Ce font tous des Animalcules de Limon ,
dont pas un n’a un feul Fié, bien loin d’en avoir pluflears. Il y en a
fort peu qui aient des Queues, les autres fe tiennent pour la plupart, fur les
Queues déliées de Rofeaux, dont ils peuvent fe féparer & s’y rejoindre,
ainfi que je m’en vai le montrer clairement.
Ces Animalcules foeiatdes on Colonises de Limon fe voient ordinaire»
ment comme de petites Mafles de Limon ou de Moifi, qui pendent aux
lentilles de Marais,, à l’Herbage & a la Moufle d’ Eau , comme l’on peut
voir dans a) & b) de Figure & de Grofleur naturelle. 11 fe pendent aufli
à des Créatures vivantes ; aux plus petits Limaçon* d' Eau c. i) aux Puces
d’Eau c. ï.) aux Hannetons d’Eau c. 3.) & il les exterminent à force de les
fuccer.
Je m’en vai commencer par P Animalcule à Trompette ou zChalumau , qui
a coutume de fe tenir entre les Lentilles de Marais ;d) le montre au Natu-
rel, & e) grofll par la Loupe. 11 me faudroit faire tout un Volume, Il
je vouiois décrire les Propriétés d’ un chacun en Détail, il me fuffira
donc de les deffiner au plus jufte, pour les faire difeerner au Leéïeur.
f) & g) Répréfentent les Animalcules de Limon en Forme de Majfue;
c'eft à dire qu’ f) en montre les jeunes, & g) les Vieux, & la Manière
dont iis tirent leurs Alirqens par le Tourbillon. Us habitent aufîienfem-
b'e par Colonies, & l’on en voit fouvent des centaines en un Monceau,
h) En répréfente un dans fon plus haut Point de Grofliflèment, avec
quelques Graines de Lentille de Marais, qu il a avalées & trois Points rou-
ges, dont je n’ofe déterminer l’Ufage, L’on prend fouvent les Jeunes f)
pour
T AB. LXXXVIII. de Limon connus fous le Nona de Polipes&c. ioî
pour les Animalcules ^Chalumeau , que j’ai defïinés ici bien grofîis i) & k)
& dont l’Ouverture de la bouche eft tout au Tour garnie de Pointes de
Poil. Ces Animalcules à chalumeau, ont aufo la Faculté de fe concentrer
& de prendre tout une autre Forme ; de forte qu’il faut bien faire At->
tention de ne s’y pas méprendre ; parceque
l'Animalcule 1) qui relfemble à une Cloche ou à un Gobelet , qui aauf-
fs des Pointes de Poil , relfembk beaucoup' à Celui à Chalumeau, avec cette
Différence, qu’il tient à une Queue particulière , de laquelle, de même
que l'Animalcule h Cornet, ou à Pic de Biche m) il fe peut détacher & con-
tinuer fans cette Queue fa Marche Spirale V. n).
Tous ces Animaux Colonises St les autres habitent par troupes
enfemble, comme font delfinés o) les Animalcules de la Figure des Baies
de Xcprun, & dont j’en ai marqué un Couple p) p) avec leur Façon de
nager.
Ceux que Mr. de Roelfer nornfne de la Figure d’Epinevinette qj ceux
qui reffembknt à des Neffles t) & les Animalcules à Couvercle vv) habitent
enfemble d’une autre Manière dans des Demeures compofées de petits
- Tuïaux, dont ils fe peuvent feparer r) & abandonner les Queues, f) f)
îefquelles ils peuvent audi trainer après eux 1) m) & v).
Celui qui relfemble à la Neffle change fouvent, comme on peut
voir t) u) v) & il a auffi des Pointes de Poil au Tour de la Bouche, de
même que Celui à Couvercle, lequel a la Figure d’un Citron, tant qu’il
efl fermé y). Mais quand il eft ouvert, il en fort une Efpèce de Piflille ,
lequel eft couronné d’une petite Affiette , ou d’une Plaque ovale 5 laquelle
eft pareillement garnie tout au Tour de Pointes de Po l w). Lorfque
ly Animalcule rétire un peu cette Ajfiette en dedans, l’on n’en voit que les
Pointes de Poil & l’Embouchure ronde relfemble alors, à cmc*Cnuronne cam -
panée x). Mais quand il la retire entièrement, l’on petit regarder de*
dans, comme dans un Gobelet z).
11
ïoi T AB. LXXXIX. Les Parties Microfcopiques les plus &c.
Il peut de même que les autres Animalcules-Colonîfles, s’ôter de
fa Queue en Forme de Tuïau & s’y remettre, & même la trainer après
lui, de forte qu’on la prendroit pour une Partie de cet Animal. Pour
les Pointes de Poil, qu’il a au Tour de la Bouche , il les remue avec
tant d’ Agilité & de Vibration, que les Yeux en font éblouis.
Les Amateurs qui veulent facilement trouver de ces Créatures,
n’ont d’abord qu’ à tirer hors du Verre à Conferve des Infeéles plus gros,
tels que de petits Efcargots, des Pucerons ,, des Porte~Grapes &c. & à vifxter
ceux qui ont ou fur le Dos , ou fous le Ventre ou aux Cotés , quelque peu
de Limon ou de Moifi gris attaché , ainfi que le montrent les Fig. a)
b) & c i) 2) 3), de cette Eftampe. S’ils prenent donc de fembla-
bles Infeéles aquatiques, ils peuvent tenir pour certain, que ce Point gris^
auüi bien qu’aux Lentilles de Marais, ji’eil autre Chofe qu’une Colonie
de ces Animalcules fociables, Mais il faut de la Patience, furtout avec
ics Polypes à Bouquet , ou à Fleurs. Vous avès 'beau rire, Moqueurs ! de
cette Inftruélion. Je fuis toujours perfuadé, que qui fait eonnoître une
Créature inconnue, pour donner Occafion à l’Homme de glorifier le
Créateur, dans cette Struélure auili merveilleufe que la henne, & d’ad-
mirer cette Toute puiiTance infinie, emploie mieux fon Tems,que celui
qui s’efl tué à décider l’incomparable Queilion : Dequelle Etoffe éto[t fait le
Bonnet de Nuit de Alathufalem *
TABLE LXXXIX.
Les Parties Microfcopiques les plus remarquables
du Chardon.
Quelque trille Figure que faite le Chardon dans les Terres incultes,
les Tertres, les Chemins & les Haïes &c. il n’en mérite pas moins
l’Examen & les Obfervations des Amateurs de la Phifique. Il a Nombre
de Parties très dignes d’Attention, & il efl du moins d’aiifîi belle Appa-
rance,
TABLE XC. Continuation des Particules du Chardon. 103
rance, furtout Tous le Microfcope, qu’il eft en lui même utile à l' Homme,
Cette Spme Eftampe préfénte la Copie d’un Chardon commun, qui fe trou-
ve defliné & décrit dans Tournefort. Infl. rei verb. Tom. I. Claf, ; XI/. Seci.
2. Cen. 1. & Tom. 3. Tab. 2f 3. & dont Mr, le Chevalier Linneus a fait Men-
tion dans fon Hcrt. Clif. Sous le Nom Spécifique : Carduus foliis fwuatis de-
currentibus margine fpinojis fioribus folitariis nut antibus.
11 confifte dans le Bouton de Fleury a) les Piquans qui l’environnent
b), la Queue h la Laine, d) qui fe trouve tant fur les Feuilles qu’au Tour
de la Queue, & les Feuilles avec leurs Piquans b). Je donnerai encore une
ou deux Tables fur cette Matière* Ici je me contente de dire, que c)
répréfente un Piquant ou une Epine de l’Extrémité d’une Feuille, groflî
par Nro. 1. dont la Grofleur naturelle fe trouve marquée par b) à la
Feuille. Par contre l’on voit dans e) quelques Brins groflis de la Laine,
qui tient aux Feuilles & à la Queue & qui eft marquée au Naturel par d)
L’on trouve aufii ici une Particule de la Queue coupée en Rond, dont la
Moille eft fort Spongieufe, comme celle du Sureau & du Jonc fort grof-
fie & à laquelle la Laine tient. Cette Laine, quand elle eft fraîche, paroît
toute gonfle dans le Microfcope ; Mais quand onia confidére deflechée,
fes Brins reflemblent à la Moille des Tuïaux de Plume d’Oïe, & ne pré-
fentent jufqu’ à la Pointe, que des Divifions, qui reflemblent à des
Vejfies,
TABLE XC.
Continuation des Particules du Chardon.
Voici une feule Plume de ce qu’on nomme le Pappus ou Pappo, qui orne
l'Emprion comme un Pannache, & qui fert d’Aïles à la Graine pour
la tranfporter partout. Le plus habile Pinceau ne fauroit exprimer la
Beauté des Nuances d’Arc-en-Ciel , qui y brillent, outre le magnifique
Changement en Or & en Argent. Chaque Grain de Semence eft décoré
d’un Pannache, compofé de pareilles Plumes & qui forment enfetnble une
Queue
104 T AB. XCL La Moelle de laTige & de la Queue du Chardon.
Queue de Paon. Mais chaque Plume prife individuellement, paroît être
formée ci une Quantité de Filets, Filamens, ou Tuïaux creux, fembla-
bles aux Tuïaux Capilaires de Verre, & reffemble à un Bouquet de Plu-
mes de Verre de Venifie.
La Figure a defigne de Groffeur naturelle, & c) dans le 'plus haut
point de Grofliffement par Nro o. une feule Plume de tout le
Pappus du Grain de Semence b). Cette Obfervation fe fait avec
le plus d: Agrément le Soir à la Lueur d'un Couple de Chaa-
deles.
TABLE XCL
La Moüle de la Tige & de la Queue du Chardon.
e Phificien k furtout le Botanifle ne trouvera pas ce petit Rondeau
1 1 de Moide de Chardon ^ dont la GfoiTeur naturelle fe voit a) un Objet
indigne de fon Examen. Cette Moiîle à beaucoup de Rapport avec
celle du Sureau k du Jonc, & elle reffemble à une Grille^ Rezeau, ou
Tiffu artiffement enlacé, corapofé d’ Hexagones 3 dont les Parties appro-
chent de Petites VeJJies. Il y- a au Milieu du Rondeau le Trouy b) pareeque
la Tige efl toute creufe, La Bordure eft garnie de Conduits à Seve & à
diry marqués par des Figures en Forme de Globules. Mais au dehors l’on
voit au Tour de l’Ecorfe pendre une Faine blanche très fine, dont j’ai
marqué dans la 89'lie Eftampe un feul Poil ou Brin e) bien grofii.
Or comme -ces Poils de Laine, quand ils font frais fur la Tige, font
un autre Effet dans le Microfcope, que quand ils ont perdu leur Suc,
j’en tépréfenté Fig. c) quelques uns dans le prémier Cas, c’eft à dire
frais, où leur Suc interne les gonfle & les arrondit comme des Bdiaux ,
fans qu’on y apperçoive ni Jointures ni Divifions. Mais dés que le Suc
commence à s’évaporer & à fe deffêcher, l’on apperçoit dans ie Micro-
fcope, qu’ils prennent des Jointures ou des Noeuds d) , lefquels fe préfen-
tent
TAB XCIÏ. Les Etamines & autres Parties anthériques du Chardon. io*
tent très diftinélement à l’Oeil, quand ils font tout à fait Secs. Alors
ils relfemblent, ainfi qu’il a été dit ailleurs, à la Moille fêche d’un Tuïau
de Plume ; ce que la Figure e) de la préfente Eftampe montre le plus
diftinitement.
TABLE XCII.
Les Etamines & autres Parties anth Tiques du
Chardon.
Quoi encore des Chardons ! quel Dégoût ! Oui, Leéleurs, vous avés Rai-
fon d’y trouver à dire. Mais pouvés vous me répondre, qu’il
n’y aït point de Cas dans le Monde, où il faille faire quelque chofe mal-
gré foi, pour ne pas palfeitpour greffier ou impoli ? Voilà jugement le
Cas où je me trouve. Je fuis cependant pleinement convaincu, que
cette dernière Répréfentation , que je donne du Chardon, ne fera pas
absolument fuperflue. Outre que ce font les Parties effencielles de
cette Fleur, il me femble, qu’il fera afl'és indifférent à un Amateur du
Microfcope, d’y conlidérer telle ou telle Curiofité de la Nature : D’ail-
leurs il y- a toujours plus d’avantage à examiner autant de Parties d’une
feule Fleur, qu’on en peut découvrir, qu’à fe faire un Amufement d’En-
fant à les palfer fimplement en Revue dans le Microfcope.
C’eft dans cette Vue que la Figure a) préfente encore une Fois la
Tête du Chardon, qu’on voit entière dans la 89 ne Eftampe, mais ce n’en efl
ici que la Moitié coupée par le Milieu de haut en bas, pour répréfenter
comment les Parties anthériques fe joignent à l'Ovaire ou aux Embrions .
Je crois inutile d’avertir, que la Fleur du Chardon appartient à la
Claife de celles qu’on nomme Flores Flofculi , c’eft à dire compofées de
plufieurs petites Fleurs particulières , ou qu’on dehgne aufîi par Fleurs
portant Fleurs, Ainfi la 7 'été du Chardon porte Quantité de petites Fleurs ,
répréfentées par f) g) h) i).
O
Chacune
30 6 TÀB.XCIL Les Etamines & antres Parties anthériques Chardon.
Chacune de ces dernières eft encore compofée de plufieurs Parties,
lotit comme les grandes Fleurs , c’eft à dire d’un Calice, d’ Anthères , d'un
Pifiille^ de Filamens,de Poujfiere anthérique ou jecondmte & de Fruit.
11-y-a fur l’Embrion ou le Fruit Quantité de Poils fins & îuifans, qui
environnent le Pifiille & forment le Papous, dont la Tab. XC. répréfente
un feu \ filet. Je m’en vai donc rendre tout cela plus clair par l’Explica-
îiorï de cette 5>2:ne Eftmpe.
a) eft une leur flofculeufe de Chardon coupée en long par le Milieu,
pou-r montrer les Flofcules qui tiennent enfemblc a), fe joig-
nent à l’Ovaire b),
e) £c d) font deux des Epines qui environent r Ovaire par dehors,
deftinêes un peu au de là du Naturel, dont l’une cj fe préfente
par dehors &: l’autre d) par dedans ; tandifque e) la fait voir
un peu plus grollie par Nro fi. La vue de ces Epines me fît
dire en moi même : 11 faut bien que ces pauvres Chardons foient
les Favoris de la Nature, puifqu’elle en préferve & garantit îe
Fruit avec tant de Soin &par des Paliftàdes fi piquantes, j’ai
répréfenté dans f) g) h) i) quelques unes des petites Fleurs
qui compofent la Tête du Chardon, telles que la Loupe ou îe
Verre oeconomique les font voir par dedans & par dehors 3e
félon toutes leurs Parties, Le Calice eft entrecoupé cinq fois
en forme de Couronne, dont les coupures defeendent, jufques
vers îe Tiers. C’eft là qu’eft le Pifiille lequel eft encore envi-
ronné de 4. Anthères jointes enfemble h). Il pénètre jufqu’
au Fruit Y) & eft entouré du Pappus k) Tout cela fe préfente
encore plus diftinélement dans le haut Point de GrolîifTement
par le Nro 1. du Verre Anglais contenu dans cette Eftampe.
Poiés m) n) o).
Dans ce Calice découpé en forme de Couronne m) l’on voit des
Millions de Globes à Sève, qui reifembient aux Globules de Sang. Les An-
TABLE XCIIÏ. Ecaille d’Anguilte. i 07
thères n) font pareillement pleines de ces Globules à Sève , St Ton y voit
fort diftinélement les Grains de Pouflière anthérique, de même qu’au
Piftille 0) ainfi que je les ai très clairement copiés d’après le plus hau-t
Point de Groffiffement p) & que j’ai trouvé être des Boules rondes gar-
nies en tout & par tout d’une infinité d’autres Globules plus petits St
armés de Pointes très fines. Je n’ai jamais pu voir PouJJière anthérique
ou fécondante auffi bien St auffi clairement que celle-ci. Et je fuisper-
fuadé queees Globes p) contiennent des fubflances huîleufes St d’autres
fluides, lefquelles crevant lorfque les Globes p) fe font joints znP.ftilleo)
qui eft l'Organe de la Fécondation , la Sève pénètre par les Pores du Pi.
ftille 6) & k) pour procurer à l'Lmbrio.n 1) fon entière Groffeur, £à Ma-
turité & fa Perfeélion.
TABLE XCÎIÎ.
Ecaille d’ Anguille».
Quelle Bénédiction pour nous autres Chrétiens ! que le Juifs ne man-
gent point d’Anguilles comme nous en mangeons ! L’on devroit
fe faire Confcience d’apprendre à ce Peuple reprouvé, que l'Anguille a des
Ecailles & qu’elle ne fauroit être mife au Nombre des Poiÿbns dont Moïfe
a deffendu rUfage aux Enfans d’Ifraël dans leChap. ii.v, 10. du Leviti-
que St dans leChap. 14. v, 10. du Deuteronome.
Car fi les Hebreux fe mettoient à manger ejes Anguilles, ils les fe-
roient certainement enchérir de la Moitié.
Mais eft-il bien Jdr que l'Anguille ait des Ecailles ? me demanda, il - y - a
quelques Années , un de mes Amis ; à qui je répondis qu’ Oui , fondé
fur les Ecrits de Lewenhoeck *. Mais un Jour qu’il m’invita à manger
un Pâté d’Anguilles, il me prouva le contraire. Je demeurai du de-
puis dans une Incertitude léthargique là deffus, n’aïant ni le Tems ni
O a l’Occa-
* Ontledtngen en Ontdekkingen van de onfigtbare verfcorgenthsndc St:, tôt Lcydea
168 s. pag.49.
icg TABLÉ XCIII. Ecaille d’Anguille.
l’Occafion d’en faire des Recherches exaéles. En un Mot je n’ypen-
fai plus.
Mais le Hazard m’aïant mis il - y - a quelques femaines , entre les
Mains une Vieille Peau d’une Anguille de deux Livres ; ce Rencontre
m’a rappelle' la Difpute que j’avois eüe avec mon Ami en mangeant fon
Pâté,
J’entrepris donc d’examiner curieufement cette Peau, pour voir fi
elle avoit des Ecailles ou non. D’abord en l’Examinant en Bloc, je ne
pus rien appercevoir, qui eût du Rapport avec C Ecaille .
Il me vint dans la Penfée, que /’ Anguille pourroit bien n’avoir pas
été' a des groiTe ; puis je pris la Loupe ; mais avec auflî peu de Succès;
jufqu’ à ce qu’enfin j en mis un Morceau de la Largeur d’un Pouce fous
le Microfcope compofé de Mufchenbrock, quoique ce ne fût que par le
î>Tro 6. qui elt bien le moindre Grondement, pour examiner tout à la
Fois ui\e fi groiTe Pièce, j’y vis cependant plufieurs Raies, qui alloient
de Tort & de Travers, Fig. b) & ce là me fit conjeèïurer, qu’il pourroit
y avoir une Peau qui couvrît toute la Couche d’Ecaiiles *.
Mon Idée ne me trompa point. Car aïant laide un peu de Peau une
Heure dans l’Eau, l’aïant enfuite raclée avec un Canif, & puis aïant expofé
ce peu de Peau avec la Loupe à la Lumière, je le vis couvert de Taches
brunes & de petits Points c). Pour la Couleur, elle êtoit Paille. QueL
que peu que je fuife fatisfait de ce Speétale, je ne laidai pas de pouder
ma Pointe. Je îe retrempai dans l’Eau , & l’en aïant reforti au Bout
d’une Heure, & l’aïant purgé du nouveau Limon, qu’on y voïoit ; je
découvris enfin les petites Ecailles, qui faifoient reifembler ce peu de
Peau à un Morceau d’Yuoïre blanche d). Que il on laide un peu fêcher
cette
* 1. w -nhoeck a pris :ss Raies qui vont à Tort & à Travers, pour des Vaiffeaux nés
fins, qui font tout Je Volume de !a Peau visqueufe extérieure. C’«n font auflî,
St tout Amateur peut le découvrir par le Gro/Mement.
T. XCIV. Obfervations mierofcopiques,faites fur des Langues &c io?
cette Peau , les Ecaille i s’en lèvent d’clles-mémes en l’Air, fans que
pourtant on les en puiffe tout à fait détâcher , fans les rompre
on déchirer ; il faut plûtôt les mettre encore humides ou mouillées
entre les 2. Verres du Porte-Objet , afin de les y pouvoir étendre ; car
autrement elles fe recourbent comme de la Corne. Le Leéleur verra
a) une de ces Ecailles d’Anguilie de Groffeur naturelle, & e) telle que
mon Nro 1. me 1’ a fait connoître , couverte d’une Infinité de gros &
petits Eculfons de Figure ovale. Voilà donc Lewenhoek jufiifié , mon
Ami vaincu & avec lui tous les autres Adverfaires, & Preuve fuffiifante,
que l’Anguille n’eft pas du Nombre des Poilfons deffendus dans le 3. &
5. Livres de Moïfe. Si l’Anguille eft un Manger fain, ou non ? C’efi: ce
que je lahfe à difeuter à ceux , qui font obligés par Etat à décider de
pareilles Queftions,
Pour moi à qui elle n’a jamais fait mal, fi l’on venoit aujourd’hui à
me faire Préfent d’une , je nVembarralferois fort peu de la Superflition
judaïque, & encore moins renverrois - je un Morceau aufli cher & aufli
friand.
TABLE XCIV.
Obfervations microfeopiques, faites fur des Langues
de veau & de Boeuf.
Malpighius ** m’ a fourni l’Occafion d’examiner par le Microfcope
la Langue cet Organe du Goût , & j’y ai trouvé tant de Parties re-
marquables, que je ne faurois les placer toutes dans cette Partie de mes
Amufemens, mais que je referverai pour un Temps plus commode &
pour une autre Occafion **.
je ferois charmé de pouvoir fuivre l’Avis amical, qui m’a été donné
dans la 3. Partie des gefeUfcbaff'thcben Erzaehlungcn Contes familiers) lequel
je reçois avec bien des Remercimens, & ne faire aucune Mention des
O 3 Ecrits
* Marcel Malpig. Exercit. Epiftolica de ling. 1664. in Oj*er, Malpighii,
* * Voies Tab. V 111. de la 3. Partie.
si o TÂB. XCIV. Obfervationsrmcrofcopiques, faites fur desLangues
Ecrits des Sçavans, pour me renfermer uniquement dans les Operations
microfcopique-s. 7
Mais me voïant à la Fin de ma 2mc Partie ; je ne fuis pas bien aife
de changer de Méthode ; & dans la “Suite je ne donnerai plus à quelques
Leéleurs dequoi fe plaindre de moi, Car j5ai Quantité d’ Amateurs de
Confide'ration, qui étant fans Etudes, ne font pas fâchés de trouver dans
ces Feuilles quelque chofe du Régné de l’Erudition, qui fût à leur Por-
tée & leur fît connoître les Caufes de certains Effets , pour en avoir
d autant plus de Sujet d’en louer & admirer la Sageffe & la Toute-puif-
fance de Dieu. Cependant pour faire voir efficacement le Cas, que je
fais de ce bon Avis, j’ai déjà commencé dans cette Pièce, d’examiner
autant qu’il m’a été poffiblc les Obfervations de Lewenhoeck, &deMai-
pighius, en laiffant au Public impartial à juger, qui des Anciens ou des
Modernes, méritent la Préférance, & à prendre la Peine., de confronter
& de comparer les Ecailles à* Anguille de Lewenhoeck, & les Deffeins des Lan-
gues de Malpighius avec mes Eftampes $ 3.94. & la fuivante.
Ainfi pour tâcher de fatisfaire tout le Monde, je m’en vai dire deux
Mots des Caufes du Gont avant que d’ entrer dans l'Explication de la
94ms Eftampe.
La Langue confifte en differentes Pièces , & il-y-a deux manières de
l’examiner ; 11110 par fes Parties externes ; 1^° par les internes ; l’une &
l’autre font d’excellens & dignes Objets pour le Microfcope, & donnent
affés d’Occupation aux Amateurs de la Phifique.
Suivant la première Obfervation, l’on voit fur la Surface de la
Langue { je parle de Langues de Veau & de Boeuf) trois fortes de petites
Eminences , reffemblant à des Crochets, à des Verrues, & à des Champi-
gnons, On les appelle Papilles .
Celles à Crochets couvrent pour la plupart le Bout & la plus grande
Partie de la Langue , & l’on en fent ï Elafticité & le Gr alignement , en
paffant feulement la Main depuis la Racine de la Langue , jus-
qu*
TABLE XCIII, de Veau & de Poeuf. nx
au’ au Bout. J'en donnerai la Caufe avec plus de Détail, quand j’en dé-
crirai la Figure,
Les PapHJes ronds ont leur Siège, au Milieu, aux Côtés & même à la
Peau du deflbus du Bout de la Langue ; de forte que parle Microfcope,
ils reffemblent à des Champignons ; & il ont toute la Surface couverte
de petits rares. Sur le Derrière, vers la Racine de la Langue, eft la troifiè-
roe Efpèce , affés differénte des deux premières, & enfoncée dans un
Anneau, qui forme comme une TafTe tout au Tour. Elles femblent être
formées de Cinq Feuilles ou Parties, comme une Rofe fermée, & elles
ont une petite Enfonçure au Milieu.
Voilà ce que refiemble la Peau fuperiéure ou le Seran de la Langue.
Dés que l’on ôte celle-là, on trouve la Peau gluante dans laquelle Ion
peut voir les Conduits vers les Pointes en Forme de Cornes. Au deffous
de celle ci, il y en a encore une autre, en Forme de Réfeau & tranfpa-
rente, aïant beaucoup de Rapport à la Subfiance pelliqueufe du Citron
& de l’Orange, Après celle ci vient une Pellicule mince & délicate entre-
lacée de très petites Venes ; & enfin vient la Chair compofée de Fibres,
de Nerfs & deMufces ; laquelle eft autre au Bout, autre au Milieu, &
autre au Derrière de la Langue .
Tous ces Organes fervent pour la plupart à procurer le Goût , quoi-
qu’il y en ait qui caufent les differens Mouvemens, Plis & Tournemens
de la Langue. Car que nous goûtons , & éprouvons tant de Diverfité
dans les Goûts, cela vient des Papilles & du Suc, qui eft caché en elles &
qui délie les Corps, que nous portons fur k Langue.
Or comme le Goût ne vient que du Tafl ; de même que tous nos
autres Sens, qui femblent fe réduire tous à un, qui eft le Sentiment , aulîi
eft ce par le Taü , que les Se!s opèrent le Goût fur k Langue.
Tout Corps, qui n’a point de Sel, lorsqu’il eft diffous, ne fait pas
plus d’Eftetfur 1% Langue, qu’il en fait fur la Main & furies autres Parties
ii2 TAB.XCIV. Obfervations microfcopiques, faites fur des Langues
de la Peau. Nous difcernons à la Vérité le Poids, là Preffion, la Dou-
leur, laFineffe, la Dureté & la Rudeffe, le Froid, le Chaud &c- Mais
dèfque les Corps faleux touchent nôtre Langue , il en naît ce Senti-
ment, que nous nommons Goût & qui elL different de tous les autres
Tacts ,
Mais cela ne vient pas du Selfeul; car l’Humidité qui eft dans les
Papille* de nôtre Langue, & que nous appelions Salive y a aufîi Part.
. Car qu’on mette fur la Langue un Morceau fec de Sel, d’Alun, de
Salpêtre &c. l’on îj’en fentira le Goût, que lorfqu’ il fera forti de la Lan -
gue autant de Salive , qu’il en fayt pour le diffoudre, & pour pénétrer
enfuite les Pores de la Papille.
Que les Sels aient des Particules fi extraordinairement petites, qu*
elles puiffent .s’infinuer dans les moindres Ouvertures, c’cfl: ce que nous
ont appris les Obfervations microfcopiques, que nous avons faites juf-
qu’ ici fur la Diffolution de differens Sels.
Plus il s’en dilfout de tout le Corps, plus 'il en peut entrer dans les
Papilles , & plus le Goût eff fort.
11 y en a qui croient, que ce font les differentes Formes & Figures
des Sels, qui caufent les Changemens & la Diverfié des Goûts ; mais les
Sels n’operant, que quand ils font diffous, & dans la Diffolution ne con-
fervant d’autre 'Figure, que des Particules entièrement Ovales, tant que
la Diffolution efl fluide ; d’ailleurs le Sel mort & infipide confèrent fa
Figure ; il y- a Lieu de douter de la Vérité de cette Opinion *.
Les Sels opèrent différemment fur la Langue & dans les Papilles , c’efl
à dire, ou fur une feule Partie » ou ils prennent toute la Papille ; & ainfi
ou ils pénétrent outre en outre jufqu’ aux Nerfs , ou ils ne font que ré-
tirer la Surface. S’ils pénétrent jufqu’ à 1a Racine des Nerfs , l’on fent
une
• Prin. lin, Phyfiolog. Cap. XV, de Mr, de Haller,
TABLE XCIV. de Veau & de Boeuf* 11$
une Douleur jointe au Goûr. En Revange le Goût eft beaucoup plus
doux, quand il n’y-a que la Surface de la Papille de pénétrée.
Or il eft palpable que tout Goût ne pénétre point jusqu’aux Nerfsy
en ce que fouvent il pafle bien-tôt ; mais & s’il alloit jusqu' à la Peau
des Nerfs $ il feroit bien de plus longue Durée.
,, Ou, pour m’exprimer d’après d’excellent Hamberger , P Operation
M s’en fait ou extérieurement, ou intérieurement.* Extérieurement
„ par /jdhéjion, lorsque les Particules de Sel ne s’attachent qu’à la Peau
,, de la Langue , & intérieurement, lorsque s’êtant mêlées avec la Salive,
„ elles retirent les Foffettes en Forme d’Anneau des Papilles nerveu-
j, fes. Car alors la Papille devient plus courte & plus petite & le Nerf
,, fe retire & fe bande, ce qui doit naturellement caufer plus de Senti-
„ ment.
Mais les Goûts ne font pas les mêmes dans tous les Hommes ; car
il eft autre dans les Enfans & autre dans les Adultes & les Gens avan-
cés en Age. C’eft ainfi que les Prenneurs de Tabac, les Buveurs deVin,
de Bierre & d’Eau, ne refîentent pas non plus le même Effet de ce Sens*
L’on dit en Proverbe: De guftibus non eft dijputandum. A l’un on
peut facilement tout trop faler , & à l’autre jamais aiîés. Ainfi ce qui
ragoûte l’un, dégoûte fouvent l’autre,
^ •
Il eft encore Queftion de favoir, quelle Partie de la Langue eft la
plus affeftée par le Goût, Je n’ai Garde de rapporter ici toutes les dif-
ferentes Opinions, qu’on a là deffus. Je me contente de dire en peu de
Mots, qu’après bien des Experimens il s’eft trouvé, que l’Affeélion eft
plus forte au Bout de la Langue & de plus de Durée au Milieu ; c’ eft
ce que Hamberger a fouvent exprimenté avec des Tu'iaux Capilaires fur di-
verfes Perfonnes , auxquelles il mettoit une petite Goûte d' Fjfence de
Pinpimlle ou d’Arcanum Tartan , fur la Racine, le Milieu & le Bout 'de la
P Langue y
* D. Geo, Erh, Hamberg, Phy fiol medic, Jcn, 1751. C, XI, Seû, II.
ii4 TAB.XCIV. Obfervationsmicrofcopiques, faites fur des Langues
Langue^ lesquelles font toutes demeurées d’Accord, que le Goût avoit
été plus fort au Bout & de plus longue Durée au Milieu. Différence,
qui ne peut s’attribuer, qu’ à la differente Struéhire des Papillis.
Enfin il eft certain que le Goût varie extrêmement ; je ne ferai Men-
tion que des plus ordinaires, qui font
i) l’aigre, 2) l’alkalique, 3) le falé, 4) le doux, 5) l’amer,
6) Purineux, 7) l’Epicé, S) l’âpre, y) le rude, 10) le cor-
rompu, u) le mort, 12) le fpirîtueux & tant d’autres.
La charitable Nature en a fait une fage Diilribution , principalement a-
fin que le Bétail eût le Moïen de difeerner les Alimens, qui lui font pro-1
pies d’avec ceux, qui lui font nuifibles. Et voilà aufii pourquoi, il a
des Papilles beaucoup plus groffes & plus fortes, que nous autres
Hommes. D’où il refaite que le Goût des Animaux eft beaucoup plus
fort que le nôtre. Et de là vient, qu’ils ont des Langues fi dignes d’Ad-
miration, puis qu’ils mangent des Herbes , & des Racines, dont les Par-
ticules de Sel font les plus mordantes. Quelle Toute-puiffance ! quelle
Profondeur -de la Sageffe divine, ne nous éclairé, t- elle pas dans cette
feule Confédération!
Quel mille ri eux Laboratoire de Chimie, quelle furprenante Fabri-
que d’Elemens, s ouvre-t-elle ici à nos Yeux ! llclas ! nous n’en pou-
vons voir que l’Hombre ; car du Refte comment il eR poffible. que la
Salive ou f Humidité qui fort des Papilles, délie fi promtement & en
moins de rien les Parties faleufes, pour les faire opérer fur toute la
tangue ? c’ed ce qui fera toujours un Millère caché à nos Yeux, & qui
nous fait écrier.
O quantum efl quoi nefeimusf
Aveu, qui ne doit faire Honte à aucun Mortel.
Expli-
TABLE XCIV. de Veau &c de Boeuf. n$
Explication de la XCIV. Table
Fig. A) re'preTente une petite Langue de Veau bouillie , fiir laquelle on
voit a) les Papilles qui font à la Racine de la Langue, vers les deux Cô-
tés du Foramen coecum , & qui font comme entourées d’un Foffé ; Elles
ont Parties en Forme de Feuilles comme une Rofe fermée & au Milieu
une Enfonçure marquée, telle qu’on montrera groffie dans la 98me Eftam-
pe, qui fuit Fig. I. Elles s’étendent fur la plus grande Partie de la Lan -
gue jufqu’ à. e) ; puis fuivent les Papilles à Cr-ochets , ou relfemblant à un
Seran b) que fig. a) répréfente au Naturel & B) groffies. c) Répréfente
la fécondé Peau avec les Trous, où tenoient les Crochets « Pour d) c’eft
la troifième ou la Subfiance réticulée , dont on voit Fig. C) un petit Bout
fort groffi. Et e) fait connoître la quatrième Peau & la plus fine ; mais
qui eft très difficile à feparer de la Chair , Elle eft entrelacée des Vcnes
les plus délicates & les plus déliées ; & .c’eft fur le Bout de la Langue, qti’
on apperçcit la troifième Efpèce de Papilles en Forme de Champignon,
Je la répréfenterai auffi dans l’Eftampe prochaine dans fon Groffif-
fement.
Fig. B) eft le Groffiffiement d’un petit Morceau a) du Seran d’une
Langue de Boeuf fraîche, lequel on a coupé perpendiculairement avec
un bon Rafoir, auffi mince qu’on a pû, en prenant cependant un peu
de Chair ib) marque les prémièrcs Papilles à Crochet, qui grattent quand
on paffe la Main deffus Elles reflemblent à des Dens de Cochon, &
elles font fort élaftiques, de là vient qu’elles ne fe caffent point, quand
meme on les frotte à Rebours avec la Main } mais qu’elles fe redreffient
tout auffitôt que la Main a paffé.
C) Defigne le Milieu de ces Papilles à Crochet ou leurs Tuïaux, qui
enfoncent plus de trois fois autant dans la Peau, qu’elles fortent fur La
Surface. Ces Tuïaux font très tranfparens & clairs ; mais en bas vers
leurs Racines, l’on voit de petites Vénes d) y monter de dedans la i hair.
Peut-être eft-ce ces petites Fines qui font que l’Extrémité de ce s Papilles
P 1 h Cro~
x
né T AB, XCiV.Obfer varions microfcopiques, faites fur des Langues.
a Cbrocbet paroît fouvent rouge comme du Sang, & peut-être font elles
les Organes qui préparent, & qui conduifent jufqu’ aux dernières Poin-
tes des Papilles cette Seve, qui opère le Goût & produit la DifTolution
des Particules de Sel. Enfin elles tiennent en bas à la Racine par Nombre
de Filarnens, de Nerfs & de Fibres très déliées e) & f) que l’on peut
fort bien voir & diftinguer ça & là dans la Chair & à de petits Mufcles»
en Partie par des Enlacemens & des Arcs ferpentens, qui fe furmontent
les uns les autres, en Partie s’entortillant à Tort& à Travers très confu-
a
fément les unes dans les autres. ,
Fig. C) fait voir un petit Morceau fort groffi de la Peau en Forme de
Jiézeau, dont la Gr odeur naturelle efl e) & que j’ai examiné par Nro 2.
du Verre Anglois. C’eft la Peau à laquelle tiennent les Racines des Pa-
pilles c) de la Fig. B. J’y ai vû deux fortes d’Enfonçures , grandes & peti-
tes les Grandes a) font les Cavités qu’y ont laifsé les Papilles , quand on
les en a arrachées ; les Petits b) je les tiens pour les Pores. J’ai encore
remarqué très difiinélement quelques Papilles d Cbrocbet 5 dont l’Ecorce
brillante de dehors, s’étoit levée avec la première Peau de Langue, c)
Elles refiembloient à des Cornes de Boeuf, dont on auroit aüfii ôté la
première Ecaille. L’on pourra me demander encore, Ji les Papilles en
Champignon n’ont peint laijfé de Trous après elles ? J’avoue, que je n’oferois
affirmer pofitivement cette Queftson, Puisque, au Lieu de Trous, j’ai
vû plûtôt des Eminences , caufées par la Peau de leurs Têtes, qu’elles y
avoienf îaiffée. Cela me fait conjeéfurer, que les Papilles en Champignons
tiennent par leurs Fermes ou Tètes charnues ferme aux Nerfs, auxquels
elles font attachées, & qu’elles n’en abandonnent que la première Peauj
comme l’on peut clairement apperçevoir par les deux Peaux de Papille d)
d). Si le Leèteur vent fe donner la Peine d’examiner de plus près ces
Morceaux par le Microfcope folaire, je lui en promets d’avance des
Fruits très agréables. Les Papilles d Crochet fe préfentent tout autres à
la Paroi blanche Sr l’on reccnnok beaucoup mieux leur Stru&ure , qui
jparoît compofée de Millions de Globules. Je les ai moi même le mieux
< 4 . ' &
T. XCV. Continuation des Obiervations, faites fur la Langue &c. 117
& le plus diffcinéïement examinés par Nro du Verre Anglois , dans
un Eloignement de à 6. Pas, de la longueur de 4. Piès & d’un de Lar-
geur. C’efl là qu’on peut découvrir bien des chofes, qu’on ne fauroit
rendre ni par la Plume ni par le Burin.
TABLE XCV.
Continuation des Obfervations, faites fur la Langue
de Boeuf,
Pour pouvoir mieux montrer le Sie'ge des Papilles en Champignon, voi-
ci un Bout de Langue fraîche préfenté par deflus & par deffous.
La Figure D) fera connoître comme ces Papilles ou Verrues font plantées
en trois Files prèfque tout au Tour de la Langue, tant par deffus, que,
fuivant Fig. E) par aelfous. J’ai bien auffi marqué les Taches noires
parfemées ça & là ; mais je ne puis déterminer d’où elles proviennent.
Pour reconnoître tout cela plus clairement, l’on voit Fig. D) dans a) les
Papilles d Nerfs , dans b) les Taches noires, dont je ne fais ni 1 Origine ni
le But, c) font les Fibres les Nerfs , qui font d’abord au deffous de la
Première Peau, & qui forment comme un large Ligament de Nerfs , au
deffus de la Chair de la Langue d). Fig. E) préfente la Partie toute unie
du Deffous du Bout de la Langue e) avec les Verrues ou les Papilles en
Champignons f) tout à l’entour.
Fig. F) répréfente le Ligament de Nerfs groffi par la Lentille de
Streicher Nro 6. avec les Fibres de Chair & les petits Mufcles, qui font
entre deux ; comme auffi les Papilles en Champignon g) &c les Nerfs h) ; le
tout examiné par le Microfcope compofé.
Nro. I.) efî une Papille de la Partie du Derrière k de celle du Mi-
lieu de la Langue, pareillement examinée fous le Microfcope de Mar*
fehaî, dont la Grolfeur & Figure naturelle fe voit a) & fon Groififfement
par Nro 3. b). J’ai déjà remarqué, que cette première Efpèce de Papil-
P 3 le
iî8 T.XCV. Continuation des Obfervatioras, faites fur la Langue &c.
les reftemble aux cinq Feuilles qui renferment le Bouton d’une Rofe, les-
quelles font au Milieu une petite Ouverture & qui ont une petite Folfe
tout au tout, dans laquelle, les Papilles s’enfoncent. Voila ce qui doit
faire, que le Sentiment des Particules de Sel dilfoütes, qu’ elles attirent
par leur Mouvement attraélif, ou le Goût , dure plus Icog tems que dans
les autres Verrues, qui font au Bout de la Langue, tant delfus qwe def-
fous.
Nro II.) font au contraire les Ferrites en Champignons ou les Papilles
à Nerfs, qui fe trouvent mêlées au Bout de la Langue parmi les Papilles à
Crochets. Dans b) elles fe préfentent de Groffeur naturelle , avec leurs
Nerfs e) lefquels d) & e) font voir Groffis. Chacune a fa Tête de
Verrue f) f ) f ) laquelle eft comme criblée de Pores, & elle a fon Nerf
particulier. Toutes les trois & même quelque fois 4. & f. Portent de
la même Tige principale, qui fe perd dans la Clair de la Langue, & qui
a, comme l’on vient de dire, les fêtes de Ferme fur fes Rameaux. Ces Ver-
rues & leurs Nerfs cachés fous la Peau ne s’obfervent, qu’avec bien de
la Peine & de la Patience. C’eft ici qu’il faut ufer d’Induftrie. Souvent
tous les Microfcopes n’aboutiifent à rien. Le Mierofcope en Forme de
Compas et le Compofé rendent de bons Services, dès qu’on a eu le Bon-
heur de féparer de la Chair ces Fermes avec leurs Nerfs. Mais pour les
voir dans la Chair au travers de la Peau , il ne faut que la Main & un
Verre Médiocre, tel que Nro 4. Avec cela l’on fe tourne en plein Jour
vers la Fenêtre ou de Nuit vers la Lumière ; l’on coupe un bon Mor-
ceau de Chair de la Langue, de la Fefan.teur de quelques Onces , & après
en avoir tiré la Peau, on l’examine d’aufli près qu’on y peut parvenir par
la Lentille & par la Main. Je donnerai d’autres Eciaircilfemens dans
quelque autre Endroit. *
TABLE
* Dans la 3. Part. Tab. VIII. & XX.
TABLE XCV. Conclufion des Obfervations fur la Langue. 119
TABLE XC VI.
Conclufion des Obfervations fur la Langue.
près avoir fait voir par dehors la Peau aux Papilles delà Langue, au-
XjL tant que l’Efpace l’a pu permettre ; qu’il me foi t permis de la
montrer par dedans, en quoi elle ne donnera pas un Speéfale moins
agréable à voir. Il faut pareillement de l’AddrelTe, pour y trouver les
Couleurs, que j’y ai répréfentées. La Peau une Fois feparée de la Chair,
ce qui eft bientôt fait dans une Langue de Boeuf cuite , l’on peut exa-
miner un peu la Langue écorchée. Et combien d’Objets dignes d’Atten-
tion n’y trouvera pas un Phificien diligent ? Il y verra des Centaines de
Tuïaux ou de Verrues Couleur d’Argent, plantées à la Ligne ; cela fait, il
pourra palier plus avant dans la Chair & confidérer cette admirable
Structure de Fibres, de Nerfs & de Mufcles. Cependant la Peau aux
Papilles , fe delïechera un peu & deviendra propre aux Obfervations.
Quand elle paroît brun-noirâtre, on la met pareillement contre le Jour ;
d’abord on regarde le Dedans de cette Peau avec une bonne Loupe
Nro & 4. laquelle en tient un peu élevée afin qu’on puiffe , par le
Moien du Verre, confidérer les Trous par dclTous, Voilà pourquoi j’ai
deffiné & répréfenté ici cette Peau tournée par en haut & par en bas,
ainfi qu'elle préfente fon Dedans des deux Façons à travers le Micro-
feope.
Fig G) la montrera donc la Pointe en bas, de la Façon qu’elle fe
préfente à l’Oeil nud avec fes Papilles, fes Pores, & fes Taches noires,
avec une Rangée de Papilles à Crochets a) la Pointe en l’Air.
H) en efi: un petit Morceau, qui fe préfente I. groffi par Nro. 4. avec
quelques PapiHes à Crochets a\ Aïant apperçu ces Verrues à Crochets
en Partie caifées, j’ai crû, qu’il ne feroitpas hors de Propos, d’en répré-
fenter les Bouts h de les faire connoître fous tout une autre Figure,
qu’elles ne paroilfent dans l’Eftampe 94. Fig. B. J’en vis donc ici com-
me
• /
no TABLE XCVÏL Parties microfcopiques du Caffée.
me une Haie ou Bande blanche & large, dont la Peau n'êtoit point tran-
fparente, parce quelle étoit bouillie, voi b). Les unes étoient entières, c)
d’autres n’avoient perdu que la Pointe d) le Relie étoit tout mutilé, &
il y manquoit plus de la Moitié e), C’eft en celles-ci que je remarqua?,
qu’elles étoient creufes, à moins que l’Ombre ne m’eût trompé, & qu’il
ne s’y fût mêlé quelque Fallace Optique. Car dans le Milieu je ne vis
point de Tuïau qui allât d’outre en outre ; mais je vis feulement en
haut une Tache noire ronde, qui s’enfonçoit dans l’Ombre & qui ref-
fembloit parfaitement à un Trou. Dans f) la Peau efl defiinée par de-
dans avec fes Pores ; fur laquelle font g) les gros Trous des Racines des
Papilles en Champignons \ dont les Prémières m’ont paru fous leMicrofcope
de Figure Ovale, & de Couleur moitié Or, moitié Orange, & les fécondés
rondes & brun-jaunâtre. Que l’on tourne cette Peau de forte qu’on en
tienne la Pointe en haut, ainfi que montre Fig. L. Les Trous des Pa-
pilles fe préfentent aufii à rebours & la Couleur d’Orange & de Feu , qui
fe voioit en bas fe voit ici en haut , tandisque la jaune fe préfente à la
Moitié inférieure de ces Trous I). Les Trous des Verrues rondes en Cham-
pignon K) demeurent brun -jaunâtre. Ces Couleurs peuvent s’attri-
buer avec certitude aux Raïons delà Lumière, & de là. on peut inférer,
que fi les Papilles a Crochets ne font pas creufes, elles font du moins bien
tranfparentes, puisque le jour les peut tellement pénétrer. Si le Bout
de la Langue K) a été répréfenté par dehors, ce n’a été que pour le faire
voir aulîi de ce Côlé là ; mais fi l’on en veut voir les Trous, comme ceux
de la Fig. L. il eft naturel, qu’il faut auffi le faire par le Dedans, & en
tenir la Pointe élevée, ainfi qu’il a été dit,
TABLE XCXVIÏ. & XCVIII.
Parties microfcopiques du Caffée.
Le Leéleur pourroit-il trouver mauvais, qu’avant que de finir entiè-
rement cette fécondé Partie, j’aie l’Honneur de lui fervir le Caffée ?
Et
T ABLE XCVII. Parties microfcopiques du Cafféei ni
Et n’obligerai- je abfolument qui que ce Toit, en Juifaifant voir comment
eft conditionné le Fruit, dont on lui prépare une Bojffon û agréable ? Je
ne veux p*s cependant croire, que ceci donne à Perfonne Sujet de mér
prifer ce Neétar ; ainfi que vouloit faire dernièrement une jolie Dévote,
lorsque je lui racontai ou le Caffée croiffoit, Helas,. cher Çoufin, me di-
foit elle toute effraiée , ckés des Cens noirs ; eh ce font des Turcs qui mangent-
les Blancs ! Dieu me préferve de boire â l’avenir du Caffée ! Je brûlerai de l’Orge
c$ des Amandes enjemble, & ainfi je /aurai que reprends du Caffée chrétien. Mais,
entre nous , elle fît comme cette Femme , qui étant pour la prémière
Fois en Travail, vouloit abfolument, que l’on fortît de la Chambre les
Chauffes de fon Mari ; mais qui, heureufement délivrée d’un joli petit
Garçon, changea à l’Inftant de Sentiment, &c fe mit à crier à fa Servante,
qui etoit occupée à executer fcs Ordres : Pour le Coup vous les pouvés bif-
fer là. Quant à nôtre Caffée , nous lui faifons une Efpèçe d’injure de le
qualifier de Fève, Il n’en a que quelque petite refTemblance ; car
même-faConflitution intrinféque eft fort differente de celle de la fève, ainfi
que je ferai voir plus bas.
U-y-a dans plufieurs Jardins confidérables de l’Allemagne Quantité
d’Arbres ou plutôt d’Arbriffeaux de Caffée. Dans le magnifique Jardin
de Monfeigneur la Marggrave de Bayreuth feul, il y en a je fai combien
de très belle Apparence ; c’efî: auffi de là que j’ai eu le Rameau, que j’ai
deffiné ici d’après Nature ; mais il étoit fans Fleur. Ce Deffein montre
tout diftinélement la Fleur, le Fruit & les Feuilles comme autant de Pro-
- ■ . . ' ' ' ' - ■ ■ • • *
priétés particulières au Caffée. L’Arbriffeau eff verd non feulement tout
l’Eté ; & tout l’Hiver (chés nous dans des Serres; mais en Arabie, enPerfe
8c dans les Indes en pleine Campagne) mais il porte auffi fur fes Ra-
meaux toujours Fleurs St Fruit enfemble. Autre fois cet Arbre n’étoit
connu que dans le Roïaume d’ Terne dans l’Arabie hûreufe, & furtout aux
Environs de la Mêque ; mais aujourd’hui l’on nous en apporte de Bata-
via, de la Martinique, de S. Domingue, de Bourbon Scd’autrres Iles, où
il
I
itî TABLE XC VII. Parties micrôfcopiques du Caffée.
il croît en pleine Campagne, & dont 1 Arbre y pouffe fa Tige jufqu’ à 40.
Pies de haut, tandis que parmi nous elle parvient à peine à 6. Sa Groff
feur peut avoir dans ces Pais là f . Poûces de Diamètre ; mais dans nos
Jardins, elle n’en a que deux. Cette Tige eft garnie jusqu’ à la Cime de
Rameaux, qui croiffent vis à vis les uns des autres en Forme de Croix,
Les Feuilles ont auffi beaucoup de Rapport avec celles du Laurier , &
elles croiffent auffi feule à feule. C’efl entre ces Feuilles que fe préfen-
te la Fleur ; qui eft blanche & reffemble au Jafmin. Elle a cinq Etamines
avec leur piftille & donne une Odeur très agréable. Le Fruit qui en
provient, reffemble à un Bigarreau & la Chair en eft d’un Goût déli-
cieux. Quand on ouvre une telle Cerife de Caffée , l’on y trouve deux
ftoïauXy que nous appelions Fèves de Caffée. En Arabie & dans tous les
pais etrangers, le Fruit pend à l’Arbre jufqu’ à ce qu’il s’ouvre de lui
même. Les Arabes de la Campagne ramaffent enfuite ces Noïaux ou fe-
mences de Caffée & les livrent fur des Chameaux dans les Villes. On le
nomme diverfement, les Arabes l’appellent Bon ou Ban, Bunnn & Buncbos;
]es Egiptiens Caova ; les Anglois Coffetrée ; ailleurs & chés nous on l’ap-
pelle Coffea, Coffy, Caffée. Je laiffe au Leéhur à fupputer combien ce
Fruit fait fortir d’Argent comptant d’Allemagne ; le Caffée y étant de
nos Jours fi commun, que le moindre Mendiant en fait cuire des Potées
en Place de Soupe, & que nos Païfannes du Marché aux Herbes le boi-
vent suffi bien que les Bourgeois les plus notables. Encore paffe , fi
l’on n’alloit pas ju qu’ à vendre Lit & Nipes pour en avoir ! Etrange Ef-
fet, & cependant encore hier une pauvre Fiîeufe de Laine engagea à une
de mes Voifines une feule bonne chemife quelle avoit, pour avoir de-
quoi s’en faire. Envie d’ Enragé, terrible Paffion î Mais les Suites en
font trop connues, pour m’arrêter plus long-tems à en parler. Je paffe
donc à l’Explication de cette
XCVII. Eftampe,
dans laquelle a) eft le Bois dur du Rameau ; b) le Jet tendre ; c) les Feuilles
avec
TABLE XCV1I. Parties microfcopiqaes du Caffée. ia*
avec leurs Cotes ; D) un nouveau Rameau qui fort d’entre les deux Feuilles;
d) la Fleur & fes Boutons ; e)4a Fleur deflïnée un peu au delà du Naturel ;
f . la même ouverte, pour faire voir les s* Filamens avec leurs Etamines
tenant aux f, Feuilles ; ff une des f. Feuilles , qui montre comment &
en quel Endroit eft attaché le Filament, c’ eft à dire tout au Tour du
Giron de la Fleur ; g) le Piftille ou le Style, aïant à fa Cime deux Stygmes
ou Verrues faifant une Efpèce de Fourche aux Becs recourbés, & au pie
l’Ovaire h). Le Piftille g) & l'Ovaire h) font envelopés par le long Tuïau
cylindrique de la Corolle $ & celui-ci eft au bas dans un petit Calice à
quatre Pointes en forme de Couronne Les Filamens en Forme d’ Alêne
a* font plus courts que les Etamines qui flottent par deflus ÿ, qui font
d’abord d’un jaune pâle & puis gris. Les f. Feuilles font coupées jufqu'
au Tuïau, elles fe plient par en bas, elles font blanches comme Nége, &
donnent une Odeur aufli douce & auflï agréable , que le Jafmin. Le
Germe ou l’Ovaire h) va toujours en grofliflant avec fes deux & même
quelque fois, quoique très rarement, fe trois Embrions, qui deviennent
dans la Suite les Fèves de Cape. D’abord la Couleur de ce Fruit eft verte,
& il eft appîatipar deflus & par deflous comme l'Orange ; mais à mefure
qu’il meurit, fa Couleur devient rouge-clair i) puis rouge-foncé k) & enfin
rouge prefque noir 1). Quand il eft trop mûr, il s’ouvre de lui même &
laifle tomber fa Graine qui eft le Caffée. Plus ces Cerifes mûriflent, plus
elles prennent de Rides, & l’on voit aux deux Côtés uneEfpécede Sillon
enfoncé, allant perpendiculairement depuis la Queue jufqu’ à la Fleur,
lequel vient de l’interftice, qui eft entre les deux Grains, qui font de-
dans. La Peau en eft très fine ; mais la chair du Dedans qui eft jaune,
molle & mince, eft d’une Douceur dégoûtante & entrelardée de beau-
coup de Fibres. En ouvrant une de ces Cerifes, l’on y trouve les deux
Grains de Semence, enveloppés dans une Pellicule jaune très fine. Mr.
le Confeiller Trew a lui même trouvé trois Fèves dans une Cerife . Leur
Pofttion dans la Cerife fe montre ici de deux Façons dans Q & j). Quand
?H4
T AB XCVII. & XCVIII. Germe du Caffée.
on les fort, l’on voit ces précieux Grains, que nous appelions Téves de
Cape , dont la Figure eft eliptique-hemifpberique , ainfi qu’on voit 1) & m).
Quoi qu’il y en ait deux dans chaque Cerife, chacun ne laide pas d’avoir
fon Germe, qui eft au Bas du Dos, d’abord à la Fente n) ainfi que le
marque la petite Etoile. Si l’on met une Fève quelques Heures dans de
l’Eau tiède >ou même froide, le Germe fe produit de lui même o) & fil’on
coupe Un.peu du Bas du Dos, on le voit diftin&ement dans fon Affiet-
te p). La même Chofe fepeutobferveren coupant en travers laFéveq)
où l’on trouvera tant à la -Partie de defïus qu’à celle de dcdous le Germe *
coupé en deux. Par r)f)t) &v) il fe voit, que les F.ves de Cape n’ont pas
■deux So'iaux enfermés l’un dans l’autre, aind que Leeuwenhoek 1* a pré-
tendu, mais qu’il n’y a au Milieu qu’une Efpèce de Moile dure, laquelle
eft à la Vérité enveloppée dans une Peau brune, mais qui enfin s’unit au
Noiau exrerieur par une Marche Spirale ou à F'is. Enfin x) eft le Germe
d’un Noïau de CafFée, pris au Naturel, lequel fe trouve dans
la XCV111. Eftampe
Fig. b) deffiné dans fon GroffilTement par Nro i. du Verre An-
glois, & dans a) d’après Nature Leeuwenhoek du Tems duquel le Cape
etoit une Production très inconnue, puisqu’il ne favoit pas même fi c’
étoit une Production de la Terre, m’a donné Matière à cette Obfervation.
ij’en avois trouvé une Défcription & un DefTein dans fes Lettres.. Mais
mes Experimens ne rencontroient pas avec fes Deffeins pour ce qui re-
garde le Germe . Il le peignoit avec 3. Feuilles 3 mais moi je n’en voïois
jamais que deux & un Lien qui bordoit ces deux Feuilles. Leeuwen-
hoek a auffi trouvé à la Pointe des Feuilles les Figures des Fleurs , mar-
quées ici par des Etoiles , dont je n’ai non plus rien apperçu. Quoiqu’il
ait remarqué, qu’il avoit vû quelquefois les mêmes Figures dans d’au-
tres
* Continuatio epiflolarum dararum ad longe celeberrimam Regiam Societatem Lon-
dinenfem ab Ant. Leeuwenheek, Lugd. Eat. 1689. in Epift. de 9. Maji 16S7. de
ïabis diflis CofE,
TABLE XCVIïI. Germe du Caffée.
iif
très Objets. Peut être falloit il les attribuer à la Poulftère ou à de PEau
corrompue, puis qu'il infirme, qu’il avoit laide long-tems la Caffée dans
PEau. Leewenhoeck n’a fait aulîi aucune Mention des Globules de Sève,
qui remplirent par Millions tout le Germe , & que j’ai marqués ici au-
tant que j’ai pû, avec quelques Cotes , qui traverfent les Feuilles du Germe .
Je m’étonne qu il n’ait pas non plus examiné & répréfenté la Pellicule
.brune, qui enveloppe la Partie interne du Germe, J’ai dit plus haut, que
le Caffée fe diflingue particulièrement de la Fève par fa Subftance inter*
ne. Voilà ce que Leewenhoeck a recherché, & qui m’a excité à imiter
fes Recherches. Elles ont été, autant que j’en puis juger, faites avec
clarté et Juftelfe, & je m’en vai lailfer au Leéteur à décider, fi j’en ai
approché. J’ai aulîi découpé un No'iau de Caffée & j’en ai ôté avec
une Lancette bien aiguifée, la Particule c) prife en Travers. Au Lieu
que la Fève eft composée de Corpuscules farineux & ghbuleitx ; la Stru-
cture du Noïau de Caffée eft en Forme de Rézeau d; & approche de 1’
Eponge de Mèr , dont les Interftices font remplis, pour la plupart, de
Particules huileufes, Voi. Fig. }). Leeuwenhoek afllire, qu’il n’a trouvé
cette fubftancc , que dans l'Os de Palme. J’ai aulîi aperçu plufieurs
Tuiaux qui traverfoient , marqués e) e)e)e) mais je n’oferois dire,
qu’ils foie'nt creux , n’aïant pû parvenir à cette Certitude. Pour l'Huile y
on voit & l’on fent très diftinélement , qu’il y en a dans les Interftices
de ce Pvézeau, & de là vient aulîi, qu’on n’en peut faire de la Farine,
qu’on ne lui ôte premièrement ces Parties huileules par le Feu, qu’en
féchant & rotilfant ces Parties rameufes on ne le rende propre à être
broïé.
Mais comme les N diaux de Caffée ont encore par dedans une Pellicule
brune f) qui garantit la Moiile de la Fève (fi je puis la nommer ainli)
& que Leewenhoeck n’a pas daigné en faire Mention, je l’ai trouvé
d’autant plus digne d’Attention, quelle a été jusqu’ici moins dépeinte
Q-J fui»
ll6
TABLE XCVIII. Germe du Caffée.
fuivant le Microfcope. Elle embrafie tout le Milieu du Noïau, St on 1a
voit même fe produire, en Filets bruns par la longue Fente ou la Coupu-
re perpendiculaire , qui prend toute la Longueur du Noïau, ou de la
Fève de Caffée. Que fi l’on coupe un Rondeau bien mince d’un Noïau
de Caffée détrempé, l’on coupera toujours auffi une Particule de cette
Peau , laquelle paroît dans le Microfcope comme la Bandelette brune f).
J’en ai donc pris un petit Brin, dont la Groffeur eft répréfentée g, &
l’aïant examiné par Nr. i. du Verre AngloLs, je l’ai trouvé couvert d’
une Infinité d’Ecailles h) lesquelles fe terminoient en Pointe par les
deux Bouts. Voiés en une feule i)« Les petits Points qui s’y trou-
vent font ou des Globules à Sève ou des Pores h Evaporation , dont je con-
t jeéhire plûtôt le dernier; la Pellicule étant trop déffêchée pour pouvoir
examiner cela par le Microfcope.
Je viens encore à une Obfervation de Leevvenhoeck , qui a auffi
Befoîn d’Eclaircjffement. Il prétend, que le Noïau de Caffée connfte
en deux parties bien diftinéfes, comme p, e. les Amandes, les Noifettes
& autres femblables Fruits. * Mais c’eftune Erreur, s’il entend parler d*
un Noïau de Caffée proprement dit, & non point de tout le Fruit renfer-
mé dans fon Enveloppe charnue; dans laquelle, ainfi qu’on a dit, il s*
eft trouvé jusqu’à trois Noïaux. L’on n’a qu’ à ouvrir tout doucement
un tel Noïau au Milieu , où eft la Fente ou la Coupûre, ce qui fe fait
}e plus facilement, quand le Noïàu a trempé quelques Heures dans 1*
Eau; l’on trouvera, il eft vrai, au Milieu une Partie plus ferme, en-
velopée d’une Peau brune, mais qui a une continuité Spirale & en Pis,
qui l’attache abfolument à la Coquille extérieure du Noïau; & que par
conféquent, elle n’en eft point du tout feparée, & quelle ne fait point
un Noïau à Part, comme I4 Noix ou Y Amande,
Mais
6 1. c. pa. ij. eft nux fiue cortex in quo ordinario dus Coffi fabæ, fepimento quo-
dam feparatae, jacent, fed eam faham nos fimplicem efte faham putamus ex dua-
bus diftinftis confifterc fabis, optiœe comperi 8cc. prout in Aroigdalo, nuce Avel-
2ana. pomo armenico &c„
TAB XCIX. Configuration & Criftaux de la Solution de 1 Argent. ï 17
Mais pour avoir bien facilement le Germe, il n’ya qu’à mettre trem-
per dans une TalTe à Thée avec de l’Eau fraîche, quelques Noïaux des
plus gros & des plus beaux (J’ai trouvé le Caffée de Bourbon le plus
propre à cet Ufage) jusqu’ à ce qu’au Bas du Dos de h Fève il fe montre
un petit Point blanc, ou, comme il arrive fouvent, que le Germe forte
de lui même & qu’il nage dans la TalTe. Que fi on veut le voir dans
fon Gite, l’on peut fe fervir avec Succès d’un bon Canif, avec lequel
on va toujours on découpant le Dos de la Fève, jusqu’à ce que le Germe
fe montre.
L’on trouve un Mémoire plus étendu & plus détaillé du Fruit du
Caffee dans le dernier Tome du Commerce Littéraire de 17^4. Tab. 111. &
IV. pag. 417. écrit par Mr. le Confeiller Trevv. Boerhave, JuJJieu dans le
Livre de Botanique de Blackvvel, & d’autres en parlent auffi c’eft là
que, pour abréger, je renvoie le Leéleur, qui voudra en favoir da-
vantage. *
TABLE XCIX,
Fig. r.
Configuration & Criftauxde la Solution de l’Argent*
ne Perfonne de Qualité avoit envoié dernièrement à Monfieur le
Confeilïer Belius d’Erlang, un très beau DefTein d'argent dijjous
dont les Chimiftes préparent la Pierre infernale ; & cet illuftre Ami a eu
la Bonté non feulement de me communiquer ce Dejfein , mais aufli de
m’envoïer deux Sortes de Solution dy Argent , dont la première étoit du
plus fin, 8c l’autre avoit quelque peu d’Alliage de Cuivre; afin que j’
examinafie ces deux solutt ns aulïi exa&ement. que je pourrois par le
Microfcope. Celle de l’Argent bien fin m’a fait voir les plus belles
Répréfentations; parmi lesquelles, j’ai trouvé la préfente Configura-
tion,
• L’on en verra encore quelque chofc Part. 3, Tab. IX, 8c X,
i2g TAB.XCIX. Configuration & Criftaux delà Solution cl TArgenta
lion, la meilleure & la plus digne d’être defîinée & communiquée à
mes Lecteurs, Les Solutions d' l'Argent allié avec du Cuivre , donnent dans
le Verâ & font plus de Criftaux que celles d’Argent fin. J’ai éprouvé
dans cette Occafion qu’il faut ufer de Tours & d'une Induflrie par-
ticulière, lorsqu’on veut tirer de beaux Crifiaux de cette Solution. Ra-
rement la prémière Goûte qu’on mettra dans le Verre en produira, mais
les Configurations n’en font que plus belles &plus délicates. Si l’on met
par eontre encore une Goûte fraîche par deiïiis celle de la Configura-
tion déjà defiechée, c’efi alors que fe produiront les plus beaux Criftaux
tels, qu’on peut les voir ici f) g) & h) lesquels répréfentent par Fois
des Rameaux de Romarin , comme f ) ou aufiî de magnifiques Sapins &
d’autres Arbres de Forêts g) h) J’ai tiré les Cri(lauxy dont je viens de
parler du Dejfein qui m’a été communiqué; Mais pour ceux que j’ai
vus moi même, ils font répandus ça & là dans le Corps de la Configura-
tion; & l’on voit ici a) la Goûte dans le Verre de Grolfeur naturelle.
b) Préfente les differens Criftaux fur les Bords, c) & e) quelques
belles Configurations en particulier, formées d’une Ligne perpendiculai-
re, dont le Bout fe termine par une Efpèce de Fl^he, par differentes
autres lignes horifontales , qu’elle jette, au defius & au defious des-
quelles montent & descendent encore d’autres Finues en Ligne perpen-
diculaire, de forte que le meilleur Géomettre, ne les fauroit mieux
ddïiner à l’Aide du Campas & de la Régie.
v Fig. 2.
Observation particulière faite fur des Pois où l’on
a trouve une Eipèce b’Efcarbot à Cro;X.
Il-y a environ un Mois, qu’un de mes Amis m’a envoié de Nuremberg
un Couple de Pois , en me marquant, „ qu’il en avoit reçu toute
„ une pleine Boite de Jüoheme; que ce qu’il - y - avoit de fingulier à
s, remarquer, étoit , que chaque Pois renfermoit un petit Efcarbot en
,, Vie; que tout le Champ en étoit empétré, & que la Manducation
, ; •> de
TAB.XCIX. Pois, ou l’on a trouvé une Efpêce d’Efcarbot. i
„ de ces Pois avoit été nuifible & même mortelle à Quantité de
j, Gens &c. ,,
Je ne les eus pas plutôt reçus que je les examinai par dehors*
Je remarquai d’abord en chacun une petite Tache ronde de Couleur
grife, qui relévoit un peu comme un Couvercle. J’ouvris fubtilement
cette Tache avec un Canif; & je n’avois pas encore feparé ce petit Cou-
vercle du Pois , que l’Hôte qui étoit caché deflous, pafla dehors fa Tête
brune & fes longues Antènes ; & enfin au Boût d’une Demi -minute,
il eut entièrement quitté fa Prifon, & tout de fuite déplorant fes Ailes
fur ma Main, il fe difpofa à prendre l’Eflor. Mais comme cet Etran-
ger m’étoit trop agréable pour le laifler fitôt partir, je l’enfermai dans
un petit Verre à Coiaferve, pour l’examiner à Loifir,
J’envolai l’autre Pois à mon Ami Mr, le Profeffeur Arnold avec un
Billet, où je le priois de l ou vrir, & il y trouva le même Hôte noirâtre.
Quelque confiant qu’il fût, qu’il y -avoit des Efcarbots dans ces
deux Pofi, je ne laiflois pas de douter fi je devois compter fur cet Eve*
nement. Je favois bien que les Chenilles deviennent des Efcarbots , & que
l’on trouve par Fois de petites Chenilles dans les Gonfles de Pois ver As.
M ais je n’avois jamais vu ni lû leur Métamorphofe. Outre cela»
dans ces deux Pois ii manquoit la Dépouille de la Cbryfalidc ou l 'Ecaille de
l'Escarbot, qui auroit dû fe trouver dans la Cavité de ces Pois. J’ecri
vis donc mes Idées au recommandable Ami , qui m’avoit envoie' le
Pois, & lui découvris mes Doutes, en le priant de m'en envoïer encor-
un feul. Et voici ce qu’il me répondit:
,, L’Hifloire des Pois, que je Vous ai communiquée, porte fur la
„ pure Vérité. De plus de Cent, je n3en ai trouvé que deux qui
„ fuflent Exemts de pareils Hôtes. Pour ce qui regarde les Exu~
5, viac, dont Vous êtes en peine, il efl confiant, que cette Clajfis
R „ Infe -
2 3© T AB. XCIX. Pois, où Ven a trouvé uneEfpéce d’Efcarbot.
„ InjSorum fe métamorphofe ex ovulo in vermem plerumquc monftruo-
„ jiwif pertenui putamine cinüum &c, dont la Peau de la Chryfalideeft
de beaucoup plus molle et plus délicate que celle du Papillon,
„ & par conféquent ad quemvis teue attiïtum, elle fe change en Pous-
„ fière, telle qu’il-y-en avoit dans le Creux des Pois que j’ai trou,
„ vé vuides. Aurefle, je Vous envoie encore un Pois, & j’y en
„ joindrois davantage, fi je ne les avois déjà tous diflribués ici.
„ Je fuis &c.
Cette Penfée me parût fort plaufibîe , & dés que j’eus lû la Let-
tre, j’envoiai le troifième Poh, à un autre de mes Amis pour qu’il i’
ouvrit, lequel le trouva vuide & fans EJcarbot . Cela occafionna de nou-
veaux doutes, et comme le Savant qui avoit eu la Bonté de m’envoïer
les Fois vouloit qn’©n tût fon Nom, j’avois pris la Refolution de met-
tre toute cette Recherche de Côté ; lorsque je ra’avifai de confuker
encore là delîiis mon incomparable Ami Mr. le Confeiller Trtvv. Et j’
eus le Bonheur d’en recevoir le Reponfe fuivante, auffi fatisfaifante
que détaillée,
Î\ m’eft tombé entre les Mains quelques uns de ces Pois de
Boheme, que j’étois fur le Point de Vous envoier, quand Mr.
s, Vôtre Entrepreneur m’a appris, que Vous en aviés reçu de
„ Mr. le Confeiller de Cour D. B. Des trois que j’en ai, il y en a
^ un, dont i’Infeéle s’eft déjà fait fait Jour5 & un autre, où l’on
„ apperçoit diftinélement la Tache bluâtre par laquelle il va per-
„ cer. Si Vous pouvés en faire Ufage , je Vous les enverrai.
„ Aïant trouve dans le Voiage de PAmerique Septentrionale de
,, Mr. Pierre Kaîrn une Relation circonflantiée de cet Infeéfe des
s> Pois, je fuppofe, qu’elle Vous fera Plaifir; c’eil pourquoi je i’
„ ai fait copier Mot à Mot, en y joignant quelques PalPages des
„ Ecrits du Chevalier Linnéus , par où Vous pourrés voir que
„ Vous ne devés pas faire Difficulté de mettre au Jour Vos Ob-
fer-
»>
TAB.XCIX Pois où Pou a trouve une Efpèce d’Efcarbot, 131
,, fervations, qui ne pourront qu’être bien reçues du Public. Je
„ n’ai pas pû encore regarder dans les Ecrits de Mrs. Rotflel & de
„ Reaumur , s’ils ont eu Connoiflance de cet InfeCte. 11 fe fait b
„ Leipzig une nouvelle Traduétion du Voïage de Kalm J’en ai la
„ première Partie ; mais je ne puis dire fi la Seconde paroîtra à
„ cette Foire &c.
Nuremberg ce f. Avril 1761. Chr, Jac.Trew Dr.
Je crois que cet Extrait va faire autant de Plaifir eu Leêteur, qu’il
m’en fait à moi-même» & dans cette Confiance, je vai le mettre ici tcut
du long.
Extrait de la Defcription du Voiage que Mr. Pierre Palm, Profef-
feur en Oeconomie à Aabo & Membre de l’Academie Roïale
des Sciences de Stockholm a fait dans l'Amérique feptentrio-
nale, par Ordre de la dite Academie & aux De'pens du Public.
Seconde Partie. Traduction. A Goettingue aux De'pens de la
Veuve d’Abram de Sore 1758. 8vo,
Note*.
Cejî le Titre entier de la iome partie du Recueil des Volages nouveaux & rc*>
marquables de Mer & de Terre , qui a été publié à Goettingue. V Original eft en
Langue SuedoiJJè , il a été imprimé à Stockholm en 1758* en 8 vo ; mais Air.
Kalm a fait fes Mémoires en 1748*
„ A prefent l’on féme peu de Pois en Penfilvanie. Autrefois cha-
,, que Païfan en avoit un petit Champ. C’elt ce que témoignent de
„ Vieux Suédois. 11 en eft de même de la Nouvelle Jerfey & de la
„ Nouvelle-Jork dans fa Partie méridionale ; la Semaille des Fois y aïant
„ e'té autrefois de beaucoup plus' forte, qu’elle ne l’ eft aujourd’hui.
„ Mais au Septentrion de cette dernière , aux Environs d’Albany &
„ dans tout le Canada pofledé par les François, l’on s’y appliquoit ex-
ît, 2 ,, tremé-
i3i T AB, XCIX. Pois où l’on a trouvé une Efpèce d’Efcarbot.
„ tremément, & la Récolté en reüffilfoit très bien. Mais un petit vil
,, Infecte a contraint cés Colonies d’abandonner une Culture fi profitable.
s, llétoit anciennement prefqu’ inconu; mais dans ces dernières Années,
S) il s’eft énormément multiplié & engrainé. Il s’apparie en Eté, vers le
„ Tems que les Pou fleùritfent & qu’ils commencent à gonfler > alors il fait
,, un petit Oeuf prefque dans chaque tendre Pois verd . Quand on les
5, a battus, l’on n’y peut rien remarquer par dehors ; mais fi on les cou-
9, pe par le Milieu, on y trouve ordinairement un très petit P'erwijfeau;
s, lequel, s’il n’eft pas inquiété, y demeure tout l’Hiver & une Partie
,, du Printems, vivant de la Mode de fon Pois ; de Sorte qu’au Mois d’
3î Avril, il n’en refie que la Peau. Enfin ce Ver fe change en un Infecte
écaillé, qui fort par le Trou .qu’il fait dans cette Peau & s’en vole,
9, pour aller chercher quelque autre Poifière, où il puifle s'apparier &
,, pourvoir fa Race d’une Nourriture convenable,
,, Ce pernicieux înfeéle, en quittant la Penfilvanie, a toujours plus
„ tiré vers le Nord. Car fi - y- a douze à quinze Ans, que les Environs
5, de la Nouvelle- Jork n’en avoient encore point ; & qu’on y femoit
„ annuellement Quantité de Fois , qui y réliffiffoient fort bien. Mais in-
, fenfiblcment, cette Engeance y a tellement pris le deffus, qu’enfin les
Habitans fe font vu contraints d’abandonner cette Culture. Le Cam*
pagnard des Environs d’Albani a encore à préfent la Confolation de ne
,, pas voir fes Poifières mangées de cette Vermine ; mais il eft dans des
Craintes continuelles ; voïant que le Mal approche tous les Ans de
plus en plus de leurs Quartiers. »
je ne fais, comment cet Infeéfce pourroit fubfifler en Europe;
,, du moins crois-je que les Hivers de Suede feroient mourir ce Ver,
„ quelqn’ enfeveli, qu’il fût dans la Terre. Mais dans la Nouvelle- jerk,
où il le tient de nos Jours, il fait bien aufir froid que chés nous, &
,, cela ne i’empêchc pas de s’y multiplier & même de tirer toujours plus
,9 vers le Nord. J’ai failli moi-même porter ce Fléau en Europe, fans
le
Si
TAB.XCIX. Pois où l’on a trouvé une Efpèce d’Efcarbot. 133
„ le favoir. Car à mon Départ d’Amerique, j’avois pris un petit Cor-
net de Papier plein de Pois gourmans. Ils paroifïbient bien verds &
j, bien frais ; cependantà mon Arrivée» Stockholm en 17^0. le 1. Août*
„ aïant ouvert mon Cornet, je trouvai tous mes Pois creufés ; de cha-
„ cun defquels un Infeéle fortoit la ïête ; il-y en avoit même, qui en
j, fortirent tout à fait, pour éprouver le nouveau Climat* Je me hâtai
,, donc de refermer mon Cornet, pour empêcher la Fuite de cette En-
„ geance pernicieufe. j’avoue, que la Vue de cet Infeéle me fit plus
,, frémir, que fi j’avois vû fortir une iïpèrc de mon Papier j fachant
„ tout le Mal, qu’en auroit eu ma chère Patrie , pour peu qu’une Paire
j, de ces Infeéles fe fût envolée. La Poflérité en plufieurs Générations
„ & en diverfes Provinces auroient eu tout Lieu de me maudire, comme
„ l'Auteur de ce Défaire. J’envoïai enfuite quelques uns de ces Infe.
„ êtes, bien gardés, à Monfieur le Conte de Dejfin & au Chevalier Linnéus3
j, avec un Mémoire fur le Mal qu’ils font. Monfieur Linnéus en a déjà
„ donné une Defcription dans une Differtation Academique, du Mal
„ que font les Infectes, à laquelle il a pré fi dé. Il y nomme le mien le Bru -
„ chus de l'Amtrique Septentrionale. * Ce qu’il y- a de particulier, c’eÛ que
R 3 ,, dans
* Pag. l$. Cette Difïert3tion de Infeïïorum noxa fe trouve dans le Recueil intitulé:
Car 01. Lin. btc. Amoenil. Academie ae feu Dif/'ertatîones varias pltijxae, medicae,
botanicae antehac feorfim editae&c. Vol, III. Holmiae 1756. en grand 8vo, Nro
XLV. P-33J' Suiv. Je n ai pas trouve le Mot de Bruclms dans cette Diffetta-
tion ; mais j’y ai trouve p, «47. eclui de Curculio helvulus , lequel Mr. te Chevalier
décrit ainfi :
Curculio piforuni gerit corpus fufeum, magnitudine cimicis maioris , adfperfum pttnïïis
albis vagis ; Ehjtra obtufffima apice nigfa abdomine longe breviora ; Torax
tranfverjim ovalis ; caput parvutn acuminatum ; Antennae clavatae,fufcae ; Ab-
domen a tergo ubi apice nudum , mavula alba trilobés notatim ; Pçdes cinerei.
II y a une autre Defcription du Curculio dans la Fauna Suède., Lugd. Bat. ig+6. in
gvo pag. 158 n.402. & comme elle diffère affés grandement de celle, que je
viens de rapporter, il me femhle que le Chevalier Linnéus ne tienne l’Infefle
Américain, que pour une Variété de celui-ci ; puisqu’il les cite l’un avec l'autre.
Dans
154 TA B, XCIX. Pois qù l’on a trouvé une Efpèce d’ Efcarbot,
„ dans tout le Cornèt, il ne s’eft pas trouvé un feul Pois qui n’ait été
», creufé.
Remarque :
Pendant que cette dernière Feuille étoit fous la preffe, je reçus de
Mr. Wagner Confeiller intime & Médecin ordinaire du Margrave de Bay-
reuthla Lettre fuivante, dont la Communication fera d’autant plus agré-
able au Leéleur, qu’elle donne plus de Jour à l'Infeüc de Pois,
Monfieur !
,, T orfque j’ eus dernièrement le Plaifir de Vous voir à Erlang & de
-®— ^ 5, parcourir Vos Occupations microfcopiques , Vous eûtes la
,, bonté de me montrer, entre autres Nouveautés, une Efpèce particu-
„ lière de Pois de Bohème, dans chacun defquels étoit caché un petit
», Efcarbot » qui en fortoit par une petite Ouverture ronde, munie d’un
,, petit Couvercle, & qui avoit aux deux Ailes de delfus quelques petits
», Points blancs , & fur le Derrière du Corps une petite Croix blanche. Je
,, Vous dis d’abord qu’il étoit affés ordinaire de trouver dans la plûpart
„ des Plantes legumineufes des Vers, qui s’engendroient dans leurs Goujfes ,
», qui en mangeoient le Fruit & qui enfin fe métamorphosaient pour la
,, plûpart en Efcarbot s à Trompe, ainfi que je Pavois remarqué dans i’Oro-
„ te, l'Fpurge des Près, la Feffe & autres Legumes. Aïant donc eu Oc-
», cafion d’en trouver aulTi dans le Genre de Fois, je n’ai pas voulu maru
» quer
Dans la Fauna Suevica , 51 compte 33. F.fpèc^s de Curculio, depuis Nro 44*. jus-
qu’à 447 8c dans les Amoenitates le il en compte encore 6. Le mot d s Bruchus
ne fe trouve ni dans Tune ni dans l’antre. S’il fetrouve dans /’ Original cité par
Mr. Kalm, c’eft ce que j’ignore, ne l’aïant pas en mon Pouvoir ; car malgré tous les
Soins que je me fuis donnés, je n’ai pûjjarvenir jusqu’ici qu’à très peu de Dif-
fertations Suedoifes. Cependant il n’eli pas douteux, que l’InJtUe Américain de
Mr. Kalm 8c celui de Mr. Linnéus ne foient le même, quoi qu’ils different de
• Nom. Car l’on fait que Mr. Linnéus change fouvent les Noms Generiques & les
Spécifiques. Le Rapport que peut avoir l’infefle de la Boheme avec la Defcrjp*
don de celui de l’Amérique, fe verra le plus au juRc par un Examen exaâ.
TA B. XCIX. Pois où Ton a trouvé uneEfpèce d’Efcarbot. t n
$
,, quer de Vous en faire Part, & de Vous envoïer dans une Boëte bien
„ conditionnée quelques Pois & quelques Ecarbots , qui reflemblent par-
„ faitement aux Vôtres. Ils viennent d’un Pais bien éloigné de la Bo-
,, heme, c’eftàdire de Provence. Je reçus la Semaine paffée de quelques
„ ConnoifTances que j’ai à Avignon un petit Paquet de Graines , dans le-
„ quel étoit auffi un Papier plein de Pois , fur lequel étoit écrit : Pois
,, gourmans . Quand je l’ouvris, tout y fourmilloit de ces Ejcarbots , qui
,, marchoient fort vite, & dont quelques uns s’envolèrent. J’en ramaf-
,, fai une bonne Quantité dans un Vetre, où j’eus bien de la Peine à les
,, contenir, à caufc de leur Agilité à courir & à voler, & je m’apperçus
„ en même Tems que tous les Pois étoient ou creufés ou dumoins en-
„ core remplis de l'infecte , qui y étoit caché & qui fortoit peu à peu en
,, levant ie Convercle rond. Or comme la Lettre portoit, que ces
„ Pois , quoique creufés, ne laifToient pas d’être bons à femer, j’en exa.
„ minai la Caufe & trouvai, que le Ver epargnoit toujours le Germe du
,, Pois & ne mangeoit & ne perçoit que jufqu’au Milieu du Côté oppofé,
„ les deux Lobes de la Graine ; ce qui n’empêche pas les Pois de germer
,, & de fortir. C’eft encore ici que le Créateur a très fagement pour-
vu à la Confervation de fes Créatures, en mettant dans un Ver h mé-
„ prifable & dépourvu de Sens . l’Inftinct, d’entamer le Fruit qui doit
,, lui lervir de Nourriture, par l’Endroit, qui n’entraine pas après lui
,, fon entière Delbruélion. Vous verrés aulli, Monfieur, que tous ces
„ Efcarbots n’ont pas la Croix blanche. Peut-être efl ce la Marque fpe-
,, cifique de leur Sexe , ce que je n’ai pas eu le Tems d’examiner. Je
fuis avec une véritable Confideration. &c.
Bayreuth ce 26. Avril 1761. Dr. P. C. Wagner.
Explication de la II. Figure de la 99^ Eftampe.
a) b) font des Pois avec leurs lâches bludtres }) ]) ,) telles qu’on les
peut voir l’Oeil nud. A) B) en eft le GrollilTement. c) Un autre, le
Couvercle levé, d’où VEfcarbot eft déjà forti. d) Encore un d’ où fort le pe-
tit Efcarbot de Grolfeur naturelle, e) L’ infeüe pris d’après Nature du
Côté
ï3^ TABLE C. L’Efcarbotà Croix des Pois grofli, avec fes Parties,
Coté du Dos & f) du Côté du Ventre, g) Un Efcarbot forçant, avec
fon Pois , deiliné fur une bonne Loupe . h) Le Pois vuide grolîi , ou l’on
voit un Tijjii blanc & au Fond' un peu de Paujfière noire, qui étoit apa-
ramment les Refies de la Chryfalide, & que j’ai ici marquée d’une Etoile.
Aïant fouvent trouvé dans les Pois Perds i) la petite Chenille k qui péné-
troit dans le Pois encore tendre 1), je n’ai pas voulu manquer d’en faire
Mention ; pour mettre le Leéleur » même de découvrir la Métamor-
phofe de la Chenille en Efcarbot, & de garder pour cet Effet de ces
fortes de Gouffes de Pois.
TABLE C.
L’ Efcarbot à Croix des Pois groflî, avec fes Parties.
*
Cet Infeéle dont la Grofleur naturelle revient à celle de la Punaife , a
piufieurs Parties dont la finguiarité mérite d'être examinée par le
Microfcope, Mais avant que de les indiquer, je veux décrire fa Figure
en général, Ceft un Efcarbot de la Claffe des Efcaborts à Croix de Cou-
leur brun-foncé, aïant à chaque Aîle trois Points blancs, & là où elles
finiffent, c’eft à dire à l’Extrémité du Dos, une Crcix blanche très aifée à
diftinguer. Sous 1 t Ventre il eff brun-noirâtre ; il a 6. Piés la vers Poitrine,
qui eft d’un Noir luifant. Le Ventre eft partagé en c. Anneaux eu Jointu-
res. Sous les deux Mies de deffus, il en a deux de deffous, qui font plus
longues & tranfparentes. Il a la 7 été pointue, petite & d’un brun foncé
avec deux gros Yeux jaunes qui en fartent, deux longues butènes & deux
courtes, & une Mâchoire en Pinces bien aigues. Sur le Cou, il a un lar-
ge Ecuffon ou une Fraife tirant vers le Dos, lequel a un Point conique blanc
au Milieu, joignant les Aîles. Chaque Pié a 6. Jointures , & deux fortes
Serres au Bout. Il eft fort agile à courir. Que fi on le confidère fous
le Microfcope, tout le Corps eft couvert de Poil long & les Taches blan-
ches paroiffent alors d’un Brun - clair, & elles ne font en Effet qu’un
Poil beaucoup plus clair que l’autre. Le Ventre , la PoBrine & les Piés pa-
roiffent
TA B. C. L’Efcarbot, à Croix des Pois grofli, avec fes Parties. 137
roiflent à la Vérité plus unis ; mais ils font cependant parfcmés ça &
là de Poil ; pour la Tête & l'EcuJfon ils en font tout heri/fés.
Fig. A. marque le Côté du Dos & Fig. B. celui du Centre & la 7>of«
trwt avec tAile de dejjbus, dans les deux Figures, a) marque la Tête en gé-
néral, b) les deux longues Antènes a 12. Jointures, c) Les 2. courtes ,
qui n’ont que 4. Divifions, & que je prends pour des Crochets pour s’at-
tacher, d) la Mâchoire ou Pinces , e) les gros Yeux perlés, f) les f. Fiés,
g) la Croix blanche fur le Dos à l’Extrémité des Aîles, h)' comme les ç,
Piés tiennent à la Poitrine, i) le Centre de l’Ffcarbot, k) les Aîles mem-
braneufes de deifous , l) les Aîles de deifus velues & comme de Corne,
fur chacune defquelies font les 4. Points blancs de Figure ovale, m) une
Amène ou Noeud de Barbe grolîi dont les 4, Jointures vers la Racine font
unies & tranfparentes & relfembîent à des Creufets, le Cul en Pointe, & les
Ç. d’enhaut font opaques, velues de Couleur brun foncé & formées
comme des Feuilles de Figue d'Inde, n) un PF avec fes 6. Jointures, &
fes Griifes o), qui joignent enfemble comme les Serres d’une Ecrevijje .
Fig. C, eft la Mâchoire en Pinces encore plus groflie, ou l’on voit p)
les Veux bruns, jaunâtres, compofés d’une Infinité d’autres, comme le font
ceux du Moucheron ; q) les deuxprémières Jointures des longues An-
tènes s r) les deux courtes Antènes , comme quand P Efcarbot accroche
quelque çhofe ; f) f) la Mâchoire ou fes deux Parties reffemblant à des
Forces ; t) la L \ngue ou l'Aiguillon, qu!il tire quelque fois, laquelle defeend
dans le Gofier comme un Tuïau, jufqu’ à u) & qui a au Milieu du Cou
un Crochet recourbé de chaque Côté xx); y) eft la Fraife ou l’Ecufbn de
/
l’Efcarbot, entre le Coû & les Aïles avec fon Point conique ; & enfin z)
font les 4 premières Jointures des Antènes. qui fe diftinguent des g. au-
tres Divifions, par leur Tranfparence & leur Figure, ainfi qu’il a été dit.
Je finis en répondant à la Queftion, fi le Mtfentère de la Souris eft tran -
/parent, comme celui de la Grenouille , duquel nous avons traité dans la première
S Table
35g TABLE C. L Efcarbot des Pois groffi.
Table de la prémière Partie de ces Amufemens ? J’en ai fait l’Expef-iment fur
une Souris qui avoit ^.Embrions dans le Corps, & j’ai trouvé le Méfen-
tère fort tranfparent, & qu’on y peut voir très diftinéïement la Circu*
lation des Humeurs dans tous les Vaifleaux \ mais qu’il n’y- a que la
Figure des Globules, qu’on ne peut diftinguer, les Vaiffeaux étant eux
memes trop épais & trop forts , pour qu’on puilfe rien diftinguer au
travers de la Peau extérieure.
Je brife ici faute de Place & rends mes juftes Aétions de Grâces au
Leéleur de l’Accueil favorable, qu’ii a bien voulu faire à ces Bagatel-
les. Encore plus en rends-je au ToutpuifTant , mon Créateur & Con-
fervateur, comme celui de toutes les Créatures grandes & petites, vi-
ables & invifibles, de ce que non obftant me grande Maladie, il m’a fait
la grâce de pouvoir achever cette Cinquantaine.
Oui c’eft: Toi feul , Seigneur, qui és digne de recevoir la Louan-
ge, la Gloire & la Force ; car c’eft Toi qui as créé toutes chofes, & c’eft
par ta Volonté, qu’elles ont l’Etre & qu’elles ont été
créées ! Amen.
Avis au Public.
On aura foin de publier la troifeme & dernier e. Partie de cet Ouvrage , avec un
appendix, en quatre mois , c'eft à dire dans la foire de pàques de Leipfic
P An 1767,
TABLE
Table des Matières.
Table
LI. Le Nerf obtique d’un Veau. — . —
LU. La Punaife. — — — —
LUI. LJne Aîle de Mouche. — — —
LIV. Fig. i» Un Bout- de Dentelle fine de Brabant. —
Fig. 2. La Moitié d’une petite Toile d’Araignée, — -
LV. La Peau de l’Homme & fes Pores. — —
LV1. Un peau de la Cornée d’un Oeil de Hanneton. —
LVII. Des Criflaux de l’Alun. — — — -
LVIII. La Configuration de l’Alun. • — — .
LIX. Une petite Ecaille de Merluche. — —
LX. Une petite Goûte de Lait de Carpe. — —
LXI. Un peu de l’Ovaire d’une Carpe, ■ — —
LXII. Etincelles de Feu tirées de l’Acier. — —
LXIII. Une Punaife qui ne fait que d’éclore, — —
LXIV. & LXV. Graine du Sapin-rouge & la Chenille, qui la de
trait, avec fa Métamcrphofe en Tigne. —
LXVI. Plumes, de la même Tigne. —
LXVII. Les Polypes à Bras. — — —
LXVIII. L’Infeéle qui fe trouve dans la Graine du Pin, & un Rameau
Pag.
— $•
n 9 .
IO.
IO,
- i r.
12.
17.
zr.
24.
2f.
27*
32.
34-
37-
42.
de Méléfe. - — . — — - _
LX1X. La Configuration & les Criflaux du Mercure fublimé, —
LXX, Diffcrens Verres Oeconomiques & Microfcopes manuels,
LXXI. Les Polypes bruns à longs Bras, *=— —
LXXII, Un peu de Moufle de Limon. — —
LXXIil. Efpèce fingulière d’Animal aquatique à Coque3 ou Je Pu.
ceron en Forme de Roignon. — —
LXXIV. Petit Efcargot de Limon ; ou une Corne d’Ammon, —
- 46,
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LXXV. Fig. i L’Arlequin, Infe&e d'Eau marécageufe, ou le Mou-
cheron dit le Cou fin — — —
Fig. 2. Le Puceron Yerd ou le Monocle, — —
LXXVI. Une Antène de Papillon de Ver à Soie & les Animaux
Spermatiques de ce Papillon, — —
LXX'/ÎI, Les Etamines de la Rofe. — — —
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LXXVIII. L’Eau du Sang ou le Sérum. — 70,
LXXSX. Le Moucheron, le Coufm, Infeèle d’ !■ au limonneufe. — 7 a,
LXXX. Les Epines, Piquans le Piflile avec l’Ovaire &c, de la Rofe,
LXXXf. Miroir d’une Aile de Papillon, — — 77
LXXXH. Continuation des Polypes, — * «— — - 79
LXXXIII. Trois Efpèces d’Animalcules d'Eau limonneufe, — 8^.
LXXT1V. Deux Efpèces de Sangfues Microfcopiques, — $7*
LXXXV. Le Moucheron dit le Coufm. — — » — 50.
LXXXVÏ, Singularité du Sable de Mèr ou de Coquillage. < — 92.
LXXXV-II, Deux Sortes de Polypes à Bouquet. — — 94.
LXXXVh’I. Encore quelques autres Animalcules de Limon, con-
nus fous le Nom de Polypes Sociables. — — 10c.
LXXXIX. L es Parties Microfcopiques les plus remarquables du
Chardon, — — — * — ioî.
XC Contin nation des Particules du Chardon. — — 103,
XCI, La Moiile delà Tige & delà Queue du Chardon. — 104.
XCI1, Les Etamines & autres Parties anthériques du Chardon, ioc,
XC1II. Ecaille d’Anguille. — r- — — 107,
XCIY, Obfervations microfcopiques, faites fur des Langues de
Veau & de Boeuf. — — — '09.
XCV. Continuation des Obfervations, faites fur la Langue de Boeuf, 117.
XCVI. Condufion des Obfervations fur la Langue, — 119.
XCVII. & XCVI1I. Parties mic rofcopiques du Caffée, — — 120.
XCIX. Fig, r. Configuration & Criflaux de la Solution de l’Ar-
gent. — — — — ^ 127.
Fig, 2. Obfervation particulière faite fur des Pois où l’on
a trouvé une Efpèce d’Efcarbot à Croix. — 12g.
C, L’Efcarbot à Croix des Pois grodi avec fes Parties, — 13 6.
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